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La Tulipe noirePart 21 of 23

Alexandre Dumas

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
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Gryphus de plus en plus exaspéré par le ton calme et sentencieux de Cornélius, brandit son gourdin; mais au moment où il le levait, Cornélius s'élança sur lui, le lui arracha des mains et le mit sous son propre bras. Gryphus hurlait de colère.

—Là, là, bonhomme, dit Cornélius, ne vous exposez point à perdre votre place.

—Ah! sorcier, je te pincerai autrement, va! rugit Gryphus.

—À la bonne heure.

—Tu vois que ma main est vide?

—Oui, je le vois, et même avec satisfaction.

—Tu sais qu'elle ne l'est pas habituellement lorsque le matin je monte l'escalier.

—Ah! c'est vrai, vous m'apportez d'habitude la plus mauvaise soupe ou le plus piteux ordinaire que l'on puisse imaginer. Mais ce n'est point un châtiment pour moi; je ne me nourris que de pain, et le pain, plus il est mauvais à ton goût, Gryphus, meilleur il est au mien.

—Meilleur il est au tien?

—Oui.

—Et la raison?

—Oh! elle est bien simple.

—Dites-la donc, alors.

—Volontiers, je sais qu'en me donnant du mauvais pain, tu crois me faire souffrir.

—Le fait est que je ne te le donne pas pour t'être agréable, brigand.

—Eh bien! moi qui suis sorcier, comme tu le sais, je change ton mauvais pain en un pain excellent, qui me réjouit plus que des gâteaux, et alors j'ai un double plaisir, celui de manger à mon goût d'abord, et ensuite de te faire infiniment enrager.

Gryphus hurla de colère.

—Ah! tu avoues donc que tu es sorcier! dit-il.

—Parbleu! si je le suis. Je ne le dis pas devant le monde, parce que cela pourrait me conduire au bûcher comme Gaufredy ou Urbain Grandier; mais quand nous ne sommes que nous deux, je n'y vois pas d'inconvénient.

—Bon, bon, bon, répondit Gryphus, mais si un sorcier fait du pain blanc avec du pain noir, le sorcier ne meurt-il pas de faim s'il n'a pas de pain du tout?

—Hein! fit Cornélius.

—Donc, je ne t'apporterai plus de pain du tout et nous verrons au bout de huit jours.

Cornélius pâlit.

—Et cela, continua Gryphus, à partir d'aujourd'hui. Puisque tu es si bon sorcier, voyons, change en pain les meubles de ta chambre; quant à moi, je gagnerai tous les jours les dix-huit sous que l'on me donne pour ta nourriture.

—Mais c'est un assassinat! s'écria Cornélius, emporté par un premier mouvement de terreur bien compréhensible, et qui lui était inspiré par cet horrible genre de mort.

—Bon, continua Gryphus le raillant, bon puisque tu es sorcier, tu vivras malgré tout.

Cornélius reprit son air riant, et haussa les épaules:

—Est-ce que tu ne m'as pas vu faire venir ici les pigeons de Dordrecht?

—Eh bien?... dit Gryphus.

—Eh bien! c'est un joli rôti que le pigeon; un homme qui mangerait un pigeon tous les jours ne mourrait pas de faim, ce me semble?

—Et du feu? dit Gryphus.

—Du feu! mais tu sais bien que j'ai fait un pacte avec le diable. Penses-tu que le diable me laissera manquer de feu quand le feu est son élément?

—Un homme, si robuste qu'il soit, ne saurait manger un pigeon tous les jours. Il y a eu des paris de faits, et les parieurs ont renoncé.

—Eh bien! mais, dit Cornélius quand je serai fatigué des pigeons, je ferai monter les poissons du Wahal et de la Meuse.

Gryphus ouvrit de larges yeux effarés.

—J'aime assez le poisson, continua Cornélius; tu ne m'en sers jamais. Eh bien! je profiterai de ce que tu veux me faire mourir de faim pour me régaler de poisson.

