Un bon petit diablePart 3 of 16
French original · English translation
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IV
LE FOUET; LE PARAFOUET
Pendant que se passait ce que nous venons de raconter. Charles était allé chercher du calme près de sa cousine et amie Juliette; il l'avait trouvé seule comme il l'avait laissée; il lui raconta le peu de succès de son bon mouvement, et le moyen qu'il avait employé pour se préserver d'une rude correction.
Juliette:—Mon pauvre Charles, tu as eu très grand tort; il ne faut jamais faire à ta cousine des menaces si affreuses, et que tu sais bien ne pas pouvoir exécuter.
Charles:—Je l'aurais parfaitement exécutée; j'étais prêt à mettre le feu aux rideaux, et j'étais très décidé à le faire.
Juliette:—Oh! Charles, je ne te croyais pas si mauvais! Et qu'en serait-il arrivé? On t'aurait mis dans une prison, où tu serais resté jusqu'à seize ou dix-huit ans.
Charles:—En prison! Quelle folie!
Juliette:—Oui, mon ami, en prison; on a condamné pour incendie volontaire des enfants plus jeunes que toi!
Charles:—Je ne savais pas cela! C'est bien heureux que tu, me l'aies dit, car j'aurais recommencé à la première occasion.
Juliette:—Oh non! tu n'aurais pas recommencé, d'abord par amitié pour moi, et puis parce que Betty aurait caché toutes les allumettes et ne t'aurait pas laissé faire.
Charles:—Betty! Elle déteste ma cousine; elle est enchantée quand je lui joue des tours.
Juliette:—C'est bien mal à Betty de t'encourager à mal faire.»
Ils continuèrent à causer, Juliette cherchant toujours à calmer Charles, lorsque Betty entra.
«Je viens te chercher, Charlot, de la part de ta cousine qui est joliment en colère, va. Bonjour, Mam'selle Juliette; que dites-vous de notre mauvais sujet?
Juliette:—Je dis que vous pourriez lui faire du bien en lui donnant de bons conseils, Betty; il doit à sa cousine du respect et de la soumission.
Betty:—Elle est bien mauvaise, allez, Mam'selle!
Juliette:—C'est fort triste; mais elle est tout de même sa tutrice; c'est elle qui l'élève...
Charles:-Ah! ouiche! Elle m'élève joliment! Depuis que je sais lire, écrire et compter, elle ne me laisse plus aller à l'école parce qu'elle prétend avoir les yeux malades; elle me garde chez elle pour lire haut, pour écrire ses lettres, faire ses comptes, et toute la journée comme ça.
Juliette:—Cela t'apprend toujours quelque chose, et ce n'est pas déjà si ennuyeux.
Charles:—Quelquefois non; ainsi, elle me fait lire à présent Nicolas Nickleby; c'est amusant, je ne dis pas; mais quelquefois c'est le journal, qui est assommant, ou l'histoire de France, d'Angleterre; je m'endors en lisant; et sais-tu comment elle m'éveille? En me piquant la figure avec ses grandes aiguilles à tricoter. Crois-tu que ce soit amusant?
Juliette:—Non, ce n'est pas amusant, mais ce n'est pas une raison pour te mettre en colère et te venger, comme tu le fais sans cesse.
Betty:—Je vous assure, Mam'selle, que si vous étiez avec nous, vous n'aimeriez guère Mme Mac'Miche, quoiqu'elle soit votre cousine aussi; mais je crois que vous nous aideriez à..., à..., comment dire ça?...
Juliette, souriant:—A vous venger, Betty; mais en vous vengeant, vous l'irritez davantage et vous la rendez plus sévère.
Charles:—Plus méchante, tu veux dire.
Juliette:—Non; pas méchante, mais toujours en méfiance de toi et en colère, par conséquent. Essayez tous les deux de supporter ses maussaderies sans répondre, en vous soumettant: vous verrez qu'elle sera meilleure... Tu ne réponds pas, Charles? Je t'en prie.
Charles:—Ma bonne Juliette, je ne peux rien te refuser! j'essayerai, je te le promets; mais si, au bout d'une semaine, elle reste la même, je recommencerai.
