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ChériPart 11 of 13

Colette

French original · English translation

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Section 3

"Ah! Chéri…" soupira-t-elle.

Mais ce n'était plus l'appel rauque et affamé de l'autre année, ni les larmes, ni cette révolte de tout le corps, qui souffre et se soulève quand un mal de l'esprit le veut détruire…. Léa se leva, frotta sa joue gaufrée par la broderie du coussin….

"Mon pauvre Chéri…. Est-ce drôle de penser qu'en perdant, toi ta vieille maîtresse usée, moi mon scandaleux jeune amant, nous avons perdu ce que nous possédions de plus honorable sur la terre…."


Deux jours passèrent après la visite de Charlotte Peloux. Deux jours gris qui furent longs à Léa et qu'elle supporta patiemment, avec une âme d'apprentie. "Puisqu'il faudra vivre ainsi", se disait-elle, "commençons". Mais elle y mettait de la maladresse et une sorte d'application superflue bien propre à décourager son noviciat. Le second jour elle avait voulu sortir, aller à pied jusqu'aux Lacs, vers onze heures du matin.

"J'achèterai un chien, projeta-t-elle. Il me tiendra compagnie et m'obligera à marcher." Et Rose avait dû chercher, au fond des placards d'été, une paire de bottines jaunes à semelles fortes, un costume un peu bourru qui sentait l'alpe et la forêt. Léa sortit, avec l'allure résolue qu'imposent, à ceux qui les portent, certaines chaussures et certains vêtements d'étoffe rude.

"Il y a dix ans, j'aurais risqué une canne", se dit-elle. Encore tout près de sa maison, elle entendit derrière elle un pas léger et rapide qu'elle crut reconnaître. Une crainte stupéfiante, qu'elle n'eut pas le temps de chasser, l'engourdit presque et ce fut malgré elle qu'elle se laissa rejoindre, puis distancer, par un inconnu jeune et pressé qui ne la regarda pas.

Elle respira, soulagée :

"Je suis trop bête!"

Elle acheta un oeillet sombre pour sa jaquette et repartit. Mais devant elle, à trente pas, plantée droite dans la brume diaphane qui couvrait les gazons de l'avenue, une silhouette masculine attendait.

"Pour le coup, je connais cette coupe de veston et la façon de faire tournoyer la canne…. Ah! non merci, je ne veux pas qu'il me revoie chaussée comme un facteur et avec une jaquette qui me grossit. A tant faire que de le rencontrer, j'aime mieux qu'il me voie autrement, lui qui n'a jamais pu supporter le marron, d'abord…. Non, non, je rentre, je…."

A ce moment l'homme qui attendait héla un taxi vide, y monta et passa devant Léa; c'était un jeune homme blond qui portait une petite moustache courte. Mais Léa ne sourit pas et n'eut plus de soupir d'aise, elle tourna les talons et rentra chez elle.

"Une de ces flemmes, Rose…. Donne-moi mon tea-gown fleur-de-pêcher, le nouveau, et la grande chape brodée sans manches. J'étouffe dans tous ces lainages."

"Ce n'est pas la peine d'insister, songeait Léa. Deux fois de suite, ce n'était pas Chéri; la troisième fois c'aurait été lui. Je connais ces petites embûches-là. Il n'y a rien à faire contre, et aujourd'hui je ne me sens pas d'attaque, je suis molle."

Elle se remit, toute la journée, à ses patients essais de solitude. Cigarettes et journaux l'amusèrent, après le déjeuner, et elle accueillit avec une courte joie un coup de téléphone de la baronne de la Berche, puis un autre de Spéleïeff, son ancien amant, le beau maquignon, qui l'avait vue passer la veille et offrit de lui vendre une paire de chevaux.

Il y eut ensuite une longue heure de silence total à faire peur.

"Voyons, voyons…."

Elle marchait, les mains aux hanches, suivie par la traîne magnifique d'une grande chape brodée d'or et de roses qui laissait ses bras nus.

