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Michel StrogoffPart 14 of 34

Jules Verne

French original · English translation

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—Pour quelles raisons, Nadia! Tu me demandes pour quelles raisons! s'écria Michel Strogoff d'une voix si profondément altérée que la jeune fille en tressaillit. Mais pour les raisons qui m'ont fait patient jusqu'à la lâcheté avec le misérable dont...»

Il ne put achever sa phrase.

«Calme-toi, frère, dit Nadia de sa voix la plus douce. Je ne sais qu'une chose, ou plutôt je ne la sais pas, je la sens! C'est qu'un sentiment domine maintenant toute ta conduite: celui d'un devoir plus sacré, s'il en peut être un, que celui qui lie le fils à la mère!»

Nadia se tut, et, de ce moment, elle évita tout sujet de conversation qui pût se rapporter à la situation particulière de Michel Strogoff. Il y avait là quelque secret à respecter. Elle le respecta.

Le lendemain, 25 juillet, à trois heures du matin, le tarentass arrivait au relais de poste de Tioukalinsk, après avoir franchi une distance de cent vingt verstes depuis le passage de l'Ichim.

On relaya rapidement. Cependant, et pour la première fois, l'iemschik fit quelques difficultés pour partir, affirmant que des détachements tartares battaient la steppe, et que voyageurs, chevaux et voitures seraient de bonne prise pour ces pillards.

Michel Strogoff ne triompha du mauvais vouloir de l'iemschik qu'à prix d'argent, car, en cette circonstance comme en plusieurs autres, il ne voulut pas faire usage de son podaroshna. Le dernier ukase, transmis par le fil télégraphique, était connu dans les provinces sibériennes, et un Russe, par cela même qu'il était spécialement dispensé d'obéir à ses prescriptions, se fût certainement signalé à l'attention publique,—ce que le courrier du czar devait par-dessus tout éviter. Quant aux hésitations de l'iemschik, peut-être le drôle spéculait-il sur l'impatience du voyageur? Peut-être aussi avait-il réellement raison de craindre quelque mauvaise aventure?

Enfin, le tarentass partit, et fit si bien diligence qu'à trois heures du soir, quatre-vingts verstes plus loin, il atteignait Koulatsinskoë. Puis, une heure après, il se trouvait sur les bords de l'Irtyche. Omsk n'était plus qu'à une vingtaine de verstes.

C'est un large fleuve que l'Irtyche, et l'une des principales artères sibériennes qui roulent leurs eaux vers le nord de l'Asie. Né sur les monts Altaï, il se dirige obliquement du sud-est au nord-ouest et va se jeter dans l'Obi, après un parcours de près de sept mille verstes.

A cette époque de l'année, qui est celle de la crue des rivières de tout le bassin sibérien, le niveau des eaux de l'Irtyche était excessivement élevé. Par suite, le courant, violemment établi, presque torrentiel, rendait assez difficile le passage du fleuve. Un nageur, si bon qu'il fût, n'aurait pu le franchir, et, même au moyen d'un bac, cette traversée de l'Irtyche n'était pas sans offrir quelque danger.

Mais ces dangers, comme tous autres, ne pouvaient arrêter, même un instant, Michel Strogoff et Nadia, décidés à les braver, quels qu'ils fussent.

Cependant, Michel Strogoff proposa à sa jeune compagne d'opérer d'abord lui-même le passage du fleuve, en s'embarquant dans le bac chargé du tarentass et de l'attelage, car il craignait que le poids de ce chargement ne rendit le bac moins sûr. Après avoir déposé chevaux et voiture sur l'autre rive, il reviendrait prendre Nadia.

Nadia refusa. C'eût été un retard d'une heure, et elle ne voulait pas, pour sa seule sûreté, être la cause d'un retard.

L'embarquement se fit non sans peine, car les berges étaient en partie inondées, et le bac ne pouvait pas les accoster d'assez près.

Toutefois, après une demi-heure d'efforts, le batelier eut installé dans le bac le tarentass et les trois chevaux. Michel Strogoff, Nadia et l'iemschik s'y embarquèrent alors, et l'on déborda.

