Le Mystère de la chambre jaune Ch. 1/3 · 0%

Le Mystère de la chambre jaunePart 3 of 28

Gaston Leroux

French original · English translation

The translation continues with Premium.

  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
  • Every book in the catalog

M. Maleine répliqua: «Compris!», arrêta Rouletabille dans sa course et eut la prétention de l'empêcher de monter dans le compartiment du juge d'instruction.

«Pardon, messieurs! Ce compartiment est réservé…

—Je suis journaliste, monsieur, rédacteur à l'Époque, fit mon jeune ami avec une grande dépense de salutations et de politesses, et j'ai un petit mot à dire à M. de Marquet.

—M. de Marquet est très occupé par son enquête…

—Oh! Son enquête m'est absolument indifférente, veuillez le croire… Je ne suis pas, moi, un rédacteur de chiens écrasés, déclara le jeune Rouletabille dont la lèvre inférieure exprimait alors un mépris infini pour la littérature des «faits diversiers»; je suis courriériste des théâtres… Et comme je dois faire, ce soir, un petit compte rendu de la revue de la Scala…

—Montez, monsieur, je vous en prie…», fit le greffier s'effaçant.

Rouletabille était déjà dans le compartiment. Je l'y suivis. Je m'assis à ses côtés; le greffier monta et ferma la portière.

M. de Marquet regardait son greffier.

—Oh! Monsieur, débuta Rouletabille, n'en veuillez pas «à ce brave homme» si j'ai forcé la consigne; ce n'est pas à M. de Marquet que je veux avoir l'honneur de parler: c'est à M. «Castigat Ridendo»! … Permettez-moi de vous féliciter, en tant que courriériste théâtral à l'Époque…»

Et Rouletabille, m'ayant présenté d'abord, se présenta ensuite.

M. de Marquet, d'un geste inquiet, caressait sa barbe en pointe. Il exprima en quelques mots à Rouletabille qu'il était trop modeste auteur pour désirer que le voile de son pseudonyme fût publiquement levé, et il espérait bien que l'enthousiasme du journaliste pour l'œuvre du dramaturge n'irait point jusqu'à apprendre aux populations que M. «Castigat Ridendo» n'était autre que le juge d'instruction de Corbeil.

«L'œuvre de l'auteur dramatique pourrait nuire, ajouta-t-il, après une légère hésitation, à l'œuvre du magistrat… surtout en province où l'on est resté un peu routinier…

—Oh! Comptez sur ma discrétion!» s'écria Rouletabille en levant des mains qui attestaient le Ciel.

Le train s'ébranlait alors…

«Nous partons! fit le juge d'instruction, surpris de nous voir faire le voyage avec lui.

—Oui, monsieur, la vérité se met en marche… dit en souriant aimablement le reporter… en marche vers le château du Glandier… Belle affaire, monsieur De Marquet, belle affaire!…

—Obscure affaire! Incroyable, insondable, inexplicable affaire… et je ne crains qu'une chose, monsieur Rouletabille… c'est que les journalistes se mêlent de la vouloir expliquer…»

Mon ami sentit le coup droit.

«Oui, fit-il simplement, il faut le craindre… Ils se mêlent de tout… Quant à moi, je ne vous parle que parce que le hasard, monsieur le juge d'instruction, le pur hasard, m'a mis sur votre chemin et presque dans votre compartiment.

—Où allez-vous donc, demanda M. de Marquet.

—Au château du Glandier», fit sans broncher Rouletabille.

M. de Marquet sursauta.

«Vous n'y entrerez pas, monsieur Rouletabille!…

—Vous vous y opposerez? fit mon ami, déjà prêt à la bataille.

—Que non pas! J'aime trop la presse et les journalistes pour leur être désagréable en quoi que ce soit, mais M. Stangerson a consigné sa porte à tout le monde. Et elle est bien gardée. Pas un journaliste, hier, n'a pu franchir la grille du Glandier.

—Tant mieux, répliqua Rouletabille, j'arrive bien.»

