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Les Malheurs de SophiePart 7 of 11

Comtesse de Ségur

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
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«Goûtons-les pour voir s'ils sont bons, dit-elle en ouvrant une boîte. Prends-en deux, Sophie; choisis ceux que tu aimerais le mieux. Voici des poires, des prunes, des noix, des abricots, du cédrat, de l'angélique.»

Sophie hésita un peu; elle examinait lesquels étaient les plus gros; enfin elle se décida pour une poire et un abricot. Paul choisit une prune et de l'angélique. Quand tout le monde en eut pris, la maman ferma la boîte, encore à moitié pleine, la porta dans sa chambre et la posa sur le haut d'une étagère. Sophie l'avait suivie jusqu'à la porte.

En revenant, Mme de Réan dit à Sophie et à Paul qu'elle ne pourrait pas les mener promener, parce qu'elle devait faire une visite dans le voisinage.

«Amusez-vous pendant mon absence, mes enfants; promenez-vous, ou restez devant la maison, comme vous voudrez.»

Et, les embrassant, elle monta en voiture avec M. et Mme d'Aubert et M. de Réan.

Les enfants restèrent seuls et jouèrent longtemps devant la maison. Sophie parlait souvent de fruits confits.

«Je suis fâchée, dit-elle, de n'avoir pas pris d'angélique ni de prune; ce doit être très bon.

—Oui, c'est très bon, répondit Paul, mais tu pourras en manger demain; ainsi n'y pense plus, crois-moi, et jouons.»

Ils reprirent leur jeu, qui était de l'invention de Paul. Ils avaient creusé un petit bassin et ils le remplissaient d'eau; mais il fallait en remettre toujours, parce que la terre buvait l'eau à mesure qu'ils la versaient. Enfin, Paul glissa sur la terre boueuse et renversa un arrosoir plein sur ses jambes.

«Aïe, aïe! s'écria-t-il, comme c'est froid! Je suis trempé; il faut que j'aille changer de souliers, de bas, de pantalon. Attends-moi là, je reviendrai dans un quart d'heure.»

Sophie resta près du bassin, tapotant l'eau avec sa petite pelle, mais ne pensant ni à l'eau, ni à la pelle, ni à Paul. À quoi pensait-elle donc? Hélas! Sophie pensait aux fruits confits, à l'angélique, aux prunes; elle regrettait de ne pas pouvoir en manger encore, de n'avoir pas goûté à tout.

«Demain, pensa-t-elle, maman m'en donnera encore; je n'aurai pas le temps de bien choisir. Si je pouvais les regarder d'avance, je remarquerais ceux que je prendrai demain… Et pourquoi ne pourrais-je pas les regarder? Je n'ai qu'à ouvrir la boîte.»

Voilà Sophie, bien contente de son idée, qui court à la chambre de sa maman et qui cherche à atteindre la boîte; mais elle a beau sauter, allonger le bras, elle ne peut y parvenir; elle ne sait comment faire; elle cherche un bâton, une pincette, n'importe quoi, lorsqu'elle se tape le front avec la main en disant:

«Que je suis donc bête! je vais approcher un fauteuil et monter dessus!»

Sophie tire et pousse un lourd fauteuil tout près de l'étagère, grimpe dessus, atteint la boîte, l'ouvre et regarde avec envie les beaux fruits confits. «Lequel prendrai-je demain?» dit-elle. Elle ne peut se décider: c'est tantôt l'un, tantôt l'autre. Le temps se passait pourtant; Paul allait bientôt revenir.

«Que dirait-il s'il me voyait ici? pensa-t-elle. Il croirait que je vole les fruits confits, et pourtant je ne fais que les regarder… J'ai une bonne idée: si je grignotais un tout petit morceau de chaque fruit, je saurais le goût qu'ils ont tous, je saurais lequel est le meilleur, et personne ne verrait rien, parce que j'en mordrais si peu que cela ne paraîtrait pas.»

Et Sophie mordille un morceau d'angélique, puis un abricot, puis une prune, puis une noix, puis une poire, puis du cédrat, mais elle ne se décide pas plus qu'avant.

«Il faut recommencer», dit-elle.