Pendant les premières minutes, tout alla bien. Le courant de l'Irtyche, brisé en amont par une longue pointe de la rive, formait un remous que le bac traversa facilement. Les deux bateliers poussaient avec de longues gaffes qu'ils maniaient très-adroitement; mais, à mesure qu'ils gagnaient le large, le fond du lit du fleuve s'abaissant, il ne leur resta bientôt presque plus de bout pour y appuyer leur épaule. L'extrémité des gaffes ne dépassait pas d'un pied la surface des eaux,—ce qui en rendait l'emploi pénible et insuffisant.

Michel Strogoff et Nadia, assis à l'arrière du bac, et toujours portés à craindre quelque retard, observaient avec une certaine inquiétude la manœuvre des bateliers.

«Attention!» cria l'un d'eux à son camarade.

Ce cri était motivé par la nouvelle direction que venait de prendre le bac avec une extrême vitesse. Il subissait alors l'action directe du courant et descendait rapidement le fleuve. Il s'agissait donc, en employant utilement les gaffes, de le mettre en situation de biaiser avec le fil des eaux. C'est pourquoi, en appuyant le bout de leurs gaffes dans une suite d'entailles ménagées au-dessous du plat-bord, les bateliers parvinrent-ils à faire obliquer le bac, et il gagna peu à peu vers la rive droite.

On pouvait certainement calculer qu'il l'atteindrait à cinq ou six verstes en aval du point d'embarquement, mais il n'importait après tout, si bêtes et gens débarquaient sans accident.

Les deux bateliers, hommes vigoureux, stimulés en outre par la promesse d'un haut péage, ne doutaient pas d'ailleurs de mener à bien cette difficile traversée de l'Irtyche.

Mais ils comptaient sans un incident qu'ils étaient impuissants à prévenir, et ni leur zèle ni leur habileté n'auraient rien pu faire en cette circonstance.

Le bac se trouvait engagé dans le milieu du courant, à égale distance environ des deux rives, et il descendait avec une vitesse de deux verstes à l'heure, lorsque Michel Strogoff, se levant, regarda attentivement en amont du fleuve.

Il aperçut alors plusieurs barques que le courant emportait avec une grande rapidité, car à l'action de l'eau se joignait celle des avirons dont elles étaient armées.

La figure de Michel Strogoff se contracta tout à coup, et une exclamation lui échappa.

«Qu'y a-t-il?» demanda la jeune fille.

Mais avant que Michel Strogoff eût eu le temps de lui répondre, un des bateliers s'écriait avec l'accent de l'épouvante:

«Les Tartares! les Tartares!»

C'étaient, en effet, des barques, chargées de soldats, qui descendaient rapidement l'Irtyche, et, avant quelques minutes, elles devaient avoir atteint le bac, trop pesamment encombré pour fuir devant elles.

Les bateliers, terrifiés par cette apparition, poussèrent des cris de désespoir et abandonnèrent leurs gaffes.

«Du courage, mes amis! s'écria Michel Strogoff, du courage! Cinquante roubles pour vous si nous atteignons la rive droite avant l'arrivée de ces barques!»

Les bateliers, ranimés par ces paroles, reprirent la manœuvre et continuèrent à biaiser avec le courant, mais il fut bientôt évident qu'ils ne pourraient éviter l'abordage des Tartares.

Ceux-ci passeraient-ils sans les inquiéter? c'était peu probable! On devait tout craindre, au contraire, de ces pillards!

«N'aie pas peur, Nadia, dit Michel Strogoff, mais sois prête à tout!

—Je suis prête, répondit Nadia.

—Même à te jeter dans le fleuve, quand je te le dirai?

—Quand tu me le diras.

—Aie confiance en moi, Nadia.

—J'ai confiance!»

Les barques tartares n'étaient plus qu'à une distance de cent pieds. Elles portaient un détachement de soldats boukhariens, qui allaient tenter une reconnaissance sur Omsk.