"Voyons, voyons… tâchons de nous rendre compte. Ce n'est pas au moment où ce gosse ne me tient plus au coeur que je vais me laisser démoraliser. Il y a six mois que je vis seule. Dans le Midi, je m'en tirais très bien. D'abord, je changeais de place. Et ces relations de Riviera ou des Pyrénées avaient du bon, leur départ me laissait une telle impression de fraîcheur…. Des cataplasmes d'amidon sur une brûlure : ça ne guérit pas, mais ça soulage à condition de les renouveler tout le temps. Mes six mois de déplacements, c'est l'histoire de l'horrible Sarah Cohen, qui a épousé un monstre : "Chaque fois que je le regarde, dit-elle, je crois que je suis jolie."

"Mais avant ces six mois-là, je savais ce que c'était que de vivre seule. Comment est-ce que j'ai vécu, après que j'ai quitté Spéleïeff, par exemple? Ah oui, on s'est baladés ferme dans des bars et des bistrots avec Patron, et tout de suite j'ai eu Chéri. Mais avant Spéleïeff, le petit Lequellec m'a été arraché par sa famille qui le mariait… pauvre petit, ses beaux yeux pleins de larmes…. Après lui, je suis restée seule quatre mois, je me rappelle. Le premier mois, j'ai bien pleuré! Ah! non, c'est pour Bacciocchi que j'ai tant pleuré. Mais quand j'ai eu fini de pleurer, on ne pouvait plus me tenir tant j'étais contente d'être seule. Oui! Mais à l'époque de Bacciocchi j'avais vingt-huit ans, et trente après Lequellec, et entre eux, j'ai connu… peu importe. Après Spéleïeff, j'étais dégoûtée de tant d'argent mal dépensé. Tandis qu'après Chéri, j'ai… j'ai cinquante ans, et j'ai commis l'imprudence de le garder sept ans."

Elle fronça le front, s'enlaidit par une moue maussade.

"C'est bien fait pour moi, on ne garde pas un amant sept ans à mon âge. Sept ans! Il m'a gâché ce qui restait de moi. De ces sept ans-là, je pouvais tirer deux ou trois petits bonheurs si commodes, au lieu d'un grand regret…. Une liaison de sept ans, c'est comme de suivre un mari aux colonies : quand on en revient, personne ne vous reconnaît et on ne sait plus porter la toilette."

Pour ménager ses forces, elle sonna Rose et rangea avec elle la petite armoire aux dentelles. La nuit vint, qui fit éclore les lampes et rappela Rose aux soins de la maison.

"Demain, se dit Léa, je demande l'auto et je file visiter le haras normand de Spéleïeff. J'emmène la mère La Berche si elle veut, ça lui évoquera ses anciens équipages. Et, ma foi, si le cadet Spéleïeff me fait de l'oeil, je ne dis pas que…."

Elle se donna la peine de sourire d'un air mystérieux et tentateur, pour abuser les fantômes qui pouvaient errer autour de la coiffeuse et du lit formidable qui brillait dans l'ombre. Mais elle se sentait toute froide, et pleine de mépris pour la volupté d'autrui.

Son dîner de poisson fin et de pâtisseries fut une récréation. Elle remplaça le bordeaux par un champagne sec et fredonna en quittant la table. Onze heures la surprirent comme elle mesurait, avec une canne, la largeur des panneaux entre-fenêtres de sa chambre, où elle projetait de remplacer tous les grands miroirs par des toiles anciennes, peintes de fleurs et de balustres. Elle bâilla, se gratta la tête et sonna pour sa toilette de nuit. Pendant que Rose lui enlevait ses longs bas de soie, Léa considérait sa journée vaincue, effeuillée dans le passé, et qui lui plaisait comme un pensum achevé. Abritée, pour la nuit, du péril de l'oisiveté, elle escomptait les heures de sommeil et celles de l'insomnie, car l'inquiet recouvre, avec la nuit, le droit de bâiller haut, de soupirer, de maudire la voiture du laitier, les boueux et les passereaux.