Elle recommence à grignoter, et recommence tant de fois, qu'il ne reste presque plus rien dans la boîte. Elle s'en aperçoit enfin; la frayeur la prend.

«Mon Dieu, mon Dieu! qu'ai-je fait? dit-elle. Je ne voulais qu'y goûter, et j'ai presque tout mangé. Maman va s'en apercevoir dès qu'elle ouvrira la boîte; elle devinera que c'est moi. Que faire, que faire? … Je pourrais bien dire que ce n'est pas moi; mais maman ne me croira pas… Si je disais que ce sont les souris? Précisément, j'en ai vu une courir ce matin dans le corridor. Je le dirai à maman; seulement je dirai que c'était un rat, parce qu'un rat est plus gros qu'une souris, et qu'il mange plus, et, comme j'ai mangé presque tout, il vaut mieux que ce soit un rat qu'une souris.»

Sophie, enchantée de son esprit, ferme la boîte, la remet à sa place et descend du fauteuil. Elle retourne au jardin en courant; à peine avait-elle eu le temps de prendre sa pelle, que Paul revint.

PAUL.—J'ai été bien longtemps, n'est-ce pas? c'est que je ne trouvais pas mes souliers; on les avait emportés pour les cirer, et j'ai cherché partout avant de les demander à Baptiste. Qu'as-tu fait pendant que je n'y étais pas?

SOPHIE.—Rien du tout, je t'attendais; je jouais avec l'eau.

PAUL.—Mais tu as laissé le bassin se vider; il n'y a plus rien dedans. Donne-moi ta pelle, que je batte un peu le fond pour le rendre plus solide; va pendant ce temps puiser de l'eau dans le baquet.

Sophie alla chercher de l'eau pendant que Paul travaillait au bassin. Quand elle revint, Paul lui rendit la pelle et dit:

«Ta pelle est toute poissée; elle colle aux doigts; qu'est-ce que tu as mis dessus?

—Rien, répondit Sophie; rien. Je ne sais pas pourquoi elle colle.»

Et Sophie plongea vivement ses mains dans l'arrosoir plein d'eau, parce qu'elle venait de s'apercevoir qu'elles étaient poissées.

«Pourquoi mets-tu tes mains dans l'arrosoir?» demanda Paul.

SOPHIE, embarrassée. —Pour voir si elle est froide.

PAUL, riant. —Quel drôle d'air tu as depuis que je suis revenu! On dirait que tu as fait quelque chose de mal.

SOPHIE, troublée.—Quel mal veux-tu que j'aie fait! Tu n'as qu'à regarder; tu ne trouveras rien de mal. Je ne sais pas pourquoi tu dis que j'ai fait quelque chose de mal: tu as toujours des idées ridicules.

PAUL.—Comme tu te fâches! C'est une plaisanterie que j'ai faite. Je t'assure que je ne crois à aucune mauvaise action de ta part, et tu n'as pas besoin de me regarder d'un air si farouche.

Sophie leva les épaules, reprit son arrosoir et le versa dans le bassin, qui se vida sur le sable. Les enfants jouèrent ainsi jusqu'à huit heures; les bonnes vinrent les chercher et les emmenèrent. C'était l'heure du coucher.