Gryphus faillit s'évanouir de colère et même de peur. Mais se ravisant:

—Eh bien! dit-il en mettant la main dans sa poche, puisque tu m'y forces.

Et il en tira un couteau qu'il ouvrit.

—Ah! un couteau! fit Cornélius se mettant en défense avec son bâton.

XXIX

où van Baërle, avant de quitter Loewestein, règle ses comptes avec Gryphus

Tous deux demeurèrent un instant, Gryphus sur l'offensive, van Baërle sur la défensive.

Puis, comme la situation pouvait se prolonger indéfiniment, Cornélius s'enquérant des causes de cette recrudescence de colère chez son antagoniste:

—Eh bien, lui demanda-t-il, que voulez-vous encore?

—Ce que je veux, je vais te le dire, répondis Gryphus. Je veux que tu me rendes ma fille Rosa.

—Votre fille! s'écria Cornélius.

—Oui, Rosa! Rosa que tu m'as enlevée par ton art du démon. Voyons, veux-tu me dire où elle est?

Et l'attitude de Gryphus devint de plus en plus menaçante.

—Rosa n'est point à Loewestein? s'écria Cornélius.

—Tu le sais bien. Veux-tu me rendre Rosa, encore une fois?

—Bon, dit Cornélius, c'est un piège que tu me tends.

—Une dernière fois, veux-tu me dire où est ma fille?

—Eh! devine-le, coquin, si tu ne le sais pas.

—Attends, attends, gronda Gryphus pâle et les lèvres agitées par la folie qui commençait à envahir son cerveau. Ah! tu ne veux rien dire? Eh bien! je vais te desserrer les dents.

Il fit un pas vers Cornélius, et lui montrant l'arme qui brillait dans sa main:

—Vois-tu ce couteau? dit-il; eh bien, j'ai tué avec lui plus de cinquante coqs noirs. Je tuerai bien leur maître, le diable, comme je les ai tués eux: attends, attends!

—Mais, gredin, dit Cornélius, tu veux donc décidément m'assassiner!

—Je veux t'ouvrir le cœur, pour voir dedans l'endroit où tu caches ma fille.

Et en disant ces mots avec l'égarement de la fièvre, Gryphus se précipita sur Cornélius, qui n'eut que le temps de se jeter derrière sa table pour éviter le premier coup.

Gryphus brandissait son grand couteau en proférant d'horribles menaces.

Cornélius prévit que, s'il était hors de la portée de la main, il n'était pas hors de la portée de l'arme; l'arme lancée à distance pouvait traverser l'espace, et venir s'enfoncer dans sa poitrine. Il ne perdit donc pas de temps, et du bâton qu'il avait précieusement conservé, il assena un vigoureux coup sur le poignet qui tenait le couteau.

Le couteau tomba par terre, et Cornélius appuya son pied dessus. Puis, comme Gryphus paraissait vouloir s'acharner à une lutte que la douleur du coup de bâton et la honte d'avoir été désarmé deux fois auraient rendue impitoyable, Cornélius prit un grand parti.

Il roua de coups son geôlier avec un sang-froid des plus héroïques, choisissant l'endroit où tombait chaque fois le terrible gourdin.

Gryphus ne tarda point à demander grâce.

Mais avant de demander grâce, il avait crié, et beaucoup; ses cris avaient été entendus et avaient mis en émoi tous les employés de la maison. Deux porte-clefs, un inspecteur et trois ou quatre gardes parurent donc tout à coup et surprirent Cornélius opérant le bâton à la main, le couteau sous le pied.

À l'aspect de tous ces témoins du méfait qu'il venait de commettre, et dont les circonstances atténuantes, comme on dit aujourd'hui, étaient inconnues, Cornélius se sentit perdu sans ressources.

En effet, toutes les apparences étaient contre lui.

En un tour de main, Cornélius fut désarmé; et Gryphus entouré, relevé, soutenu, put compter, en rugissant de colère, les meurtrissures qui enflaient ses épaules et son échine, comme autant de collines diaprant le piton d'une montagne.