M. de Marquet se pinça les lèvres et parut prêt à conserver un obstiné silence. Il ne se détendit un peu que lorsque Rouletabille ne lui eut pas laissé ignorer plus longtemps que nous nous rendions au Glandier pour y serrer la main «d'un vieil ami intime», déclara-t-il, en parlant de M. Robert Darzac, qu'il avait peut-être vu une fois dans sa vie.

«Ce pauvre Robert! continua le jeune reporter… Ce pauvre Robert! il est capable d'en mourir… Il aimait tant Mlle Stangerson…

—La douleur de M. Robert Darzac fait, il est vrai, peine à voir… laissa échapper comme à regret M. de Marquet…

—Mais il faut espérer que Mlle Stangerson sera sauvée…

—Espérons-le… son père me disait hier que, si elle devait succomber, il ne tarderait point, quant à lui, à l'aller rejoindre dans la tombe… Quelle perte incalculable pour la science!

—La blessure à la tempe est grave, n'est-ce pas?…

—Évidemment! Mais c'est une chance inouïe qu'elle n'ait pas été mortelle… Le coup a été donné avec une force!…

—Ce n'est donc pas le revolver qui a blessé Mlle Stangerson», fit Rouletabille… en me jetant un regard de triomphe…

M. de Marquet parut fort embarrassé.

«Je n'ai rien dit, je ne veux rien dire, et je ne dirai rien!»

Et il se tourna vers son greffier, comme s'il ne nous connaissait plus…

Mais on ne se débarrassait pas ainsi de Rouletabille. Celui-ci s'approcha du juge d'instruction, et, montrant le Matin, qu'il tira de sa poche, il lui dit:

«Il y a une chose, monsieur le juge d'instruction, que je puis vous demander sans commettre d'indiscrétion. Vous avez lu le récit du Matin? Il est absurde, n'est-ce pas?

—Pas le moins du monde, monsieur…

—Eh quoi! La «Chambre Jaune» n'a qu'une fenêtre grillée «dont les barreaux n'ont pas été descellés, et une porte que l'on défonce…» et l'on n'y trouve pas l'assassin!

—C'est ainsi, monsieur! C'est ainsi! … C'est ainsi que la question se pose!…»

Rouletabille ne dit plus rien et partit pour des pensers inconnus… Un quart d'heure ainsi s'écoula.

Quant il revint à nous, il dit, s'adressant encore au juge d'instruction:

—Comment était, ce soir-là, la coiffure de Mlle Stangerson?

—Je ne saisis pas, fit M. de Marquet.

—Ceci est de la dernière importance, répliqua Rouletabille. Les cheveux en bandeaux, n'est-ce pas? Je suis sûr qu'elle portait ce soir-là, le soir du drame, les cheveux en bandeaux!

—Eh bien, monsieur Rouletabille, vous êtes dans l'erreur, répondit le juge d'instruction; Mlle Stangerson était coiffée, ce soir-là, les cheveux relevés entièrement en torsade sur la tête… Ce doit être sa coiffure habituelle… Le front entièrement découvert…, je puis vous l'affirmer, car nous avons examiné longuement la blessure. Il n'y avait pas de sang aux cheveux… et l'on n'avait pas touché à la coiffure depuis l'attentat.

—Vous êtes sûr! Vous êtes sûr que Mlle Stangerson, la nuit de l'attentat, n'avait pas «la coiffure en bandeaux»?…

—Tout à fait certain, continua le juge en souriant… car, justement, j'entends encore le docteur me dire pendant que j'examinais la blessure: «C'est grand dommage que Mlle Stangerson ait l'habitude de se coiffer les cheveux relevés sur le front. Si elle avait porté la coiffure en bandeaux, le coup qu'elle a reçu à la tempe aurait été amorti.» Maintenant, je vous dirai qu'il est étrange que vous attachiez de l'importance…

—Oh! Si elle n'avait pas les cheveux en bandeaux! gémit Rouletabille, où allons-nous? où allons-nous? Il faudra que je me renseigne.

Et il eut un geste désolé.