Sophie eut une nuit un peu agitée; elle rêva qu'elle était près d'un jardin dont elle était séparée par une barrière; ce jardin était rempli de fleurs et de fruits qui semblaient délicieux. Elle cherchait à y entrer; son bon ange la tirait en arrière et lui disait d'une voix triste: «N'entre pas, Sophie; ne goûte pas à ces fruits qui te semblent si bons, et qui sont amers et empoisonnés; ne sens pas ces fleurs qui paraissent si belles et qui répandent une odeur infecte et empoisonnée. Ce jardin est le jardin du mal. Laisse-moi te mener dans le jardin du bien.—Mais, dit Sophie, le chemin pour y aller est raboteux, plein de pierres, tandis que l'autre est couvert d'un sable fin, doux aux pieds.—Oui, dit l'ange, mais le chemin raboteux te mènera dans un jardin de délices. L'autre chemin te mènera dans un lieu de souffrance, de tristesse; tout y est mauvais; les êtres qui l'habitent sont méchants et cruels; au lieu de te consoler, ils riront de tes souffrances, ils les augmenteront en te tourmentant eux-mêmes.» Sophie hésita; elle regardait le beau jardin rempli de fleurs, de fruits, les allées sablées et ombragées; puis, jetant un coup d'oeil sur le chemin raboteux et aride qui semblait n'avoir pas de fin, elle se retourna vers la barrière, qui s'ouvrit devant elle, et, s'arrachant des mains de son bon ange, elle entra dans le jardin. L'ange lui cria: «Reviens, reviens, Sophie, je t'attendrai à la barrière; je t'y attendrai jusqu'à ta mort, et, si jamais tu reviens à moi, je te mènerai au jardin de délices par le chemin raboteux, qui s'adoucira et s'embellira à mesure que tu y avanceras.» Sophie n'écouta pas la voix de son bon ange: de jolis enfants lui faisaient signe d'avancer, elle courut à eux, ils l'entourèrent en riant, et se mirent les uns à la pincer, les autres à la tirailler, à lui jeter du sable dans les yeux.

Sophie se débarrassa d'eux avec peine, et, s'éloignant, elle cueillit une fleur d'une apparence charmante; elle la sentit et la rejeta loin d'elle: l'odeur en était affreuse. Elle continua à avancer, et, voyant les arbres chargés des plus beaux fruits, elle en prit un et y goûta; mais elle le jeta avec plus d'horreur encore que la fleur: le goût en était amer et détestable. Sophie, un peu attristée, continua sa promenade, mais partout elle fut trompée comme pour les fleurs et les fruits. Quand elle fut restée quelque temps dans ce jardin où tout était mauvais, elle pensa à son bon ange, et, malgré les promesses et les cris des méchants, elle courut à la barrière et aperçut son bon ange, qui lui tendait les bras. Repoussant les méchants enfants, elle se jeta dans les bras de l'ange, qui l'entraîna dans le chemin raboteux. Les premiers pas lui parurent difficiles, mais plus elle avançait et plus le chemin devenait doux, plus le pays lui semblait frais et agréable. Elle allait entrer dans le jardin du bien, lorsqu'elle s'éveilla agitée et baignée de sueur. Elle pensa longtemps à ce rêve. «Il faudra, dit-elle, que je demande à maman de me l'expliquer»; et elle se rendormit jusqu'au lendemain.

Quand elle alla chez sa maman, elle lui trouva le visage un peu sévère; mais le rêve lui avait fait oublier les fruits confits, et elle se mit tout de suite à le raconter.

LA MAMAN.—Sais-tu ce qu'il peut signifier, Sophie! C'est que le bon Dieu, qui voit que tu n'es pas sage, te prévient par le moyen de ce rêve que, si tu continues à faire tout ce qui est mal et qui te semble agréable, tu auras des chagrins au lieu d'avoir des plaisirs. Ce jardin trompeur, c'est l'enfer; le jardin du bien, c'est le paradis; on y arrive par un chemin raboteux, c'est-à-dire en se privant de choses agréables, mais qui sont défendues; le chemin devient plus doux à mesure qu'on marche, c'est-à-dire qu'à force d'être obéissant, doux, bon, on s'y habitue tellement que cela ne coûte plus d'obéir et d'être bon, et qu'on ne souffre plus de ne pas se laisser aller à toutes ses volontés.

Sophie s'agita sur sa chaise; elle rougissait, regardait sa maman; elle voulait parler; mais elle ne pouvait s'y décider. Enfin Mme de Réan, qui voyait son agitation, vint à son aide en lui disant:

«Tu as quelque chose à avouer, Sophie; tu n'oses pas le faire, parce que cela coûte toujours d'avouer une faute. C'est précisément le chemin raboteux dans lequel t'appelle ton bon ange et qui te fait peur. Voyons, Sophie, écoute ton bon ange, et saute hardiment dans les pierres du chemin qu'il t'indique.»

Sophie rougit plus encore, cacha sa figure dans ses mains et, d'une voix tremblante, avoua à sa maman qu'elle avait mangé la veille presque toute la boîte de fruits confits.

MADAME DE RÉAN.—Et comment espérais-tu me le cacher?