Procès-verbal fut dressé, séance tenante, des violences exercées par le prisonnier sur son gardien, et le procès-verbal soufflé par Gryphus ne pouvait pas être accusé de tiédeur; il ne s'agissait de rien moins que d'une tentative d'assassinat, préparée depuis longtemps et accomplie sur le geôlier, avec préméditation par conséquent, et rébellion ouverte.

Tandis qu'on instrumentait contre Cornélius, les renseignements donnés par Gryphus rendant sa présence inutile, les deux porte-clefs l'avaient descendu dans sa geôle, moulu de coups et gémissant.

Pendant ce temps, les gardes qui s'étaient emparés de Cornélius s'occupaient à l'instruire charitablement des us et coutumes de Loewestein, qu'il connaissait du reste, aussi bien qu'eux, lecture lui ayant été faite du règlement au moment de son entrée en prison, et certains articles du règlement lui étaient parfaitement entrés dans la mémoire.

Ils lui racontaient en outre comment l'application de ce règlement avait été faite à l'endroit d'un prisonnier nommé Mathias, qui, en 1668, c'est-à-dire cinq ans auparavant, avait commis un acte de rébellion bien autrement anodin que celui que venait de se permettre Cornélius.

Il avait trouvé sa soupe trop chaude et l'avait jetée à la tête du chef des gardiens, qui, à la suite de cette ablution, avait eu le désagrément en s'essuyant le visage de s'enlever une partie de la peau.

Mathias dans les douze heures, avait été extrait de sa chambre; puis conduit à la geôle, où il avait été inscrit comme sortant de Loewestein; puis mené à l'esplanade, dont la vue est fort belle et embrasse onze lieues d'étendue. Là on lui avait lié les mains; puis bandé les yeux, récité trois prières.

Puis on l'avait invité à faire une génuflexion; et les gardes de Loewestein, au nombre de douze, lui avaient, sur un signe fait par un sergent, logé fort habilement chacun une balle de mousquet dans le corps.

Ce dont Mathias était mort incontinent.

Cornélius écouta avec la plus grande attention ce récit désagréable.

Puis, l'ayant écouté:

—Ah! ah! dit-il dans les douze heures, dites-vous?

—Oui, la douzième heure n'était pas même encore sonnée, à ce que je crois, dit le narrateur.

—Merci, dit Cornélius. Le garde n'avait pas terminé le sourire gracieux qui servait de ponctuation à son récit qu'un pas sonore retentit dans l'escalier. Des éperons sonnaient aux arêtes usées des marches. Les gardes s'écartèrent pour laisser passer un officier. Celui-ci entra dans la chambre de Cornélius au moment où le scribe de Loewestein verbalisait encore.

—C'est ici le nº 11? demanda-t-il.

—Oui, colonel, répondit un sous-officier.

—Alors, c'est ici la chambre du prisonnier Cornélius van Baërle?

—Précisément, colonel.

—Où est le prisonnier?

—Me voici, monsieur, répondit Cornélius en pâlissant un peu malgré tout son courage.

—Vous êtes M. Cornélius van Baërle? demanda-t-il, s'adressant cette fois au prisonnier lui-même.

—Oui, monsieur.

—Alors suivez-moi.

—Oh! oh! dit Cornélius, dont le cœur se soulevait, pressé par les premières angoisses de la mort, comme on va vite en besogne à la forteresse de Loewestein, et le drôle qui m'avait parlé de douze heures!

—Hein! qu'est-ce que je vous ai dit? fit le garde historien à l'oreille du patient.

—Un mensonge.

—Comment cela?

—Vous m'aviez promis douze heures.

—Ah! oui. Mais l'on vous envoie un aide de camp de Son Altesse, un de ses plus intimes même, M. van Deken. Peste! on n'a pas fait un pareil honneur au pauvre Mathias.