Juliette:—C'est bon; commence par obéir à ta cousine et par t'en aller; arrive bien gentiment en lui disant quelque chose d'aimable.»
Charles se leva, embrassa Juliette, soupira et s'en alla accompagné de Betty. Il ne dit rien tout le long du chemin; il cherchait à se donner du courage et de la douceur, en se rappelant tout ce que Juliette lui avait dit à ce sujet.
Il arriva et entra chez sa cousine.
Madame Mac'Miche:—Ah! te voilà enfin, petit scélérat! Approche,... plus près...»
A sa grande surprise, Charles obéit, les yeux baissés, l'air soumis.
Quand il fut à sa portée, elle le saisit par l'oreille; Charles ne lutta pas; enhardie par sa soumission, elle prit une baguette et lui donna un coup fortement appliqué, puis deux, puis trois, sans que Charles fit mine de résister; elle profita de cette docilité si nouvelle pour abuser de sa force et de son autorité; elle le jeta par terre et lui donna le fouet en règle, au point d'endommager sa culotte, déjà en mauvais état. Charles supporta cette rude correction sans proférer une plainte.
«Va-t'en, mauvais sujet, s'écria-t-elle quand elle se sentit le bras fatigué de frapper; va-t'en, que je ne te voie pas!
Charles se releva et sortit sans mot dire, le coeur gonflé d'une colère qu'il comprimait difficilement. Il courut dans sa chambre pour donner un libre cours aux sanglots qui l'étouffaient. Il se roula sur son lit, mordant ses draps pour arrêter les cris d'humiliation et de rage qui s'échappaient de sa poitrine. Quand le premier accès de douleur fut passé, il se souvint de la douce Juliette, de ses bonnes paroles, de ses excellents conseils; après quelques instants de réflexion, ses sentiments s'adoucirent; à la colère furieuse succéda une grande satisfaction de conscience; il se sentit heureux et fier d'avoir pu se contenir, de n'avoir pas fait usage de ses moyens habituels de défense contre sa cousine, d'avoir tenu la promesse que lui avait enfin arrachée Juliette, et qu'il résolut de tenir jusqu'au bout. Entièrement calmé par cette courageuse résolution, il descendit chez Betty, à la cuisine.
Betty:—Eh bien! que t'a dit, que t'a fait ta cousine, mon pauvre Charlot? Je n'ai rien entendu; elle ne s'est donc pas fâchée.
Charles:—Elle l'était déjà quand je suis arrivé; et je t'assure qu'elle me l'a bien prouvé par les coups qu'elle m'a donnés.
Betty:—Et toi?
Charles:—Je me suis laissé faire.
Betty, surprise:—Le premier t'aura surpris, et tu ne t'es pas méfié du second. Mais après?
Charles:—Je l'ai laissée faire; elle m'a jeté par terre, m'a roulé, m'a battu avec une baguette qui n'était pas de paille ni de plume, je t'en réponds.
Betty:—Et toi?
Charles:—J'ai attendu qu'elle eût fini; quand elle a été lasse de frapper, je me suis relevé, je suis allé dans ma chambre, où je m'en suis donné, par exemple, à sangloter et à crier, mais de rage plus que de douleur, je dois l'avouer; puis j'ai pensé à Juliette; le souvenir de sa douceur a fait passer ma colère, et je suis venu te demander si tu ne pourrais pas me donner quelque vieux morceau de quelque chose pour doubler le fond de ma culotte; elle a tapé si fort, que si la fantaisie lui prenait de recommencer, elle m'enlèverait la peau.
Betty, indignée:—Pauvre garçon! Mauvaise femme! Faut-il être méchante! Un malheureux orphelin! qui n'a personne pour le défendre, pour le recueillir.»
Betty se laissa tomber sur une chaise et pleura amèrement. Cette preuve de tendresse émut si bien Charles, qu'il se mit à pleurer de son côté, assis près de Betty. Au bout d'un instant il se releva.
«Aïe, dit-il, je ne peux pas rester assis; je souffre trop.»
