Vingt ans après Ch. 1/10 · 0%

Vingt ans aprèsPart 44 of 95

Alexandre Dumas

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
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— Mon oncle, répliqua Mordaunt de sa voix rauque et railleuse, vous vous trompez; vous ne me ferez pas chasser cette fois comme vous l'avez fait à Londres, vous n'oserez. Quant à nier que je suis votre neveu, vous y songerez à deux fois, maintenant que j'ai appris bien des choses que j'ignorais il y a un an.

— Et que m'importe ce que vous avez appris! dit de Winter.

— Oh! il vous importe beaucoup, mon oncle, j'en suis sûr, et vous allez être de mon avis tout à l'heure, ajouta-t-il avec un sourire qui fit passer un frisson dans les veines de celui auquel il s'adressait. Quand je me suis présenté chez vous la première fois, à Londres, c'était pour vous demander ce qu'était devenu mon bien; quand je me suis présenté la seconde fois, c'était pour vous demander ce qui avait souillé mon nom. Cette fois je me présente devant vous pour vous faire une question bien autrement terrible que toutes ces questions, pour vous dire, comme Dieu dit au premier meurtrier: «Caïn, qu'as-tu fait de ton frère Abel?»

— Milord, qu'avez-vous fait de votre soeur, de votre soeur qui était ma mère?

De Winter recula sous le feu de ces yeux ardents.

— De votre mère? dit-il.

— Oui, de ma mère, milord, répondit le jeune homme en jetant la tête de haut en bas.

De Winter fit un effort violent sur lui-même, et, plongeant dans ses souvenirs pour y chercher une haine nouvelle, il s'écria:

— Cherchez ce qu'elle est devenue, malheureux, et demandez-le à l'enfer, peut-être que l'enfer vous répondra.

Le jeune homme s'avança alors dans la chambre jusqu'à ce qu'il se trouvât face à face avec lord de Winter, et croisant les bras:

— Je l'ai demandé au bourreau de Béthune, dit Mordaunt d'une voix sourde et le visage livide de douleur et de colère, et le bourreau de Béthune m'a répondu.

De Winter tomba sur une chaise comme si la foudre l'avait frappé, et tenta vainement de répondre.

— Oui, n'est-ce pas? continua le jeune homme, avec ce mot tout s'explique, avec cette clef l'abîme s'ouvre. Ma mère avait hérité de son mari, et vous avez assassiné ma mère! mon nom m'assurait le bien paternel, et vous m'avez dégradé de mon nom; puis, quand vous m'avez eu dégradé de mon nom, vous m'avez dépouillé de ma fortune. Je ne m'étonne plus maintenant que vous ne me reconnaissiez pas; je ne m'étonne plus que vous refusiez de me reconnaître. Il est malséant d'appeler son neveu, quand on est spoliateur, l'homme qu'on a fait pauvre; quand on est meurtrier, l'homme qu'on a fait orphelin!

Ces paroles produisirent l'effet contraire qu'en attendait Mordaunt: de Winter se rappela quel monstre était Milady; il se releva calme et grave, contenant par son regard sévère le regard exalté du jeune homme.

— Vous voulez pénétrer dans cet horrible secret, monsieur? dit de Winter. Eh bien, soit! … Sachez donc quelle était cette femme dont vous venez aujourd'hui me demander compte; cette femme avait, selon toute probabilité, empoisonné mon frère, et, pour hériter de moi, elle allait m'assassiner à mon tour; j'en ai la preuve. Que direz-vous à cela?

— Je dirai que c'était ma mère!

— Elle a fait poignarder, par un homme autrefois juste, bon et pur, le malheureux duc de Buckingham. Que direz-vous à ce crime, dont j'ai la preuve?

— C'était ma mère!

— Revenue en France, elle a empoisonné dans le couvent des Augustines de Béthune une jeune femme qu'aimait un de ses ennemis. Ce crime vous persuadera-t-il de la justice du châtiment? Ce crime, j'en ai la preuve!

— C'était ma mère! s'écria le jeune homme, qui avait donné à ces trois exclamations une force toujours progressive.

— Enfin, chargée de meurtres, de débauches, odieuse à tous, menaçante encore comme une panthère altérée de sang, elle a succombé sous les coups d'hommes qu'elle avait désespérés et qui jamais ne lui avaient causé le moindre dommage; elle a trouvé des juges que ses attentats hideux ont évoqués: et ce bourreau que vous avez vu, ce bourreau qui vous a tout raconté, prétendez-vous, ce bourreau, s'il vous a tout raconté, a dû vous dire qu'il avait tressailli de joie en vengeant sur elle la honte et le suicide de son frère. Fille pervertie, épouse adultère, soeur dénaturée, homicide, empoisonneuse, exécrable à tous les gens qui l'avaient connue, à toutes les nations qui l'avaient reçue dans leur sein, elle est morte maudite du ciel et de la terre; voilà ce qu'était cette femme.