—Allons, allons, fit Cornélius, en renflant sa poitrine avec la plus grande quantité d'air possible; allons, montrons à ces gens-là qu'un bourgeois, filleul de Corneille de Witt, peut, sans faire la grimace, contenir autant de balles de mousquet qu'un nommé Mathias.

Et il passa fièrement devant le greffier qui, interrompu dans ses fonctions, se hasarda à dire à l'officier:

—Mais, colonel van Deken, le procès-verbal n'est pas encore terminé.

—Ce n'est point la peine de le finir, répondit l'officier.

—Bon! répliqua le scribe en serrant philosophiquement ses papiers et sa plume dans un portefeuille usé et crasseux.

—Il était écrit, pensa le pauvre Cornélius, que je ne donnerai mon nom en ce monde ni à un enfant, ni à une fleur, ni à un livre, ces trois nécessités dont Dieu impose une au moins, à ce que l'on assure, à tout homme un peu organisé qu'il daigne laisser jouir sur terre de la propriété d'une âme et de l'usufruit d'un corps.

Et il suivit l'officier le cœur résolu et la tête haute. Cornélius compta les degrés qui conduisaient à l'esplanade, regrettant de ne pas avoir demandé au gardien combien il y en avait; ce que, dans son officieuse complaisance, celui-ci n'eût certes pas manqué de lui dire.

Tout ce que redoutait le patient dans ce trajet, qu'il regardait comme celui qui devait définitivement le conduire au but du grand voyage, c'était de voir Gryphus et de ne pas voir Rosa. Quelle satisfaction, en effet, devait briller sur le visage du père! Quelle douleur sur le visage de la fille!

Comme Gryphus allait applaudir à ce supplice, à ce supplice, vengeance féroce d'un acte éminemment juste, que Cornélius avait la conscience d'avoir accompli comme un devoir!

Mais Rosa, la pauvre fille, s'il ne la voyait pas, s'il allait mourir sans lui avoir donné le dernier baiser ou tout au moins le dernier adieu; s'il allait mourir enfin, sans avoir aucune nouvelle de la grande tulipe noire, et se réveiller là-haut, sans savoir de quel côté il fallait tourner les yeux pour la retrouver!

En vérité, pour ne pas fondre en larmes dans un pareil moment, le pauvre tulipier avait plus d'œs triplex autour du cœur qu'Horace n'en attribue au navigateur qui le premier visita les infâmes écueils acrocérauniens.

Cornélius eut beau regarder à droite, Cornélius eut beau regarder à gauche, il arriva sur l'esplanade sans avoir aperçu Rosa, sans avoir aperçu Gryphus.

Il y avait presque compensation.

Cornélius, arrivé sur l'esplanade, chercha bravement des yeux les gardes ses exécuteurs, et vit en effet une douzaine de soldats rassemblés et causant; mais rassemblés et causant sans mousquets, rassemblés et causant sans être alignés; chuchotant même entre eux plutôt qu'ils ne causaient, conduite qui parut à Cornélius indigne de la gravité qui préside d'ordinaire à de pareils événements.

Tout à coup Gryphus clopinant, chancelant, s'appuyant sur une béquille, apparut hors de sa geôle. Il avait allumé pour un dernier regard de haine tout le feu de ses vieux yeux gris de chat. Alors il se mit à vomir contre Cornélius un tel torrent d'abominables imprécations que Cornélius, s'adressant à l'officier:

—Monsieur, dit-il, je ne crois pas qu'il soit bien séant de me laisser ainsi insulter par cet homme, et cela surtout dans un pareil moment.

—Écoutez donc, dit l'officier en riant, il est bien naturel que ce brave homme vous en veuille: il paraît que vous l'avez roué de coups.

—Mais, monsieur, c'était à mon corps défendant.

—Bah! dit le colonel en imprimant à ses épaules un geste éminemment philosophique; bah! laissez-le dire. Que vous importe à présent?