Le bac se trouvait encore à deux longueurs de la rive. Les bateliers redoublèrent d'efforts. Michel Strogoff se joignit à eux et saisit une gaffe, qu'il manœuvra avec une force surhumaine. S'il pouvait débarquer le tarentass et l'enlever au galop de l'attelage, il avait quelques chances d'échapper à ces Tartares, qui n'étaient pas montés.

Mais tant d'efforts devaient être inutiles!

«Saryn na kitchou!» crièrent les soldats de la première barque.

Michel Strogoff reconnut ce cri de guerre des pirates tartares, auquel on ne devait répondre qu'en se couchant à plat ventre.

Et comme ni les bateliers ni lui n'obéirent à cette injonction, une violente décharge eut lieu, et deux des chevaux furent atteints mortellement.

En ce moment, un choc se produisit... Les barques avaient abordé le bac par le travers.

«Viens, Nadia!» s'écria Michel Strogoff, prêt à se jeter par-dessus le bord.

La jeune fille allait le suivre, quand Michel Strogoff, frappé d'un coup de lance, fut précipité dans le fleuve. Le courant l'entraîna, sa main s'agita un instant au-dessus des eaux, et il disparut.

Nadia avait poussé un cri, mais, avant qu'elle eût le temps de se jeter à la suite de Michel Strogoff, elle était saisie, enlevée, et déposée dans une des barques.

Un instant après, les bateliers avaient été tués à coups de lance, et le bac dérivait à l'aventure, pendant que les Tartares continuaient à descendre le cours de l'Irtyche.

CHAPITRE XIV MÈRE ET FILS.

Omsk est la capitale officielle de la Sibérie occidentale. Ce n'est pas la ville la plus importante du gouvernement de ce nom, puisque Tomsk est plus peuplée et plus considérable, mais c'est à Omsk que réside le gouverneur général de cette première moitié de la Russie asiatique.

Omsk, à proprement parler, se compose de deux villes distinctes, l'une qui est uniquement habitée par les autorités et les fonctionnaires, l'autre où demeurent plus spécialement les marchands sibériens, bien qu'elle soit peu commerçante cependant.

Cette ville compte environ douze à treize mille habitants. Elle est défendue par une enceinte flanquée de bastions, mais ces fortifications sont en terre, et elles ne pouvaient la protéger que très-insuffisamment. Aussi les Tartares, qui le savaient bien, tentèrent-ils à cette époque de l'enlever de vive force, et ils y réussirent après quelques jours d'investissement.

La garnison d'Omsk, réduite à deux mille hommes, avait vaillamment résisté. Mais, accablée par les troupes de l'émir, repoussée peu à peu de la ville marchande, elle avait dû se réfugier dans la ville haute.

C'est la que le gouverneur général, ses officiers, ses soldats s'étaient retranchés. Ils avaient fait du haut quartier d'Omsk une sorte de citadelle, après en avoir crénelé les maisons et les églises, et, jusqu'alors, ils tenaient bon dans cette sorte de kreml improvisé, sans grand espoir d'être secourus à temps. En effet, les troupes tartares, qui descendaient le cours de l'Irtyche, recevaient chaque jour de nouveaux renforts, et, circonstance plus grave, elles étaient alors dirigées par un officier, traître à son pays, mais homme de grand mérite et d'une audace à toute épreuve.

C'était le colonel Ivan Ogareff.

Ivan Ogareff, terrible comme un de ces chefs tartares qu'il poussait en avant, était un militaire instruit, qui était d'origine asiatique, il aimait la ruse, il se plaisait à imaginer des embûches, et ne répugnait à aucun moyen lorsqu'il voulait surprendre quelque secret ou tendre quelque piège. Fourbe par nature, il avait volontiers recours aux plus vils déguisements, se faisant mendiant à l'occasion, excellant à prendre toutes les formes et toutes les allures. De plus, il était cruel, et il se fût fait bourreau au besoin. Féofar-Khan avait en lui un lieutenant digne de le seconder dans cette guerre sauvage.