Durant sa toilette de nuit, elle agita des projets inoffensifs qu'elle ne réaliserait pas.

"Aline Mesmacker a pris un bar-restaurant et elle y fait de l'or…. Évidemment, c'est une occupation, en même temps qu'un placement…. Mais je ne me vois pas à la caisse, et si on prend une gérante, ce n'est plus la peine. Dora et la grosse Fifi tiennent ensemble une boîte de nuit, m'a dit la mère La Berche. C'est tout à fait la mode. Et elles mettent des faux cols et des jaquettes-smoking pour attirer une clientèle spéciale. La grosse Fifi a trois enfants à élever, c'est une excuse…. Il y a aussi Kühn qui s'ennuie et qui prendrait bien mes capitaux pour fonder une nouvelle maison de couture…."

Toute nue et teintée de rose brique par les reflets de sa salle de bains pompéienne, elle vaporisait sur elle son parfum de santal, et dépliait avec un plaisir inconscient une longue chemise de soie.

"Tout ça, c'est des phrases. Je sais parfaitement que je n'aime pas travailler. Au lit, Madame! Vous n'aurez jamais d'autre comptoir, et les clients sont partis. "

Elle s'enveloppa dans une gandoura blanche que sa doublure colorée imprégnait d'une lumière rose insaisissable et retourna à sa coiffeuse. Ses deux bras levés peignèrent et soutinrent ses cheveux durcis par la teinture, et encadrèrent son visage fatigué. Ils demeuraient si beaux, ses bras, de l'aisselle pleine et musclée jusqu'au poignet rond, qu'elle les contempla un moment.

"Belles anses, pour un si vieux vase!"

Elle planta d'une main négligente un peigne blond sur sa nuque et choisit sans grand espoir un roman policier sur un rayon, dans un cabinet obscur. Elle n'avait pas le goût des reliures et ne s'était jamais déshabituée de reléguer ses livres au fond des placards, avec les cartons vides et les boîtes de pharmacie.

Comme elle lissait, penchée, la batiste fine et froide de son grand lit ouvert, le gros timbre de la cour retentit. Ce son grave, rond, insolite, offensa l'heure de minuit.

"Ça, par exemple…" dit-elle tout haut.

Elle l'écoutait, la bouche entrouverte, en retenant son souffle. Un second coup parut plus ample encore que le premier et Léa courut, dans un geste instinctif de préservation et de pudeur, se poudrer le visage. Elle allait sonner Rose quand elle entendit la porte du perron claquer, un bruit de pas dans le vestibule et dans l'escalier, deux voix mêlées, celle de la femme de chambre et une autre voix. Elle n'eut pas le temps de prendre une résolution, la porte s'ouvrit sous une main brutale : Chéri était devant elle, en pardessus ouvert sur son smoking, le chapeau sur la tête, pâle et l'air mauvais.

Il s'adossa à la porte refermée et ne bougea pas. Il ne regardait pas particulièrement Léa mais toute la chambre, d'une manière errante et comme un homme que l'on va attaquer.

Léa, qui avait pourtant tremblé le matin pour une silhouette devinée dans le brouillard, ne ressentait pas encore d'autre trouble que le déplaisir d'une femme surprise à sa toilette. Elle croisa son peignoir, assujettit son peigne, chercha du pied une pantoufle tombée. Elle rougit, mais quand le sang quitta ses joues, elle avait déjà repris l'apparence du calme. Elle releva la tête et parut plus grande que ce jeune homme accoté, tout noir, à la porte blanche.

"En voilà une manière d'entrer, dit-elle assez haut. Tu pourrais ôter ton chapeau, et dire bonjour.

—Bonjour", dit Chéri d'une voix rogue.

Le son de la voix sembla l'étonner, il regarda plus humainement autour de lui, une sorte de sourire descendit de ses yeux à sa bouche et il répéta avec douceur :

"Bonjour…."