Une sueur froide passa sur le front de Cornélius à cette réponse, qu'il regardait comme une ironie un peu brutale, de la part surtout d'un officier qu'on lui avait dit être attaché à la personne du prince.

Le malheureux comprit qu'il n'avait plus de ressource, qu'il n'avait plus d'amis, et se résigna.

—Soit, murmura-t-il en baissant la tête; on en a fait bien d'autres au Christ, et si innocent que je sois, je ne puis me comparer à lui. Le Christ se fût laissé battre par son geôlier et ne l'eût point battu.

Puis, se retournant vers l'officier, qui paraissait complaisamment attendre qu'il eût fini ses réflexions:

—Allons, monsieur, demanda-t-il, où vais-je?

L'officier lui montra un carrosse attelé de quatre chevaux, qui lui rappela fort le carrosse qui dans une circonstance pareille avait déjà frappé ses regards au Buitenhof.

—Montez là-dedans, dit-il.

—Ah! murmura Cornélius, il paraît qu'on ne me fera pas les honneurs de l'esplanade, à moi!

Il prononça ces mots assez haut pour que l'historien qui semblait attaché à sa personne l'entendît.

Sans doute crut-il que c'était un devoir pour lui de donner de nouveaux renseignements à Cornélius, car il s'approcha de la portière, et tandis que l'officier, le pied sur le marchepied, donnait quelque ordres, il lui dit tout bas:

—On a vu des condamnés conduits dans leur propre ville, et, pour que l'exemple fût plus grand, y subir leur supplice devant la porte de leur propre maison. Cela dépend.

Cornélius fit un signe de remerciement.

Puis à lui-même:

—Eh bien, dit-il, à la bonne heure! voici un garçon qui ne manque jamais de placer une consolation quand l'occasion s'en présente. Ma foi, mon ami, je vous suis bien obligé. Adieu!

La voiture roula.

—Ah! scélérat! ah! brigand! hurla Gryphus en montrant le poing à sa victime qui lui échappait. Et dire qu'il s'en va sans me rendre ma fille!

—Si l'on me conduit à Dordrecht, dit Cornélius, je verrai, en passant devant ma maison, si mes pauvres plates-bandes ont été bien ravagées.

XXX

où l'on commence de se douter à quel supplice était réservé Cornélius van Baërle

La voiture roula tout le jour. Elle laissa Dordrecht à gauche, traversa Rotterdam, atteignit Delft. À cinq heures du soir, on avait fait au moins vingt lieues.

Cornélius adressa quelques questions à l'officier qui lui servait à la fois de garde et de compagnon; mais, si circonspectes que fussent ses demandes, il eut le chagrin de les voir rester sans réponse.

Cornélius regretta de n'avoir plus à côté de lui ce garde si complaisant qui parlait, lui, sans se faire prier.

Il lui eût sans doute offert sur cette étrangeté, qui survenait dans sa troisième aventure, des détails aussi gracieux et des explications aussi précises que sur les deux premières.

On passa la nuit en voiture. Le lendemain, au point du jour, Cornélius se trouva au-delà de Leyde, ayant la mer du Nord à sa gauche et la mer de Harlem à sa droite.

Trois heures après, il entrait à Harlem.

Cornélius ne savait point ce qui s'était passé à Harlem, et nous le laisserons dans cette ignorance jusqu'à ce qu'il en soit tiré par les événements.

Mais il ne peut pas en être de même du lecteur, qui a le droit d'être mis au courant des choses, même avant notre héros.

Nous avons vu que Rosa et la tulipe, comme deux sœurs et comme deux orphelines, avaient été laissées, par le prince d'Orange, chez le président van Herysen.

Rosa ne reçut aucune nouvelle du stathouder avant le soir du jour où elle l'avait vu en face.

Vers le soir, un officier entra chez van Herysen; il venait de la part de Son Altesse inviter Rosa à se rendre à la maison de ville.

Là, dans le grand cabinet des délibérations où elle fut introduite, elle trouva le prince qui écrivait.