Un sanglot plus fort que la volonté de Mordaunt lui déchira la gorge et fit remonter le sang à son visage livide; il crispa ses poings, et le visage ruisselant de sueur, les cheveux hérissés sur son front comme ceux d'Hamlet, il s'écria dévoré de fureur:

— Taisez-vous, monsieur! c'était ma mère! Ses désordres, je ne les connais pas; ses vices, je ne les connais pas; ses crimes, je ne les connais pas! Mais ce que je sais, c'est que j'avais une mère, c'est que cinq hommes, ligués contre une femme, l'ont tuée clandestinement, nuitamment, silencieusement, comme des lâches! Ce que je sais, c'est que vous en étiez, monsieur; c'est que vous en étiez, mon oncle, et que vous avez dit comme les autres, et plus haut que les autres: Il faut qu'elle meure! Donc, je vous en préviens, écoutez bien ces paroles et qu'elles se gravent dans votre mémoire de manière que vous ne les oubliez jamais: ce meurtre qui m'a tout ravi, ce meurtre qui m'a fait sans nom, ce meurtre qui m'a fait pauvre, ce meurtre qui m'a fait corrompu, méchant, implacable, j'en demanderai compte à vous d'abord, puis à ceux qui furent vos complices, quand je les connaîtrai.

La haine dans les yeux, l'écume à la bouche, le poing tendu, Mordaunt avait fait un pas de plus, un pas terrible et menaçant vers de Winter.

Celui-ci porta la main à son épée, et dit avec le sourire de l'homme qui depuis trente ans joue avec la mort:

— Voulez-vous m'assassiner, monsieur? alors je vous reconnaîtrai pour mon neveu, car vous êtes bien le fils de votre mère.

— Non, répliqua Mordaunt en forçant toutes les fibres de son visage, tous les muscles de son corps à reprendre leur place et à s'effacer; non, je ne vous tuerai pas, en ce moment du moins: car sans vous je ne découvrirais pas les autres. Mais quand je les connaîtrai, tremblez, monsieur; j'ai poignardé le bourreau de Béthune, je l'ai poignardé sans pitié, sans miséricorde, et c'était le moins coupable de vous tous.

À ces mots, le jeune homme sortit, et descendit l'escalier avec assez de calme pour n'être pas remarqué; puis sur le palier inférieur il passa devant Tony, penché sur la rampe et n'attendant qu'un cri de son maître pour monter près de lui.

Mais de Winter n'appela point: écrasé, défaillant, il resta debout et l'oreille tendue; puis seulement lorsqu'il eut entendu le pas du cheval qui s'éloignait, il tomba sur une chaise en disant:

— Mon Dieu! je vous remercie qu'il ne connaisse que moi.

XLIV. Paternité

Pendant que cette scène terrible se passait chez lord de Winter, Athos, assis près de la fenêtre de sa chambre, le coude appuyé sur une table, la tête inclinée sur sa main, écoutait des yeux et des oreilles à la fois Raoul qui lui racontait les aventures de son voyage et les détails de la bataille.

La belle et noble figure du gentilhomme exprimait un indicible bonheur au récit de ces premières émotions si fraîches et si pures; il aspirait les sons de cette voix juvénile qui se passionnait déjà aux beaux sentiments, comme on fait d'une musique harmonieuse. Il avait oublié ce qu'il y avait de sombre dans le passé, de nuageux dans l'avenir. On eût dit que le retour de cet enfant bien-aimé avait fait de ces craintes mêmes des espérances. Athos était heureux, heureux comme jamais il ne l'avait été.

— Et vous avez assisté et pris part à cette grande bataille, Bragelonne? disait l'ancien mousquetaire.

— Oui, monsieur.

— Et elle a été rude, dites-vous?

— M. le Prince a chargé onze fois en personne.

— C'est un grand homme de guerre, Bragelonne.

— C'est un héros, monsieur; je ne l'ai pas perdu de vue un instant. Oh! que c'est beau, monsieur, de s'appeler Condé… et de porter ainsi son nom!

— Calme et brillant, n'est-ce pas?

— Calme comme à une parade, brillant comme dans une fête. Lorsque nous abordâmes l'ennemi, c'était au pas; on nous avait défendu de tirer les premiers, et nous marchions aux Espagnols, qui se tenaient sur une hauteur, le mousqueton à la cuisse. Arrivé à trente pas d'eux, le prince se retourna vers les soldats: «Enfants, dit-il, vous allez avoir à souffrir une furieuse décharge; mais, après, soyez tranquilles, vous aurez bon marché de tous ces gens.» Il se faisait un tel silence, qu'amis et ennemis entendirent ces paroles. Puis levant son épée: «Sonnez, trompettes» dit-il.