Il ôta son chapeau et fit deux ou trois pas.

"Je peux m'asseoir?

—Si tu veux", dit Léa.

Il s'assit sur un pouf et vit qu'elle restait debout.

"Tu t'habillais? Tu ne sors pas?"

Elle fit signe que non, s'assit loin de lui, prit un polissoir et ne parla pas. Il alluma une cigarette et demanda la permission de fumer après qu'elle fut allumée.

"Si tu veux", répéta Léa indifférente.

Il se tut et baissa les yeux. La main qui tenait sa cigarette tremblait légèrement, il s'en aperçut et reposa cette main sur le bord d'une table. Léa soignait ses ongles avec des mouvements lents et jetait de temps en temps un bref regard sur le visage de Chéri, surtout sur les paupières abaissées et la frange sombre des cils.

"C'est toujours Ernest qui m'a ouvert la porte, dit enfin Chéri.

—Pourquoi ne serait-il pas Ernest? Est-ce qu'il fallait changer mon personnel parce que tu te mariais?

—Non…. N'est-ce pas, je disais ça…."

Le silence retomba. Léa le rompit.

"Puis-je savoir si tu as l'intention de rester longtemps sur ce pouf? Je ne te demande même pas pourquoi tu te permets d'entrer chez moi à minuit….

—Tu peux me le demander", dit-il vivement.

Elle secoua la tête :

"Ça ne m'intéresse pas."

Il se leva avec force, faisant rouler le pouf derrière lui et marcha sur Léa. Elle le sentit penché sur elle comme s'il allait la battre, mais elle ne recula pas. Elle pensait : "De quoi pourrais-je bien avoir peur, en ce monde?"

"Ah! tu ne sais pas ce que je viens faire ici? Tu ne veux pas savoir ce que je viens faire ici?"

Il arracha son manteau, le lança à la volée sur la chaise longue et se croisa les bras, en criant de tout près dans la figure de Léa, sur un ton étouffé et triomphant :

"Je rentre!"

Elle maniait une petite pince délicate qu'elle ferma posément avant de s'essuyer les doigts. Chéri retomba assis, comme s'il venait de dépenser toute sa force.

"Bon, dit Léa. Tu rentres. C'est très joli. Qui as-tu consulté pour ça?

—Moi", dit Chéri.

Elle se leva à son tour pour le dominer mieux. Les battements de son coeur calmé la laissaient respirer à l'aise et elle voulait jouer sans faute.

"Pourquoi ne m'as-tu pas demandé mon avis? Je suis une vieille camarade qui connaît tes façons de petit rustre. Comment n'as-tu pas pensé qu'en entrant ici tu pouvais gêner… quelqu'un?"

La tête baissée, il inspecta horizontalement la chambre, ses portes closes, le lit cuirassé de métal et son talus d'oreillers luxueux. Il ne vit rien d'insolite, rien de nouveau et haussa les épaules. Léa attendait mieux et insista :

"Tu comprends ce que je veux dire?

—Très bien, répondit-il. "Monsieur" n'est pas rentré? "Monsieur" découche?

—Ce ne sont pas tes affaires, petit", dit-elle tranquillement.

Il mordit sa lèvre et secoua nerveusement la cendre de sa cigarette dans une coupe à bijoux.

"Pas là-dedans, je te le dis toujours! cria Léa. Combien de fois faudra- t-il que…?"

Elle s'interrompit en se reprochant d'avoir repris malgré elle le ton des disputes familières. Mais il n'avait pas paru l'entendre et examinait une bague, une émeraude achetée par Léa pendant son voyage.

"Qu'est-ce… qu'est-ce que c'est que ça? bredouilla-t-il.

—Ça? c'est une émeraude.

—Je ne suis pas aveugle! Je veux dire : qui est-ce qui te l'a donnée?

—Tu ne connais pas.

—Charmant!" dit Chéri, amer.