«Et la blessure à la tempe est terrible? demanda-t-il encore.

—Terrible.

—Enfin, par quelle arme a-t-elle été faite?

—Ceci, monsieur, est le secret de l'instruction.

—Avez-vous retrouvé cette arme?»

Le juge d'instruction ne répondit pas.

«Et la blessure à la gorge?»

Ici, le juge d'instruction voulut bien nous confier que la blessure à la gorge était telle que l'on pouvait affirmer, de l'avis même des médecins, que, «si l'assassin avait serré cette gorge quelques secondes de plus, Mlle Stangerson mourait étranglée».

«L'affaire, telle que la rapporte Le Matin, reprit Rouletabille, acharné, me paraît de plus en plus inexplicable. Pouvez-vous me dire, monsieur le juge, quelles sont les ouvertures du pavillon, portes et fenêtres?

—Il y en a cinq, répondit M. de Marquet, après avoir toussé deux ou trois fois, mais ne résistant plus au désir qu'il avait d'étaler tout l'incroyable mystère de l'affaire qu'il instruisait. Il y en a cinq, dont la porte du vestibule qui est la seule porte d'entrée du pavillon, porte toujours automatiquement fermée, et ne pouvant s'ouvrir, soit de l'intérieur, soit de l'extérieur, que par deux clefs spéciales qui ne quittent jamais le père Jacques et M. Stangerson. Mlle Stangerson n'en a point besoin puisque le père Jacques est à demeure dans le pavillon et que, dans la journée, elle ne quitte point son père. Quand ils se sont précipités tous les quatre dans la «Chambre Jaune» dont ils avaient enfin défoncé la porte, la porte d'entrée du vestibule, elle, était restée fermée comme toujours, et les deux clefs de cette porte étaient l'une dans la poche de M. Stangerson, l'autre dans la poche du père Jacques. Quant aux fenêtres du pavillon, elles sont quatre: l'unique fenêtre de la «Chambre Jaune», les deux fenêtres du laboratoire et la fenêtre du vestibule. La fenêtre de la «Chambre Jaune» et celles du laboratoire donnent sur la campagne; seule la fenêtre du vestibule donne dans le parc.

—C'est par cette fenêtre-là qu'il s'est sauvé du pavillon! s'écria Rouletabille.

—Comment le savez-vous? fit M. de Marquet en fixant sur mon ami un étrange regard.

—Nous verrons plus tard comment l'assassin s'est enfui de la «Chambre Jaune», répliqua Rouletabille, mais il a dû quitter le pavillon par la fenêtre du vestibule…

—Encore une fois, comment le savez-vous?

—Eh! mon Dieu! c'est bien simple. Du moment qu'«il» ne peut s'enfuir par la porte du pavillon, il faut bien qu'il passe par une fenêtre, et il faut qu'il y ait au moins, pour qu'il passe, une fenêtre qui ne soit pas grillée. La fenêtre de la «Chambre Jaune» est grillée, parce qu'elle donne sur la campagne; les deux fenêtres du laboratoire doivent l'être certainement pour la même raison. «Puisque l'assassin s'est enfui», j'imagine qu'il a trouvé une fenêtre sans barreaux, et ce sera celle du vestibule qui donne sur le parc, c'est-à-dire à l'intérieur de la propriété. Cela n'est pas sorcier!…

—Oui, fit M. de Marquet, mais ce que vous ne pourriez deviner, c'est que cette fenêtre du vestibule, qui est la seule, en effet, à n'avoir point de barreaux, possède de solides volets de fer. Or, ces volets de fer sont restés fermés à l'intérieur par leur loquet de fer, et cependant nous avons la preuve que l'assassin s'est, en effet, enfui du pavillon par cette même fenêtre! Des traces de sang sur le mur à l'intérieur et sur les volets et des pas sur la terre, des pas entièrement semblables à ceux dont j'ai relevé la mesure dans la «Chambre Jaune», attestent bien que l'assassin s'est enfui par là! Mais alors! Comment a-t-il fait, puisque les volets sont restés fermés à l'intérieur? Il a passé comme une ombre à travers les volets. Et, enfin, le plus affolant de tout, n'est-ce point la trace retrouvée de l'assassin au moment où il fuit du pavillon, quand il est impossible de se faire la moindre idée de la façon dont l'assassin est sorti de la «Chambre Jaune», ni comment il a traversé forcément le laboratoire pour arriver au vestibule! Ah! oui, monsieur Rouletabille, cette affaire est hallucinante… C'est une belle affaire, allez! Et dont on ne trouvera pas la clef d'ici longtemps, je l'espère bien!…