Or, quand Michel Strogoff arriva sur les bords de l'Irtyche, Ivan Ogareff était déjà maître d'Omsk, et il pressait d'autant plus le siège du haut quartier de la ville, qu'il avait hâte de rejoindre Tomsk, où le gros de l'armée tartare venait de se concentrer.

Tomsk, en effet, avait été prise par Féofar-Khan depuis quelques jours, et c'est de là que les envahisseurs, maîtres de la Sibérie centrale, devaient marcher sur Irkoutsk.

Irkoutsk était le véritable objectif d'Ivan Ogareff.

Le plan de ce traître était de se faire agréer du grand-duc sous un faux nom, de capter sa confiance, et, l'heure venue, de livrer aux Tartares la ville et le grand-duc lui-même.

Avec une telle ville et un tel otage, toute la Sibérie asiatique devait tomber aux mains des envahisseurs.

Or, on le suit, ce complot était connu du czar, et c'était pour le déjouer qu'avait été confiée à Michel Strogoff l'importante missive dont il était porteur. De là aussi, les instructions les plus sévères qui avaient été données au jeune courrier, de passer incognito à travers la contrée envahie.

Cette mission, il l'avait fidèlement exécutée jusqu'ici, mais, maintenant, pourrait-il en poursuivre l'accomplissement?

Le coup qui avait frappé Michel Strogoff n'était pas mortel. En nageant de manière à éviter d'être vu, il avait atteint la rive droite, où il tomba évanoui entre les roseaux.

Quand il revint à lui, il se trouva dans la cabane d'un moujik qui l'avait recueilli et soigné, et auquel il devait d'être encore vivant. Depuis combien de temps était-il l'hôte de ce brave Sibérien? il n'eût pu le dire. Mais, lorsqu'il rouvrit les yeux, il vit une bonne figure barbue, penchée sur lui, qui le regardait d'un œil compatissant. Il allait demander où il était, lorsque le moujik, le prévenant, lui dit:

«Ne parle pas, petit père, ne parle pas! Tu es encore trop faible. Je vais te dire où tu es et tout ce qui s'est passé depuis que je t'ai rapporté dans ma cabane.»

Et le moujik raconta à Michel Strogoff les divers incidents de la lutte dont il avait été témoin, l'attaque du bac par les barques tartares, le pillage du tarentass, le massacre des bateliers!...

Mais Michel Strogoff ne l'écoutait plus, et, portant la main à son vêtement, il sentit la lettre impériale, toujours serrée sur sa poitrine.

Il respira, mais ce n'était pas tout.

«Une jeune fille m'accompagnait! dit-il.

—Ils ne l'ont pas tuée! répondit le moujik, allant au-devant de l'inquiétude qu'il lisait dans les yeux de son hôte. Ils l'ont emmenée dans leur barque, et ils ont continué de descendre l'Irtyche! C'est une prisonnière de plus à joindre à tant d'autres que l'on conduit à Tomsk!»

Michel Strogoff ne put répondre. Il mit la main sur son cœur pour en comprimer les battements.

Mais, malgré tant d'épreuves, le sentiment du devoir dominait son âme tout entière.

«Où suis-je? demanda-t-il.

—Sur la rive droite de l'Irtyche, et seulement à cinq verstes d'Omsk, répondit le moujik.

—Quelle blessure ai-je donc reçue, qui ait pu me foudroyer ainsi? Ce n'est pas un coup de feu?

—Non, un coup de lance à la tête, cicatrisé maintenant, répondit le moujik. Après quelques jours de repos, petit père, tu pourras continuer ta route. Tu es tombé dans le fleuve, mais les Tartares ne l'ont ni touché ni fouillé, et ta bourse est toujours dans ta poche.»

Michel Strogoff tendit la main au moujik. Puis, se redressant par un subit effort:

«Ami, dit-il, depuis combien de temps suis-je dans ta cabane?

—Depuis trois jours.

—Trois jours perdus!

—Trois jours pendant lesquels tu as été sans connaissance!

