L'Homme qui rit Ch. 1/8 · 0%

L'Homme qui ritPart 2 of 65

Victor Hugo

French original · English translation

In short, En somme, Ursus Ursus was not n’était point a person un personnage troubled inquiété by the police. par la police. His hut Sa cahute was était long enough assez longue and et wide enough assez large for him pour qu’il to pût lie down s’y coucher on a chest sur un coffre where his où clothes were, étaient ses hardes, not very sumptuous. peu somptueuses. He was Il était the owner propriétaire of a lantern, d’une lanterne, of several wigs, de plusieurs perruques, and of some utensils et de quelques ustensiles hung on nails, accrochés à des clous, among which were parmi lesquels musical instruments. des instruments de musique. He also possessed Il possédait en outre a bearskin une peau d’ours with which he covered himself dont il se couvrait on days of great performance; les jours de grande performance; he called il appelait that cela putting on a costume. se mettre en costume. He said: Il disait: I have J’ai two skins; deux peaux; here is voici the true one. la vraie. And he showed Et il montrait the bearskin. la peau d’ours. The wheeled hut La cahute à roues belonged to him and the wolf. était à lui et au loup. Besides his hut, Outre sa cahute, his retort and his wolf, sa cornue et son loup, he had il avait a flute and a viola da gamba, une flûte et une viole de gambe, and he played them et il en jouait pleasantly. agréablement. He made himself Il fabriquait lui-même his elixirs. ses élixirs. He drew from his talents Il tirait de ses talents enough to de quoi sup sometimes. souper quelquefois. There was Il y avait in the ceiling of his hut au plafond de sa cahute a hole un trou through which passed par où passait the pipe of a cast-iron stove le tuyau d’un poêle de fonte contiguous to his chest, contigu à son coffre, enough to scorch the wood. assez pour roussir le bois. This stove had Ce poêle avait two compartments; deux compartiments; Ursus in one Ursus dans l’un cooked alchemy, faisait cuire de l’alchimie, and in the other et dans l’autre potatoes. des pommes de terre. At night, La nuit, the wolf slept under the hut, le loup dormait sous la cahute, amicably chained. amicalement enchaîné. Homo had Homo avait black fur, le poil noir, and Ursus et Ursus gray fur; le poil gris; Ursus was Ursus avait fifty years old, cinquante ans, unless he was à moins qu’il n’en eût sixty. soixante. His acceptance of human destiny Son acceptation de la destinée humaine was such, était telle, that he ate, qu’il mangeait, as we have just seen, on vient de le voir, potatoes, des pommes de terre, filth with which immondice dont on nourrissait alors les pigs and pourceaux et les convicts were then fed. forçats. He ate that, Il mangeait cela, indignant and resigned. indigné et résigné. He was not Il n’était pas tall, grand, he was long. il était long. He was bent Il était ployé and melancholic. et mélancolique. The bent stature of the old man, La taille courbée du vieillard, it is c’est the settling of life. le tassement de la vie. Nature had made him La nature l’avait fait to be pour être sad. triste. It was difficult for him Il lui était difficile to smile, de sourire, and et it had always been il lui avait toujours été impossible for him impossible to cry. de pleurer. He lacked Il lui manquait that consolation, cette consolation, tears, les larmes, and et that palliative, ce palliatif, joy. la joie. An old man Un vieux homme is est a thinking ruin; une ruine pensante; Ursus Ursus was était that ruin. cette ruine-là. A charlatan's loquacity, Une loquacité de charlatan, a prophet's leanness, une maigreur de prophète, an irascibility of a loaded mine, une irascibilité de mine chargée, such tel was Ursus. était Ursus. In his youth Dans sa jeunesse he had been il avait été a philosopher philosophe with chez a lord. un lord.

That happened Cela se passait one hundred and eighty years ago, il y a cent quatrevingts ans, at the time when du temps que men les hommes were étaient a little more un peu plus wolves des loups than they are qu’ils ne sont today. aujourd’hui.

Not much more. Pas beaucoup plus.