SOPHIE.—Je voulais vous dire, maman, que c'étaient les rats qui l'avaient mangée.

MADAME DE RÉAN.—Et je ne l'aurais jamais cru, comme tu le penses bien, puisque les rats ne pouvaient lever le couvercle de la boîte et le refermer ensuite; les rats auraient commencé par dévorer, déchirer la boîte pour arriver aux fruits confits. De plus, les rats n'avaient pas besoin d'approcher un fauteuil pour atteindre l'étagère.

SOPHIE, surprise. —Comment! Vous avez vu que j'avais tiré le fauteuil?

MADAME DE RÉAN.—Comme tu avais oublié de l'ôter, c'est la première chose que j'ai vue hier en rentrant chez moi. J'ai compris que c'était toi, surtout après avoir regardé la boîte et l'avoir trouvée presque vide. Tu vois comme tu as bien fait de m'avouer ta faute; tes mensonges n'auraient fait que l'augmenter et t'auraient fait punir plus sévèrement. Pour récompenser l'effort que tu fais en avouant tout, tu n'auras d'autre punition que de ne pas manger de fruits confits tant qu'ils dureront.

Sophie baisa la main de sa maman, qui l'embrassa; elle retourna ensuite dans sa chambre, où Paul l'attendait pour déjeuner.

PAUL.—Qu'as-tu donc, Sophie? Tu as les yeux rouges.

SOPHIE.—C'est que j'ai pleuré.

PAUL.—Pourquoi? Est-ce que ma tante t'a grondée?

SOPHIE.—Non, mais c'est que j'étais honteuse de lui avouer une mauvaise chose que j'ai faite hier.

PAUL.—Quelle mauvaise chose? Je n'ai rien vu, moi.

SOPHIE.—Parce que je me suis cachée de toi.

Et Sophie raconta à Paul comment elle avait mangé la boîte de fruits confits, après avoir voulu seulement les regarder et choisir les meilleurs pour le lendemain.

Paul loua beaucoup Sophie d'avoir tout avoué à sa maman.

«Comment as-tu eu ce courage?» dit-il.

Sophie lui raconta alors son rêve, et comment sa maman le lui avait expliqué. Depuis ce jour Paul et Sophie parlèrent souvent de ce rêve, qui les aida à être obéissants et bons.

XVII—Le chat et le bouvreuil.

Sophie et Paul se promenaient un jour avec leur bonne; ils revenaient de chez une pauvre femme à laquelle ils avaient été porter de l'argent. Ils revenaient tout doucement; tantôt ils cherchaient à grimper à un arbre, tantôt ils passaient au travers des haies et se cachaient dans les buissons. Sophie était cachée et Paul la cherchait, lorsqu'elle entendit un tout petit miaou bien faible, bien plaintif. Sophie eut peur; elle sortit de sa cachette.

«Paul, dit-elle, appelons ma bonne; j'ai entendu un petit cri, comme un chat qui miaule, tout près de moi, dans le buisson.»

PAUL.—Pourquoi faut-il appeler ta bonne pour cela? Allons voir nous-mêmes ce que c'est.

SOPHIE.—Oh non! j'ai peur.

PAUL, riant. —Peur! et de quoi? Tu dis toi-même que c'était un petit cri. Ce n'est donc pas une grosse bête.

SOPHIE.—Je ne sais pas; c'est peut-être un serpent, un jeune loup.

PAUL, riant. —Ha! ha! ha! Un serpent qui crie! C'est nouveau, cela! Et un jeune loup qui pousse un si petit cri, que moi, qui étais tout près de toi, je ne l'ai pas entendu!

SOPHIE.—Voilà le même cri! Entends-tu?

Paul écouta et entendit en effet un petit miaou bien faible qui sortait du buisson. Il y courut malgré les prières de Sophie.

«C'est un pauvre petit chat qui a l'air malade, s'écria-t-il après avoir cherché quelques instants. Viens voir comme il paraît misérable.»

Sophie accourut; elle vit un tout petit chat tout blanc, mouillé de rosée et taché de boue, qui était étendu tout près de la place où elle s'était cachée.

«Il faut appeler ma bonne, dit Sophie, pour qu'elle l'emporte; pauvre petit, comme il tremble.