—As-tu un cheval à me vendre?

—Tu veux partir?

—A l'instant.

—Je n'ai ni cheval ni voiture, petit père! Où les Tartares ont passé, il ne reste plus rien!

—Eh bien, j'irai a pied à Omsk chercher un cheval...

—Quelques heures de repos encore, et tu seras mieux en état de continuer ton voyage!

—Pas une heure!

—Viens donc! répondit le moujik, comprenant qu'il n'y avait pas à lutter contre la volonté de son hôte. Je te conduirai moi-même, ajouta-t-il. D'ailleurs, les Russes sont encore en grand nombre à Omsk, et tu pourras peut-être passer inaperçu.

—Ami, répondit Michel Strogoff, que le ciel te récompense de tout ce que tu as fait pour moi!

—Une récompense! Les fous seuls en attendent sur la terre,» répondit le moujik.

Michel Strogoff sortit de la cabane. Lorsqu'il voulut marcher, il fut pris d'un éblouissement tel que, sans le secours du moujik, il serait tombé, mais le grand air le remit promptement. Il ressentit alors le coup qui lui avait été porté à la tête, et dont son bonnet de fourrure avait heureusement amorti la violence. Avec l'énergie qu'on lui connaît, il n'était pas homme à se laisser abattre pour si peu. Un seul but se dressait devant ses yeux, c'était cette lointaine Irkoutsk qu'il lui fallait atteindre! Mais il lui fallait traverser Omsk sans s'y arrêter.

«Dieu protège ma mère et Nadia! murmura-t-il. Je n'ai pas encore le droit de penser à elles!»

Michel Strogoff et le moujik arrivèrent bientôt au quartier marchand de la ville basse, et, bien qu'elle fût occupée militairement, ils y entrèrent sans difficulté. L'enceinte de terre avait été détruite en maint endroit, et c'étaient autant de brèches par lesquelles pénétraient ces maraudeurs qui suivaient les armées de Féofar-Khan.

A l'intérieur d'Omsk, dans les rues, sur les places, fourmillaient les soldats tartares, mais on pouvait remarquer qu'une main de fer leur imposait une discipline à laquelle ils étaient peu accoutumés. En effet, ils ne marchaient point isolément, mais par groupes armés, en mesure de se défendre contre toute agression.

Sur la grande place, transformée en camp que gardaient de nombreuses sentinelles, deux mille Tartares bivouaquaient en bon ordre. Les chevaux, attachés à des piquets, mais toujours harnachés, étaient prêts à partir au premier ordre. Omsk ne pouvait être qu'une halte provisoire pour cette cavalerie tartare, qui devait lui préférer les riches plaines de la Sibérie orientale, là où les villes sont plus opulentes, les campagnes plus fertiles, et, par conséquent, le pillage plus fructueux.

Au-dessus de la ville marchande s'étageait le haut quartier, qu'Ivan Ogareff, malgré plusieurs assauts vigoureusement donnés, mais bravement repoussés, n'avait encore pu réduire. Sur ses murailles crénelées flottait le drapeau national aux couleurs de la Russie.

Ce ne fut pas sans un légitime orgueil que Michel Strogoff et son guide le saluèrent de leurs vœux.

Michel Strogoff connaissait parfaitement la ville d'Omsk, et, tout en suivant son guide, il évita les rues trop fréquentées. Ce n'était pas qu'il pût craindre d'être reconnu. Dans cette ville, sa vieille mère aurait seule pu l'appeler de son vrai nom, mais il avait juré de ne pas la voir, et il ne la verrait pas. D'ailleurs,—il le souhaitait de tout cœur,—peut-être avait-elle fui dans quelque portion tranquille de la steppe.

Le moujik, très-heureusement, connaissait un maître de poste qui, en le payant bien, ne refuserait pas, suivant lui, soit de louer, soit de vendre voiture ou chevaux. Resterait la difficulté de quitter la ville, mais les brèches, pratiquées à l'enceinte, devaient faciliter la sortie de Michel Strogoff.