L'accent rendit à Léa toute son autorité et elle se permit le plaisir d'égarer un peu plus celui qui lui laissait l'avantage.

"N'est-ce pas qu'elle est charmante? On m'en fait partout compliment. Et la monture, tu as vu, cette poussière de brillants qui….

—Assez!" gueula Chéri avec fureur, en abattant son poing sur la table fragile.

Des roses s'effeuillèrent au choc, une coupe de porcelaine glissa sans se briser sur l'épais tapis. Léa étendit vers le téléphone une main que Chéri arrêta d'un bras rude:

"Qu'est-ce que tu veux à ce téléphone?

—Téléphoner au commissariat", dit Léa.

Il lui prit les deux bras, feignit la gaminerie en la poussant loin de l'appareil.

"Allez, allez, ça va bien, pas de blagues! On ne peut rien dire sans que tout de suite tu fasses du drame…."

Elle s'assit et lui tourna le dos. Il restait debout, les mains vides, et sa bouche entrouverte et gonflée était celle d'un enfant boudeur. Une mèche noire couvrait son sourcil. Dans un miroir, à la dérobée, Léa l'épiait; mais il s'assit et son visage disparut du miroir. A son tour, Léa sentit, gênée, qu'il la voyait de dos, élargie par la gandoura flottante. Elle revint à sa coiffeuse, lissa ses cheveux, replanta son peigne, ouvrit comme par distraction un flacon de parfum. Chéri tourna la tête vers l'odeur.

"Nounoune!" appela-t-il.

Elle ne répondit pas.

"Nounoune!

—Demande pardon", commanda-t-elle sans se retourner.

Il ricana :

"Penses-tu!

—Je ne te force pas. Mais tu vas t'en aller. Et tout de suite….

—Pardon! dit-il promptement, hargneux.

—Mieux que ça!

—Pardon, répéta-t-il, tout bas.

—A la bonne heure!"

Elle revint à lui, passa sur la tête inclinée une main légère :

"Allons, raconte."

Il tressaillit et secoua la caresse :

"Qu'est-ce que tu veux que je te raconte? Ce n'est pas compliqué. Je rentre ici, voilà.

—Raconte, va, raconte."

Il se balançait sur son siège en serrant ses mains entre ses genoux, et levait la tête vers Léa mais sans la regarder. Elle voyait battre les narines blanches de Chéri, elle entendait une respiration rapide qui essayait de se discipliner. Elle n'eut qu'à dire encore une fois : "Allons, raconte…" et à le pousser du doigt comme pour le faire tomber. Il appela :

"Nounoune chérie! Nounoune chérie!" et se jeta contre elle de toutes ses forces, étreignant les hautes jambes qui plièrent. Assise, elle le laissa glisser à terre et se rouler sur elle avec des larmes, des paroles désordonnées, des mains tâtonnantes qui s'accrochaient à ses dentelles, à son collier, cherchaient sous la robe la forme de son épaule et la place de son oreille sous ses cheveux.

"Nounoune chérie! je te retrouve! ma Nounoune! ô ma Nounoune, ton épaule, et puis ton même parfum, et ton collier, ma Nounoune, ah! c'est épatant…. Et ton petit goût de brûlé dans les cheveux, ah! c'est… c'est épatant…."

Il exhala, renversé, ce mot stupide comme le dernier souffle de sa poitrine. A genoux, il serrait Léa dans ses bras, et lui offrait son front ombragé de cheveux, sa tremblante bouche mouillée de larmes, et ses yeux d'où la joie coulait en pleurs lumineux. Elle le contempla si profondément, avec un oubli si parfait de tout ce qui n'était pas lui, qu'elle ne songea pas à lui donner un baiser. Elle noua ses bras autour du cou de Chéri, et elle le pressa sans rigueur, sur le rythme des mots qu'elle murmurait :

"Mon petit… mon méchant…. Te voilà…. Te voilà revenu…. Qu'as-tu fait encore? Tu es si méchant… ma beauté…."