— Bien, bien! … Dans l'occasion, vous feriez ainsi, Raoul, n'est-ce pas?

— S'en doute, monsieur, car j'ai trouvé cela bien beau et bien grand. Lorsque nous fûmes arrivés à vingt pas, nous vîmes tous ces mousquetons s'abaisser comme une ligne brillante; car le soleil resplendissait sur les canons.» Au pas, enfants, au pas, dit le prince, voici le moment.»

— Eûtes-vous peur, Raoul? demanda le comte.

— Oui, monsieur, répondit naïvement le jeune homme, je me sentis comme un grand froid au coeur, et au mot de: «Feu!» qui retentit en espagnol dans les rangs ennemis, je fermai les yeux et je pensai à vous.

— Bien vrai, Raoul? dit Athos en lui serrant la main.

— Oui, monsieur. Au même instant il se fit une telle détonation, qu'on eût dit que l'enfer s'ouvrait et ceux qui ne furent pas tués sentirent la chaleur de la flamme. Je rouvris les yeux, étonné de n'être pas mort, ou tout au moins blessé; le tiers de l'escadron était couché à terre, mutilé et sanglant. En ce moment je rencontrai l'oeil du prince; je ne pensai plus qu'à une chose, c'est qu'il me regardait. Je piquai des deux et je me trouvai au milieu des rangs ennemis.

— Et le prince fut content de vous?

— Il me le dit du moins, monsieur, lorsqu'il me chargea d'accompagner à Paris M. de Châtillon, qui est venu donner cette nouvelle à la reine et apporter les drapeaux pris. «Allez, me dit le prince, l'ennemi ne sera pas rallié de quinze jours. D'ici là je n'ai pas besoin de vous. Allez embrasser ceux que vous aimez et qui vous aiment, et dites à ma soeur de Longueville que je la remercie du cadeau qu'elle m'a fait en vous donnant à moi.» Et je suis venu, monsieur, ajouta Raoul en regardant le comte avec un sourire de profond amour, car j'ai pensé que vous seriez bien aise de me revoir.

Athos attira le jeune homme à lui et l'embrassa au front comme il eût fait à une jeune fille.

— Ainsi, dit-il, vous voilà lancé, Raoul; vous avez des ducs pour amis, un maréchal de France pour parrain, un prince du sang pour capitaine, et dans une même journée de retour vous avez été reçu par deux reines: c'est beau pour un novice.

— Ah! monsieur, dit Raoul tout à coup, vous me rappelez une chose que j'oubliais, dans mon empressement à vous raconter mes exploits: c'est qu'il se trouvait chez Sa Majesté la reine d'Angleterre un gentilhomme qui, lorsque j'ai prononcé votre nom, a poussé un cri de surprise et de joie; il s'est dit de vos amis, m'a demandé votre adresse et va venir vous voir.

— Comment s'appelle-t-il?

— Je n'ai pas osé le lui demander, monsieur; mais quoiqu'il s'exprime élégamment, à son accent j'ai jugé qu'il était Anglais.

— Ah! fit Athos.

Et sa tête se pencha comme pour chercher un souvenir. Puis, lorsqu'il releva son front, ses yeux furent frappés de la présence d'un homme qui se tenait debout devant la porte entrouverte et le regardait d'un air attendri.

— Lord de Winter! s'écria le comte.

— Athos, mon ami!

Et les deux gentilshommes se tinrent un instant embrassés; puis Athos, lui prenant les deux mains, lui dit en le regardant:

— Qu'avez-vous, milord? vous paraissez aussi triste que je suis joyeux.

— Oui, cher ami, c'est vrai; et je dirai même plus, c'est que votre vue redouble ma crainte.

Et de Winter regarda autour de lui comme pour chercher la solitude. Raoul comprit que les deux amis avaient à causer, et sortit sans affectation.

— Voyons, maintenant que nous voilà seuls, dit Athos, parlons de vous.

— Pendant que nous voilà seuls, parlons de nous, répondit lord de Winter. Il est ici.

— Qui?

— Le fils de Milady.

Athos, encore une fois frappé par ce nom qui semblait le poursuivre comme un écho fatal, hésita un moment, fronça légèrement le sourcil, puis d'un ton calme:

— Je le sais, dit-il.

— Vous le savez?

— Oui. Grimaud l'a rencontré entre Béthune et Arras, et est revenu à franc étrier pour me prévenir de sa présence.

— Grimaud le connaissait donc?

— Non, mais il a assisté à son lit de mort un homme qui le connaissait.

— Le bourreau de Béthune! s'écria de Winter.

— Vous savez cela? dit Athos étonné.