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II

Homo n’était pas le premier loup venu. A son appétit de nèfles et de pommes, on l’eût pris pour un loup de prairie, à son pelage foncé, on l’eût pris pour un lycaon, et à son hurlement atténué en aboiement, on l’eût pris pour un culpeu; mais on n’a point encore assez observé la pupille du culpeu pour être sûr que ce n’est point un renard, et Homo était un vrai loup. Sa longueur était de cinq pieds, ce qui est une belle longueur de loup, même en Lithuanie; il était très fort; il avait le regard oblique, ce qui n’était pas sa faute; il avait la langue douce, et il en léchait parfois Ursus; il avait une étroite brosse de poils courts sur l’épine dorsale, et il était maigre d’une bonne maigreur de forêt. Avant de connaître Ursus et d’avoir une carriole à traîner, il faisait allègrement ses quarante lieues dans une nuit. Ursus, le rencontrant dans un hallier, près d’un ruisseau d’eau vive, l’avait pris en estime en le voyant pêcher des écrevisses avec sagesse et prudence, et avait salué en lui un honnête et authentique loup Koupara, du genre dit chien crabier.

Ursus préférait Homo, comme bête de somme, à un âne. Faire tirer sa cahute à un âne lui eût répugné; il faisait trop cas de l’âne pour cela. En outre, il avait remarqué que l’âne, songeur à quatre pattes peu compris des hommes, a parfois un dressement d’oreilles inquiétant quand les philosophes disent des sottises. Dans la vie, entre notre pensée et nous, un âne est un tiers; c’est gênant. Comme ami, Ursus préférait Homo à un chien, estimant que le loup vient de plus loin vers l’amitié.

C’est pourquoi Homo suffisait à Ursus. Homo était pour Ursus plus qu’un compagnon, c’était un analogue. Ursus lui tapait ses flancs creux en disant: J’ai trouvé mon tome second.

Il disait encore: Quand je serai mort, qui voudra me connaître n’aura qu’à étudier Homo. Je le laisserai après moi pour copie conforme.

La loi anglaise, peu tendre aux bêtes des bois, eût pu chercher querelle à ce loup et le chicaner sur sa hardiesse d’aller familièrement dans les villes; mais Homo profitait de l’immunité accordée par un statut d’Edouard IV aux «domestiques».—Pourra tout domestique suivant son maître aller et venir librement.—En outre, un certain relâchement à l’endroit des loups était résulté de la mode des femmes de la cour, sous les derniers Stuarts, d’avoir, en guise de chiens, de petits loups-corsacs, dits adives, gros comme des chats, qu’elles faisaient venir d’Asie à grands frais.

Ursus avait communiqué à Homo une partie de ses talents, se tenir debout, délayer sa colère en mauvaise humeur, bougonner au lieu de hurler, etc.; et de son côté le loup avait enseigné à l’homme ce qu’il savait, se passer de toit, se passer de pain, se passer de feu, préférer la faim dans un bois à l’esclavage dans un palais.

La cahute, sorte de cabane-voiture qui suivait l’itinéraire le plus varié, sans sortir pourtant d’Angleterre et d’Écosse, avait quatre roues, plus un brancard pour le loup, et un palonnier pour l’homme. Ce palonnier était l’en-cas des mauvais chemins. Elle était solide bien que bâtie en planches légères comme un colombage. Elle avait à l’avant une porte vitrée avec un petit balcon servant aux harangues, tribune mitigée de chaire, et à l’arrière une porte pleine trouée d’un vasistas. L’abattement d’un marche-pied de trois degrés tournant sur charnière et dressé derrière la porte à vasistas donnait entrée dans la cahute, bien fermée la nuit de verrous et de serrures. Il avait beaucoup plu et beaucoup neigé dessus. Elle avait été peinte, mais on ne savait plus trop de quelle couleur, les changements de saison étant pour les carrioles comme les changements de règne pour les courtisans, A l’avant, au dehors, sur une espèce de frontispice en volige, on avait pu jadis déchiffrer cette inscription, en caractères noirs sur fond blanc, lesquels s’étaient peu à peu mêlés et confondus.