—Vous espérez quoi, monsieur le juge d'instruction?…»

M. de Marquet rectifia:

—«… Je ne l'espère pas… Je le crois…

—On aurait donc refermé la fenêtre, à l'intérieur, après la fuite de l'assassin? demanda Rouletabille…

—Évidemment, voilà ce qui me semble, pour le moment, naturel quoique inexplicable… car il faudrait un complice ou des complices… et je ne les vois pas…»

Après un silence, il ajouta:

«Ah! Si Mlle Stangerson pouvait aller assez bien aujourd'hui pour qu'on l'interrogeât…»

Rouletabille, poursuivant sa pensée, demanda:

«Et le grenier? Il doit y avoir une ouverture au grenier?

—Oui, je ne l'avais pas comptée, en effet; cela fait six ouvertures; il y a là-haut une petite fenêtre, plutôt une lucarne, et, comme elle donne sur l'extérieur de la propriété, M. Stangerson l'a fait également garnir de barreaux. À cette lucarne, comme aux fenêtres du rez-de-chaussée, les barreaux sont restés intacts et les volets, qui s'ouvrent naturellement en dedans, sont restés fermés en dedans. Du reste, nous n'avons rien découvert qui puisse nous faire soupçonner le passage de l'assassin dans le grenier.

—Pour vous, donc, il n'est point douteux, monsieur le juge d'instruction, que l'assassin s'est enfui—sans que l'on sache comment—par la fenêtre du vestibule!

—Tout le prouve…

Je le crois aussi», obtempéra gravement Rouletabille.

Puis un silence, et il reprit:

—Si vous n'avez trouvé aucune trace de l'assassin dans le grenier, comme par exemple, ces pas noirâtres que l'on relève sur le parquet de la «Chambre Jaune», vous devez être amené à croire que ce n'est point lui qui a volé le revolver du père Jacques…

—Il n'y a de traces, au grenier, que celles du père Jacques», fit le juge avec un haussement de tête significatif…

Et il se décida à compléter sa pensée:

«Le père Jacques était avec M. Stangerson… C'est heureux pour lui…

—Alors, quid du rôle du revolver du père Jacques dans le drame? Il semble bien démontré que cette arme a moins blessé Mlle Stangerson qu'elle n'a blessé l'assassin…»

Sans répondre à cette question, qui sans doute l'embarrassait, M. de Marquet nous apprit qu'on avait retrouvé les deux balles dans la «Chambre Jaune», l'une dans un mur, le mur où s'étalait la main rouge—une main rouge d'homme—l'autre dans le plafond.

«Oh! oh! dans le plafond! répéta à mi-voix Rouletabille… Vraiment… dans le plafond! Voilà qui est fort curieux… dans le plafond!…

Il se mit à fumer en silence, s'entourant de tabagie. Quand nous arrivâmes à Épinay-sur-Orge, je dus lui donner un coup sur l'épaule pour le faire descendre de son rêve et sur le quai.

Là, le magistrat et son greffier nous saluèrent, nous faisant comprendre qu'ils nous avaient assez vus; puis ils montèrent rapidement dans un cabriolet qui les attendait.

«Combien de temps faut-il pour aller à pied d'ici au château du Glandier? demanda Rouletabille à un employé de chemin de fer.

—Une heure et demie, une heure trois quarts, sans se presser», répondit l'homme.