— Il me quitte à l'instant, répondit de Winter, il m'a tout dit. Ah! mon ami, quelle horrible scène! que n'avons-nous étouffé l'enfant avec la mère!

Athos, comme toutes les nobles natures, ne rendait pas à autrui les impressions fâcheuses qu'il ressentait; mais, au contraire, il les absorbait toujours en lui-même et renvoyait en leur place des espérances et des consolations. On eût dit que ses douleurs personnelles sortaient de son âme transformées en joies pour les autres.

— Que craignez-vous? dit-il revenant par le raisonnement sur la terreur instinctive qu'il avait éprouvée d'abord, ne sommes-nous pas là pour nous défendre? Ce jeune homme s'est-il fait assassin de profession, meurtrier de sang-froid? Il a pu tuer le bourreau de Béthune dans un mouvement de rage, mais maintenant sa fureur est assouvie.

De Winter sourit tristement et secoua la tête.

— Vous ne connaissez donc plus ce sang? dit-il.

— Bah! dit Athos en essayant de sourire à son tour, il aura perdu de sa férocité à la deuxième génération. D'ailleurs, ami, la Providence nous a prévenus que nous nous mettions sur nos gardes. Nous ne pouvons rien autre chose qu'attendre. Attendons. Mais, comme je le disais d'abord, parlons de vous. Qui vous amène à Paris?

— Quelques affaires d'importance que vous connaîtrez plus tard. Mais qu'ai-je ouï dire chez Sa Majesté la reine d'Angleterre, M. d'Artagnan est à Mazarin! Pardonnez-moi ma franchise, mon ami, je ne hais ni ne blâme le cardinal, et vos opinions me seront toujours sacrées; seriez-vous par hasard à cet homme?

— M. d'Artagnan est au service, dit Athos, il est soldat, il obéit au pouvoir constitué. M. d'Artagnan n'est pas riche et a besoin pour vivre de son grade de lieutenant. Les millionnaires comme vous, milord, sont rares en France.

— Hélas! dit de Winter, je suis aujourd'hui aussi pauvre et plus pauvre que lui. Mais revenons à vous.

— Eh bien! vous voulez savoir si je suis mazarin? Non, mille fois non. Pardonnez-moi aussi ma franchise, milord.

De Winter se leva et serra Athos dans ses bras.

— Merci, comte, dit-il, merci de cette heureuse nouvelle. Vous me voyez heureux et rajeuni. Ah! vous n'êtes pas mazarin, vous! à la bonne heure! d'ailleurs, ce ne pouvait pas être. Mais, pardonnez encore, êtes-vous libre?

— Qu'entendez-vous par libre?

— Je vous demande si vous n'êtes point marié.

— Ah! pour cela, non, dit Athos en souriant.

— C'est que ce jeune homme, si beau, si élégant, si gracieux…

— C'est un enfant que j'élève et qui ne connaît pas même son père.

— Fort bien; vous êtes toujours le même, Athos, grand et généreux.

— Voyons, milord, que me demandez-vous?

— Vous avez encore pour amis MM. Porthos et Aramis?

— Et ajoutez d'Artagnan, milord. Nous sommes toujours quatre amis dévoués l'un à l'autre comme autrefois, mais lorsqu'il s'agit de servir le cardinal ou de le combattre, d'être mazarins ou frondeurs, nous ne sommes plus que deux.

— M. Aramis est avec d'Artagnan? demanda lord de Winter.

— Non, dit Athos, M. Aramis me fait l'honneur de partager mes convictions.

— Pouvez-vous me mettre en relation avec cet ami si charmant et si spirituel?

— Sans doute, dès que cela vous sera agréable.

— Est-il changé?

— Il s'est fait abbé, voilà tout.

— Vous m'effrayez. Son état a dû le faire renoncer alors aux grandes entreprises.

— Au contraire, dit Athos en souriant, il n'a jamais été si mousquetaire que depuis qu'il est abbé, et vous retrouverez un véritable Galaor. Voulez-vous que je l'envoie chercher par Raoul?

— Merci, comte, on pourrait ne pas le trouver à cette heure chez lui. Mais puisque vous croyez pouvoir répondre de lui…

— Comme de moi-même.

— Pouvez-vous vous engager à me l'amener demain à dix heures sur le pont du Louvre?

— Ah! ah! dit Athos en souriant, vous avez un duel?

— Oui, comte, et un beau duel, un duel dont vous serez, j'espère.

— Où irons-nous, milord?

— Chez Sa Majesté la reine d'Angleterre, qui m'a chargé de vous présenter à elle, comte.

— Sa Majesté me connaît donc?

— Je vous connais, moi.

— Énigme, dit Athos; mais n'importe, du moment où vous en avez le mot, je n'en demande pas davantage. Me ferez-vous l'honneur de souper avec moi, milord?