«L’or perd annuellement par le frottement un quatorze centième de son volume; c’est ce qu’on nomme le frai; d’où il suit que, sur quatorze cent millions d’or circulant par toute la terre, il se perd tous les ans un million. Ce million d’or s’en va en poussière, s’envole, flotte, est atome, devient respirable, charge, dose, leste et appesantit les consciences, et s’amalgame avec l’âme des riches qu’il rend superbes et avec l’âme des pauvres qu’il rend farouches.»

Cette inscription, effacée et biffée par la pluie et par la bonté de la providence, était heureusement illisible, car il est probable qu’à la fois énigmatique et transparente, cette philosophie de l’or respiré n’eût pas été du goût des shériffs, prévôts, marshalls, et autres porte-perruques de la loi. La législation anglaise ne badinait pas dans ce temps-là. On était aisément félon. Les magistrats se montraient féroces par tradition, et la cruauté était de routine. Les juges d’inquisition pullulaient. Jeffrys avait fait des petits.

III

Dans l’intérieur de la cahute il y avait deux autres inscriptions. Au-dessus du coffre, sur la paroi de planches lavée à l’eau de chaux, on lisait ceci, écrit à l’encre et à la main:

«SEULES CHOSES QU’IL IMPORTE DE SAVOIR.

«Le baron pair d’Angleterre porte un tortil à six perles.

«La couronne commence au vicomte.

«Le vicomte porte une couronne de perles sans nombre, le comte une couronne de perles sur pointes entremêlées de feuilles de fraisier plus basses; le marquis, perles et feuilles d’égale hauteur; le duc, fleurons sans perles; le duc royal, un cercle de croix et de fleurs de lys; le prince de Galles, une couronne pareille à celle du roi, mais non fermée.

«Le duc est très haut et très puissant prince; le marquis et le comte, très noble et puissant seigneur; le vicomte, noble et puissant seigneur; le baron, véritablement seigneur.

«Le duc est grâce; les autres pairs sont seigneurie.

«Les lords sont inviolables.

«Les pairs sont chambre et cour, concilium et curia, législature et justice.

«Most honourable» est plus que «right honourable.»

«Les lords pairs sont qualifiés «lords de droit»; les lords non pairs sont «lords de courtoisie»; il n’y a de lords que ceux qui sont pairs.

«Le lord ne prête jamais serment, ni au roi, ni en justice. Sa parole suffit. Il dit: sur mon honneur.

«Les communes, qui sont le peuple, mandées à la barre des lords, s’y présentent humblement, tête nue, devant les pairs couverts.

«Les communes envoient aux lords les bills par quarante membres qui présentent le bill avec trois révérences profondes.

«Les lords envoient aux communes les bills par un simple clerc.

«En cas de conflit, les deux chambres confèrent dans la chambre peinte, les pairs assis et couverts, les communes debout et nu-tête.

«D’après une loi d’Edouard VI, les lords ont le privilège d’homicide simple. Un lord qui tue un homme simplement n’est pas poursuivi.

«Les barons ont le même rang que les évêques.

«Pour être baron pair, il faut relever du roi per baroniam integram, par baronie entière.

«La baronie entière se compose de treize fiefs nobles et un quart, chaque fief noble étant de vingt livres sterling, ce qui monte à quatre cents marcs.

«Le chef de baronie, caput baroniae, est un château héréditairement régi comme l’Angleterre elle-même; c’est-à-dire ne pouvant être dévolu aux filles qu’à défaut d’enfants mâles, et en ce cas allant à la fille aînée, coeteris filiabus aliunde satisfactis.

Ce qui revient à dire: on pourvoit les autres filles comme on peut. (Note d’Ursus. En marge du mur.)

«Les barons ont la qualité de lord, du saxon laford, du grand latin dominus et du bas latin lordus.

«Les fils aînés et puînés des vicomtes et barons sont les premiers écuyers du royaume.

«Les fils aînés des pairs ont le pas sur les chevaliers de la Jarretière; les fils puînés, point.

«Le fils aîné d’un vicomte marche après tous les barons et avant tous les baronnets.

«Toute fille de lord est lady. Les autres filles anglaises sont miss.

«Tous les juges sont inférieurs aux pairs. Le sergent a un capuchon de peau d’agneau; le juge a un capuchon de menu vair, de minuto vario, quantité de petites fourrures blanches de toutes sortes, hors l’hermine. L’hermine est réservée aux pairs et au roi.

