Un bon petit diable Ch. 1/2 · 0%

Un bon petit diablePart 15 of 16

Comtesse de Ségur

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
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Lucy:—Je ne dis pas non; il peut être admirable de vertus et de qualités, mais je ne voudrais jamais accepter un mari pareil.

Monsieur Turnip:—Ah bien! tu es joliment difficile! Qu'as-tu à lui reprocher?

Lucy:—Cette petite aveugle qu'il promène, qu'il soigne, de laquelle il est constamment préoccupé, et qu'il voudra continuer à mener comme un vrai chien d'aveugle.

Monsieur Turnip:—Mais c'est très bien, ça; c'est elle qui l'a élevé; il est reconnaissant, ce garçon! Je n'y vois pas de mal, au contraire.

Lucy:—D'abord, elle ne peut pas l'avoir élevé, car elle a l'air beaucoup plus jeune que lui qui a vingt-trois ans; avec ça qu'elle est fort jolie et qu'elle est toujours occupée de lui.

Monsieur Turnip:—Occupée de lui! Je le crois bien; cette pauvre petite qui est aveugle: il faut qu'elle appelle sitôt qu'elle a besoin de quelque chose. Serais-tu jalouse d'une aveugle, par hasard?

Lucy, avec humeur:—D'abord, je ne suis pas jalouse, parce que cela m'est bien égal; mais si je voulais encourager le désir que vous m'avez exprimé de la part de Mlle Marianne et de M. Charles, j'exigerais avant. tout qu'on fît partir cette petite et qu'on ne la laissât jamais rentrer dans la maison. A cette condition, je consentirais à faire connaissance plus intime avec M. Charles, et peut-être l'accepterais-je pour mari.

Monsieur Turnip: Et tu feras bien! Tu as déjà vingt-six ans, sans qu'il y paraisse. Grande majorité, Lucy, grande majorité!

Lucy, fâchée:—Il est inutile de le crier sur les toits, mon père; vous parlez tout haut comme si nous habitions un désert.

Monsieur Turnip:—Voyons, voyons, ne te fâche pas; j'en parlerai demain à Mlle Marianne et à M. le juge de paix, et je te dirai ce qu'ils auront répondu.»

Lucy se rassura et reprit sa bonne humeur, ne doutant pas que Juliette ne lui fût sacrifiée.

Pendant ce temps Marianne interrogeait Charles.

«Eh bien, Charles, comment la trouves-tu?

—Très jolie, très gracieuse, répondit Charles sans hésiter.

Marianne:—Ah! enfin tu en trouves une à ton gré... Et le père? Charles:—Beaucoup; il a l'air d'un excellent homme!»

Marianne était radieuse.

Marianne:—Ce que tu me dis me fait grand plaisir, Charles;» pouvons donc espérer de te voir marié.

Charles:—Pas avec cette femme-là, toujours.

Marianne fait un bond:—Comment? Mais qu'est-ce que tu disais donc?

Charles, riant:—Quoi? Je disais qu'elle était jolie et gracieuse; cela veut-il dire que j'en ferais ma femme? Suis-je condamné à épouser toutes les femmes jolies et gracieuses?

Marianne:—Mon Dieu, mon Dieu, ce garçon me fera mourir de chagrin!... Mais, Charles, mon bon ami, écoute-moi! Tu as vingt-trois ans, moi, j'en ai trente-quatre; voici bientôt deux ans que M. le juge me demande en mariage, et que j'attends, pour lui fixer le jour, que toi-même tu te maries: je ne puis pourtant pas passer ma vie à attendre?»

Charles:—Mais, ma pauvre Marianne, pourquoi attendez-vous? Pourquoi faut-il que je me marie pour que vous vous marriez?

Marianne:—A cause de Juliette, tu vois bien. Elle ne veut te quitter ni pour or ni pour argent; tant que je suis chez toi, que Juliette y reste aussi, personne n'a rien à dire. Mais quand je serai partie, Juliette ne peut pas Rester seule avec toi; il faut que tu te maries pour la garder.

Charles, impatienté:—Elle ne sera pas seule; Betty et Donald vivent avec nous.

Marianne:—Mais c'est impossible! On en jasera.

Charles, irrité:—Eh bien! si l'on jase, je m'arrangerai pour faire taire les mauvaises langues.