Betty se leva aussi, essuya ses yeux, étala sur un linge une couche de chandelle fondue, et, le présentant à Charles:
«Tiens, mon Charlot, mets ça sur ton mal, et demain tu n'y penseras plus. Attache la serviette avec une épingle, pour qu'elle tienne, et demain nous tâcherons de trouver quelque chose pour amortir les coups de cette méchante cousine. C'est qu'elle y prendra goût, voyant que tu te laisses faire! Je crains, moi, que Mlle Juliette ne t'ait donné un triste conseil.
Charles:—Non, Betty, il est bon; je sens qu'il est bon; j'ai le coeur content, c'est bon signe.»
Charles appliqua le cataplasme de Betty, se sentit immédiatement soulagé, et retourna chez Juliette, sa consolatrice, son conseil et son soutien. En passant par la cuisine, il vit Betty occupé à coudre ensemble deux visières en cuir vernis provenant des vieilles casquettes de son cousin Mac'Miche; il lui demanda ce qu'elle faisait.
«Je te prépare une cuirasse pour demain, mon pauvre Charlot; quand tu seras couché, je te bâtirai cela dans ton pantalon.»
Charles rit de bon coeur de ce parafouet, fut enchanté de l'invention de Betty, et allait sortir, lorsqu'il s'entendit appeler par la voix aigre de sa cousine. Betty se signa; Charles soupira et monta de suite.
Madame Mac'Miche:—Venez lire, mauvais sujet; allons, vite, prenez votre livre.»
Charles prit le livre, s'assit avec précaution sur le bord de sa chaise, et commença sa lecture. Mme Mac'Miche le regardait avec surprise et méfiance.
«Il a quelque chose là-dessous, se disait-elle, quelque méchanceté qu'il prépare et qu'il dissimule sous une feinte douceur. Il n'a jamais été si docile; c'est la première fois qu'il se laisse battre sans résistance. Qu'est-ce? Je n'y comprends rien. Mais s'il continue de même, ce sera une bénédiction de lui administrer le fouet... et comme c'est le meilleur moyen d'éducation, je l'emploierai souvent... Et pourtant...»
Charles lisait toujours pendant que sa cousine réfléchissait au lieu d'écouter; au moment où sa voix fatiguée commençait à faiblir, il fut interrompu par le juge de paix.
«Peut-on entrer, Madame Mac'Miche? Êtes-vous visible?
—Toujours pour vous, Monsieur le juge. Très flattée de votre visite.
Charles, donne un fauteuil à M. le juge.»
Charles se leva, ne put retenir un geste de douleur et un aïe! étouffé.
«Qu'as-tu donc, mon ami? tu marches péniblement comme si tu souffrais de quelque part», lui dit le juge.
Mme Mac'Miche devint pourpre, s'agita sur son fauteuil, et dit à Charles de se dépêcher et de s'en aller.
Mais Charles, qui n'était pas encore passé à l'état de douceur et de charité parfaite que lui prêchait Juliette, ne fut pas fâché d'avoir l'occasion de révéler au juge les mauvais traitements de sa cousine.
Charles:—Je crois bien, Monsieur le juge, que je souffre; ma cousine m'a tant battu avec la baguette que voilà près d'elle, que j'en suis tout meurtri.
Madame Mac'Miche! dit le juge avec sévérité.
Madame Mac'Miche:—Ne l'écoutez pas, Monsieur le juge, ne le croyez pas, il ment du matin au soir.
Charles:—Vous savez bien, ma cousine, que je ne mens pas, que vous m'avez battu comme je le dis; et c'est si vrai, que Betty m'a mis un cataplasme de chandelle; voulez-vous que je vous le fasse dire par elle?
Cette pauvre Betty en pleurait.
—Madame Mac'Miche, reprit le juge, vous savez que les mauvais traitements sont interdits par la loi, et que vous vous exposez...
Madame Mac'Miche:—Soyez donc tranquille, Monsieur le juge; je l'ai fouetté, c'est vrai, parce qu'il voulait mettre le feu à la maison ce matin; vous ne savez pas ce que c'est que ce garçon! Méchant, colère, menteur, paresseux, entêté; enfin, tous les vices il les a.