«On ne peut accorder de supplicavit contre un lord.

«Un lord ne peut être contraint par corps. Hors le cas de Tour de Londres.

«Un lord appelé chez le roi a droit de tuer un daim ou deux dans le parc royal.

«Le lord tient dans son château cour de baron.

«Il est indigne d’un lord d’aller dans les rues avec un manteau suivi de deux laquais. Il ne peut se montrer qu’avec un grand train de gentilshommes domestiques.

«Les pairs se rendent au parlement en carrosses à la file; les communes, point. Quelques pairs vont à Westminster en chaises renversées à quatre roues. La forme de ces chaises et de ces carrosses armoriés et couronnés n’est permise qu’aux lords et fait partie de leur dignité.

«Un lord ne peut être condamné à l’amende que par les lords, et jamais à plus de cinq schellings, excepté le duc, qui peut être condamné à dix.

«Un lord peut avoir chez lui six étrangers. Tout autre anglais n’en peut avoir que quatre.

«Un lord peut avoir huit tonneaux de vin sans payer de droits.

«Le lord est seul exempt de se présenter devant le shériff de circuit.

«Le lord ne peut être taxé pour la milice.

«Quand il plaît à un lord, il lève un régiment et le donne au roi; ainsi font leurs grâces le duc d’Athol, le duc de Hamilton, et le duc de Northumberland.

«Le lord ne relève que des lords.

«Dans les procès d’intérêt civil, il peut demander son renvoi de la cause, s’il n’y a pas au moins un chevalier parmi les juges.

«Le lord nomme ses chapelains.

«Un baron nomme trois chapelains; un vicomte, quatre; un comte et un marquis, cinq; un duc, six.

«Le lord ne peut être mis à la question, même pour haute trahison.

«Le lord ne peut être marqué à la main.

«Le lord est clerc, même ne sachant pas lire. Il sait de droit.

«Un duc se fait accompagner par un dais partout où le roi n’est pas; un vicomte a un dais dans sa maison; un baron a un couvercle d’essai et se le fait tenir sous la coupe pendant qu’il boit; une baronne a le droit de se faire porter la queue par un homme en présence d’une vicomtesse.

«Quatrevingt-six lords, ou fils aînés de lords, président aux quatrevingt-six tables, de cinq cents couverts chacune, qui sont servies chaque jour à sa majesté dans son palais aux frais du pays environnant la résidence royale.

«Un roturier qui frappe un lord a le poing coupé.

«Le lord est à peu près roi.

«Le roi est à peu près Dieu.

«La terre est une lordship.

«Les anglais disent à Dieu milord.»

Vis-à-vis cette inscription, on en lisait une deuxième, écrite de la même façon, et que voici:

«SATISFACTIONS QUI DOIVENT SUFFIRE A CEUX QUI N’ONT RIEN.

«Henri Auverquerque, comte de Grantham, qui siège à la chambre des lords entre le comte de Jersey et le comte de Greenwich, a cent mille livres sterling de rente. C’est à sa seigneurie qu’appartient le palais Grantham-Terrace, bâti tout en marbre, et célèbre par ce qu’on appelle le labyrinthe des corridors, qui est une curiosité où il y a le corridor incarnat en marbre de Sarancolin, le corridor brun en lumachelle d’Astracan, le corridor blanc en marbre de Lani, le corridor noir en marbre d’Alabanda, le corridor gris en marbre de Staremma, le corridor jaune en marbre de Hesse, le corridor vert en marbre du Tyrol, le corridor rouge mi-parti griotte de Bohême et lumachelle de Gordoue, le corridor bleu en turquin de Gênes, le corridor violet en granit de Catalogne, le corridor deuil, veiné blanc et noir, en schiste de Murviedro, le corridor rose en cipolin des Alpes, le corridor perle en lumachelle de Nonette, et le corridor de toutes couleurs, dit corridor courtisan, en brèche arlequine.

«Richard Lowther, vicomte Lonsdale, a Lowther, dans le Weslmoreland, qui est d’un abord fastueux et dont le perron semble inviter les rois à entrer.