—Et comme il est maigre!» dit Paul. Ils appelèrent la bonne, qui les suivait de loin. Quand elle les rejoignit, ils lui montrèrent le petit chat et lui demandèrent de l'emporter.

LA BONNE.—Mais comment faire pour l'emporter? Le pauvre petit malheureux est si mouillé et si sale que je ne peux pas le prendre dans mes mains.

SOPHIE.—Eh bien, ma bonne, mettez-le dans des feuilles.

PAUL.—Ou plutôt dans mon mouchoir; il sera bien mieux.

SOPHIE.—C'est cela! Essuyons-le avec mon mouchoir, et couchons-le dans le tien; ma bonne l'emportera.

La bonne les aida à arranger le petit chat, qui n'avait pas la force de remuer; quand il fut bien enveloppé dans le mouchoir, la bonne le prit, et tous se dépêchèrent d'arriver à la maison pour lui donner du lait chaud.

Ils n'étaient pas loin de la maison, et ils furent bientôt arrivés. Sophie et Paul coururent en avant, à la cuisine.

«Donnez-nous bien vite une tasse de lait chaud, dit Sophie à Jean, le cuisinier.

—Pour quoi faire, mademoiselle? répondit Jean.

—Pour un pauvre petit chat que nous avons trouvé dans une haie et qui est presque mort de faim. Le voici; ma bonne l'apporte dans un mouchoir.»

La bonne posa le mouchoir par terre; le cuisinier apporta une assiettée de lait chaud au petit chat, qui se jeta dessus et avala tout sans en laisser une goutte.

«J'espère que le voilà content, dit la bonne. Il a bu plus de deux verres de lait.»

SOPHIE.—Ah! le voilà qui se relève! Il lèche ses poils.

PAUL.—Si nous l'emportions dans notre chambre?

LE CUISINIER.—Moi, monsieur et mademoiselle, je vous conseillerais de le laisser dans la cuisine, d'abord parce qu'il se séchera mieux dans la cendre chaude, ensuite parce qu'il aura à manger ici tant qu'il voudra; enfin parce qu'il pourra sortir quand il en aura besoin, et qu'il apprendra ainsi à être propre.

PAUL.—C'est vrai. Laissons-le à la cuisine, Sophie.

SOPHIE.—Mais il sera toujours à nous et je le verrai tant que je voudrai?

LE CUISINIER.—Certainement, mademoiselle, vous le verrez quand vous voudrez. Ne sera-t-il pas à vous tout de même?

Il prit le chat, et le posa sur de la cendre chaude, sous le fourneau. Les enfants le laissèrent dormir et recommandèrent bien au cuisinier de lui mettre du lait près de lui pour qu'il pût en boire toutes les fois qu'il aurait faim.

SOPHIE.—Comment appellerons-nous notre chat?

PAUL.—Appelons-le Chéri.

SOPHIE.—Oh non! C'est commun. Appelons-le plutôt Charmant.

PAUL.—Et si en grandissant il devient laid?

SOPHIE.—C'est vrai. Comment l'appeler alors? Il faut bien pourtant qu'il ait un nom.

PAUL.—Sais-tu ce qui serait un très joli nom? Beau-Minon.

SOPHIE.—Ah oui! Comme dans le conte de Blondine. C'est vrai: appelons-le Beau-Minon. Je demanderai à maman de lui faire un petit collier et de broder tout autour Beau-Minon.

Et les enfants coururent chez Mme de Réan pour lui raconter l'histoire du petit chat et pour lui demander un collier. La maman alla voir le chat et prit la mesure de son cou.

«Je ne sais pas si ce pauvre chat pourra vivre, dit-elle, il est si maigre et si faible qu'il peut à peine se tenir sur ses pattes.»

PAUL.—Mais comment s'est-il trouvé dans la haie? Les chats ne vivent pas dans les bois.

MADAME DE RÉAN.—Ce sont peut-être de méchants enfants qui l'ont emporté pour jouer, et l'auront jeté ensuite dans la haie, pensant qu'il pourrait revenir dans sa maison tout seul.

SOPHIE.—Pourquoi aussi n'est-il pas revenu? C'est bien sa faute s'il a été malheureux.