Le Juge:—Ce n'est pas une raison pour le battre au point de gêner ses mouvements. Prenez garde, Madame Mac'Miche, on m'a déjà dit quelque chose là-dessus, et si les plaintes se renouvellent, je serai obligé d'y donner suite.»
Mme Mac'Miche était vexée; Charles triomphait: ses bons sentiments s'étaient déjà évanouis, et il forma l'horrible résolution d'agacer sa cousine pour la mettre hors d'elle, se faire battre encore, et, au moyen de Betty, aposter des témoins qui iraient porter plainte au juge.
«Je n'en serai pas plus malade, pensa-t-il, grâce aux visières de mon cousin défunt, et elle sera appelée devant le tribunal, qui la jugera et la condamnera. Si on pouvait la condamner à être fouettée à son tour, que je serais content, que je serais donc content!... Et Juliette! Que me dira-t-elle, que pensera-t-elle?... Ah bah! j'ai promis à Juliette de ne pas être insolent avec ma cousine, de ne pas lui résister, mais je n'ai pas promis de ne pas chercher à la corriger; puisque ma cousine trouve que me maltraiter c'est me corriger et me rendre meilleur, elle doit penser de même pour elle, qui est cent fois plus méchante que je ne le suis.»
V
DOCILITÉ MERVEILLEUSE DE CHARLES. LES VISIÈRES
Charles très content de son nouveau projet, sortit sans que sa cousine osât le rappeler en présence du juge; il descendit à la cuisine, fit part à Betty de ce qu'avait dit le juge de paix et de l'idée que lui-même avait conçue.
Betty-:—Non, Charlot, pas encore; attendons. Puisque les visières te garantiront des coups de ta cousine, tu ne pourras pas prouver que tu en portes les marques. Ils enverront un médecin pour t'examiner, et ce médecin ne trouvera rien; tu passeras pour un menteur, et ce sera encore elle qui triomphera. Attendons; je trouverai bien quelque chose pour te garantir quand les visières seront usées.»
Charles comprit la justesse du raisonnement de Betty, mais il ne renonça pas pour cela à la douce espérance de mettre sa cousine en colère sans en souffrir lui-même.
«Seulement, pensa-t-il, j'attendrai à demain, quand ma culotte sera doublée.»
Il alla, suivant son habitude, chez Juliette, qui l'accueillit comme toujours avec un doux et aimable sourire.
Juliette:—Eh bien, Charles, quelles nouvelles apportes-tu?
Charles:—De très bonnes. A peine rentré, ma cousine m'a battu avec une telle fureur, que j'en suis tout meurtri, et que Betty m'a mis un cataplasme de chandelle.
Juliette, interdite:—C'est cela que tu appelles de bonnes nouvelles? Pauvre Charles! Tu as donc résisté avec insolence, tu lui as dit des injures?
Charles:—Je n'ai rien dit, je n'ai pas bougé; je l'ai laissée faire; elle m'a donné deux coups de baguette, et, voyant que je ne résistais pas, puisque je te l'avais promis, elle m'a battu comme une enragée qu'elle est.
Juliette, les larmes aux yeux:—Mon pauvre Charles! Mais c'est affreux! Je suis désolée! Et tu as été en colère contre moi et mon conseil?
Charles:—Contre toi, jamais! Je savais que c'était pour mon bien que tu m'avais fait promettre ça... Mais contre elle, j'étais d'une colère! oh! d'une colère! Dans ma chambre, je me suis roulé, j'ai sangloté, crié; et puis j'ai été mieux, je me suis senti content de t'avoir obéi.
Juliette, attendrie:—Bon Charles! Comme tu serais bon si tu voulais!
Charles:—Ça viendra, ça viendra! Donne-moi le temps. Il faut que tu me permettes de corriger ma cousine.
Juliette:—Comment la corrigeras-tu? Cela me semble impossible!
Charles:—Non, non; laisse-moi faire; tu verras!