«Richard, comte de Scarborough, vicomte et baron Lumley, vicomte de Waierford en Irlande, lord-lieutenant et vice-amiral du comté de Northumberland, et de Durham, ville et comté, a la double châtellenie de Stansted, l’antique et la moderne, où l’on admire une superbe grille en demi-cercle entourant un bassin avec jet d’eau incomparable. Il a de plus son château de Lumley.

«Robert Darcy, comte de Holderness, a son domaine de Holderness, avec tours de baron, et des jardins infinis à la française où il se promène en carrosse à six chevaux précédé de deux piqueurs, comme il convient à un pair d’Angleterre.

«Charles Beauclerk, duc de Saint-Albans, comte de Burford, baron Heddington, grand fauconnier d’Angleterre, a une maison à Windsor, royale à côté de celle du roi.

«Charles Bodville, lord Robarles, baron Truro, vicomte Bodmyn, a Wimple en Cambridge, qui fait trois palais avec trois frontons, un arqué et deux triangulaires. L’arrivée est à quadruple rang d’arbres.

«Le très noble et très puissant lord Philippe Herbert, vicomte de Caërdif, comte de Monlgomeri, comte de Pembroke, seigneur pair et rosse de Candall, Marmion, Saint-Quentin et Churland, gardien de l’étanerie dans les comtés de Cornouailles et de Devon, visiteur héréditaire du collège de Jésus, a le merveilleux jardin de Willton où il y a deux bassins à gerbe plus beaux que le Versailles du roi très chrétien Louis quatorzième.

«Charles Seymour, duc de Somerset, a Somerset-House sur la Tamise, qui égale la villa Pamphili de Rome. On remarque sur la grande cheminée deux vases de porcelaine de la dynastie des Yuen, lesquels valent un demi-million de France.

«En Yorkshire, Arthur, lord Ingram, vicomte Irwin, a Temple-Newsham où l’on entre par un arc de triomphe, et dont les larges toits plats ressemblent aux terrasses morisques.

«Robert, lord Ferrers de Chartley, Bourchieret Lovaine, a, dans le Leicestershire, Staunton-Harold dont le parc en plan géométral a la forme d’un temple avec fronton; et, devant la pièce d’eau, la grande église à clocher carré est à sa seigneurie.

«Dans le comté de Northampton, Charles Spencer, comte de Sunderland, un du conseil privé de sa majesté, possède Althrop où l’on entre par une grille à quatre piliers surmontés de groupes de marbre.

«Laurence Hyde, comte de Rochester, a, en Surrey, New-Parke, magnifique par son acrotère sculpté, son gazon circulaire entouré d’arbres, et ses forêts à l’extrémité desquelles il y a une petite montagne artistement arrondie et surmontée d’un grand chêne qu’on voit de loin.

«Philippe Slanhope, comte de Chesterfield, possède Bredby, en Derbyshire, qui a un pavillon d’horloge superbe, des fauconniers, des garennes et de très belles eaux longues, carrées et ovales, dont une en forme de miroir, avec deux jaillissements qui vont très haut.

«Lord Cornwallis, baron de Eye, a Brome-Hall qui est un palais du quatorzième siècle.

«Le très noble Algernon Capel, vicomte Malden, comte d’Essex, a Cashiobury en Hersfordshire, château qui a la forme d’un grand H et où il y a des chasses fort giboyeuses.

«Charles, lord Ossulstone, a Dawly en Middlesex où l’on arrive par des jardins italiens.

«James Cecill, comte de Salisbury, à sept lieues de Londres, a Hartfield-House, avec ses quatre pavillons seigneuriaux, son beffroi au centre et sa cour d’honneur, dallée de blanc et de noir comme celle de Saint-Germain. Ce palais, qui a deux cent soixante-douze pieds en front, a été bâti sous Jacques Ier par le grand trésorier d’Angleterre, qui est le bisaïeul du comte régnant. On y voit le lit d’une comtesse de Salisbury, d’un prix inestimable, entièrement fait d’un bois du Brésil qui est une panacée contre la morsure des serpents, et qu’on appelle milhombres, ce qui veut dire mille hommes. Sur ce lit est écrit en lettres d’or: Honni soit qui mal y pense.