Rouletabille regarda le ciel, le trouva à sa convenance et, sans doute, à la mienne, car il me prit sous le bras et me dit:

«Allons! … J'ai besoin de marcher.

—Eh bien! lui demandai-je. Ça se débrouille?…

—Oh! fit-il, oh! il n'y a rien de débrouillé du tout! … C'est encore plus embrouillé qu'avant! Il est vrai que j'ai une idée…

—Dites-la.

—Oh! Je ne peux rien dire pour le moment… Mon idée est une question de vie ou de mort pour deux personnes au moins…

—Croyez-vous à des complices?

—Je n'y crois pas…»

Nous gardâmes un instant le silence, puis il reprit:

«C'est une veine d'avoir rencontré ce juge d'instruction et son greffier… Hein! que vous avais-je dit pour le revolver?…

Il avait le front penché vers la route, les mains dans les poches, et il sifflotait. Au bout d'un instant, je l'entendis murmurer:

«Pauvre femme!…

—C'est Mlle Stangerson que vous plaignez?…

—Oui, c'est une très noble femme, et tout à fait digne de pitié! … C'est un très grand, un très grand caractère… j'imagine… j'imagine…

—Vous connaissez donc Mlle Stangerson?

—Moi, pas du tout… Je ne l'ai vue qu'une fois…

—Pourquoi dites-vous: c'est un très grand caractère?…

—Parce qu'elle a su tenir tête à l'assassin, parce qu'elle s'est défendue avec courage, et surtout, surtout, à cause de la balle dans le plafond.»

Je regardai Rouletabille, me demandant in petto s'il ne se moquait pas tout à fait de moi ou s'il n'était pas devenu subitement fou. Mais je vis bien que le jeune homme n'avait jamais eu moins envie de rire, et l'éclat intelligent de ses petits yeux ronds me rassura sur l'état de sa raison. Et puis, j'étais un peu habitué à ses propos rompus… rompus pour moi qui n'y trouvais souvent qu'incohérence et mystère jusqu'au moment où, en quelques phrases rapides et nettes, il me livrait le fil de sa pensée. Alors, tout s'éclairait soudain; les mots qu'il avait dits, et qui m'avaient paru vides de sens, se reliaient avec une facilité et une logique telles «que je ne pouvais comprendre comment je n'avais pas compris plus tôt».

IV «Au sein d'une nature sauvage»

Le château du Glandier est un des plus vieux châteaux de ce pays d'Île-de-France, où se dressent encore tant d'illustres pierres de l'époque féodale. Bâti au cœur des forêts, sous Philippe le Bel, il apparaît à quelques centaines de mètres de la route qui conduit du village de Sainte-Geneviève-des-Bois à Montlhéry. Amas de constructions disparates, il est dominé par un donjon. Quand le visiteur a gravi les marches branlantes de cet antique donjon et qu'il débouche sur la petite plate-forme où, au XVIIe siècle, Georges-Philibert de Séquigny, seigneur du Glandier, Maisons-Neuves et autres lieux, a fait édifier la lanterne actuelle, d'un abominable style rococo, on aperçoit, à trois lieues de là, au-dessus de la vallée et de la plaine, l'orgueilleuse tour de Montlhéry. Donjon et tour se regardent encore, après tant de siècles, et semblent se raconter, au-dessus des forêts verdoyantes ou des bois morts, les plus vieilles légendes de l'histoire de France. On dit que le donjon du Glandier veille sur une ombre héroïque et sainte, celle de la bonne patronne de Paris, devant qui recula Attila. Sainte Geneviève dort là son dernier sommeil dans les vieilles douves du château. L'été, les amoureux, balançant d'une main distraite le panier des déjeuners sur l'herbe, viennent rêver ou échanger des serments devant la tombe de la sainte, pieusement fleurie de myosotis. Non loin de cette tombe est un puits qui contient, dit-on, une eau miraculeuse. La reconnaissance des mères a élevé en cet endroit une statue à sainte Geneviève et suspendu sous ses pieds les petits chaussons ou les bonnets des enfants sauvés par cette onde sacrée.