Juliette:—Que veux-tu faire, Charles? Quelque sottise, bien sûr!
Charles:—Du tout, du tout; tu verras, je te dis; tu verras!»
Charles ne voulut pas expliquer à Juliette quels seraient les moyens de correction qu'il emploierait; il lui promit seulement de continuer à être docile et poli; il fallut que Juliette se contentât de cette promesse. Charles resta encore quelques instants; il sortit au moment où Marianne. soeur de Juliette, rentrait de son travail.
Marianne avait vingt-cinq ans; elle remplaçait, près de sa soeur aveugle, les parents qu'elles avaient perdus. Leur mère était morte depuis cinq ans dans la maison qu'elles habitaient; leur fortune eût été plus que suffisante pour faire mener aux deux soeurs une existence agréable, mais leurs parents avaient laissé des dettes; il fallait des années de travail et de privations pour les acquitter sans rien vendre de leur propriété. Juliette n'avait que dix ans à l'époque de la mort de leur mère; Marianne prit la courageuse résolution de gagner, par son travail, sa vie et celle de sa soeur aveugle, jusqu'au jour où toutes leurs dettes seraient payées. Elle travaillait soit en journées, soit à la maison. Juliette, tout aveugle qu'elle était, contribuait un peu au bien-être de son petit ménage; elle tricotait vite et bien et ne manquait pas de commandes; chacun voulait avoir soit un jupon, soit une camisole, soit un châle ou des bas tricotés par la jeune aveugle. Tout le monde l'aimait dans ce petit bourg catholique; sa bonté, sa douceur, sa résignation, son humeur toujours égale, et par-dessus tout sa grande piété, lui donnaient une heureuse influence, non seulement sur les enfants, mais encore sur les parents. Mme Mac'Miche était la seule qui n'eût pas subi cette influence: elle ne voyait presque jamais Juliette, et n'y venait que pour lui dire des choses insolentes, ou tout au moins désagréables. Mme Mac'Miche aurait pu facilement venir en aide à ses cousines, mais elle n'en avait garde et réservait pour elle-même les dix mille francs de revenu qu'elle avait amassés et qu'elle augmentait tous les ans à force de privations qu'elle s'imposait et qu'elle imposait à Charles et à Betty. Nous verrons plus tard qu'elle avait une autre source de richesses que personne ne lui connaissait; elle le croyait du moins. Il y avait trois ans qu'elle avait Charles à sa charge. Betty était dans la maison depuis quelque temps; elle s'était attachée à Charles, qui lui avait, dès l'origine, témoigné une vive reconnaissance de la protection qu'elle lui accordait; elle eût quitté Mme Mac'Miche depuis longtemps sans ce lien de coeur qu'elle s'était créé.
Charles laissa donc Juliette avec sa coeur Marianne, et il courut à la maison pour s'y trouver à l'appel de sa vieille cousine.
«Il ne faut pas que je la mette en colère aujourd'hui, dit-il; demain, à la bonne heure!»
Charles rentra à temps, écrivit pour Mme Mac'Miche des lettres, qu'elle trouva mal écrites, pas lisibles.
Charles:—Voulez-vous que je les recopie, ma cousine?
Madame Mac'Miche, rudement:—Non, je ne veux pas. Pour gâcher du papier? Pour recommencer à écrire aussi mal et aussi salement? Toujours prêt à faire des dépenses inutiles! Il semblerait que Monsieur ait des rentes! Tu oublies donc que je te nourris par charité, que tu serais un mendiant des rues sans moi? Et au lieu de reconnaître mes bienfaits par une grande économie, tu pousses à la dépense, tu manges comme un loup, tu bois comme un puits, tu déchires tes habits; en un mot, tu es le fléau de ma maison.»
Charles bouillait; il avait sur la langue des paroles poliment insolentes, doucement contrariantes, enfin de quoi la mettre en rage.
«Oh! si j'avais mes visières!» se disait-il.
Mais comme il ne les avait pas encore, il avala son humiliation et sa colère, ne répondit pas et ne bougea pas.
Mme Mac'Miche recommença à s'étonner de la douceur de Charles.