Marianne, avec ironie:—Ce serait une jolie affaire! Rétablir une réputation à coups de fourche ou de bâton. Bien trouvé. Ça sent encore l'époque de la Mac'Miche!

Charles, avec colère:—Mac'Miche ou non, je ne permettrai à personne de dire ni de penser mal de Juliette.

Marianne:—Tu diras ce que tu voudras, tu feras comme tu voudras, tu es en âge de raison aussi bien que Juliette; mais moi, je suis lasse d'attendre, et je vous préviens tous les deux que d'ici à quinze jours je serai mariée avec M. le juge de paix.

—Charles, l'embrassant:—Je vous souhaite bien du bonheur, Marianne; vous avez été très bonne pour moi, et c'est ce que je n'oublierai jamais. Et toi, Juliette, tu ne dis rien à Marianne?

Juliette, s'essuyant les yeux:—Que veux-tu que je dise, Charles? Je suis désolée de causer de la peine à ma soeur, d'amener des discussions entre toi et elle; mais que puis-je faire? Aller demeurer chez le juge? Cela m'est impossible! Et où irais-je, si ce n'est chez toi?»

Marianne impatientée quitta la salle.

Charles, s'asseyant près de Juliette:—C'est bien mon avis aussi; tu vivras chez moi, ce qui veut dire chez toi, avec Betty qui t'aime, avec Donald qui t'aime, et si, comme dit Marianne, on trouve la chose mauvaise, alors... alors, Juliette, tu feras comme Marianne, tu te marieras.

Juliette:—Moi, me marier? Moi aveugle? Moi, à vingt-quatre ans, presque vingt-cinq?

Charles:—Tout cela n'empêche pas de se marier, Juliette.

Juliette:—Non, mais tout cela ne permet à aucun homme de me prendre pour sa femme.

Charles:—J'en sais un qui te connaît, qui t'aime, qui n'ose pas te demander, parce qu'il craint d'être repoussé, et qui verrait tous ses voeux comblés si tu l'acceptais.

Juliette:—Je n'en veux pas, Charles, je n'en veux pas. Je te supplie, je te conjure de ne plus m'en parler, ni de celui-ci ni d'aucun autre.

Charles:—Je ne t'en parlerai plus, à une seule condition: c'est que tu me diras avec confiance, avec amitié, pourquoi tu n'en veux pas.

«Juliette, hésitant:—Tu veux que je te le dise? Mais... je ne sais pourquoi, j'aimerais mieux ne pas te le dire.

Charles:—Non, Juliette, il faut que tu me le dises: c'est nécessaire, indispensable pour ma tranquillité, pour mon bonheur.

Juliette:—Alors, pour toi, pour ton bonheur, je te dirai le motif qui me rendrait tout mariage odieux. Je refuse l'homme dont tu me parles et tous les hommes qui pourraient vouloir de la pauvre aveugle, pour ne pas te quitter, pour vivre près de toi, pour n'aimer que toi.

Charles:—Et moi, ma Juliette, je refuse et je refuserai toute femme qui pourrait vouloir de moi, pour ne pas te quitter, pour vivre près de toi, pour n'aimer que toi.»

Juliette poussa un cri de joie et saisit les mains de Charles.

Charles: Écoute-moi encore, Juliette. Je n'ai pas, fini. Il y aura une modification nécessaire à notre vie; jusqu'ici tu as été mon amie, ma soeur; dorénavant il faut que tu sois mon amie... et ma femme.

Juliette:—Ta femme! ta femme! Mais, Charles, tu oublies que je suis aveugle, que j'ai deux ans de plus que toi!

Charles:—Que m'importe que tu sois aveugle; c'est ta cécité qui m'a d'abord attaché à toi; c'est elle qui m'a fait aimer de toi à cause des soins que je t'ai donnés! Et quant à tes deux années de plus que les miennes, qu'importe, si tu restes pour moi plus jeune et plus charmante que toutes les femmes qu'on m'a proposées; et puis, Marianne voulait me faire épouser cette petite de tout à l'heure! Elle a un an de plus que toi, Betty me l'a dit; elle en est certaine... Tes objections sont levées, ma Juliette; maintenant décide de mon sort, de notre vie.»

Au lieu de répondre, Juliette tendit ses deux mains à Charles, qui les baisa avec émotion. Ils gardèrent quelque temps le silence.

«Qui aurait pu deviner un pareil dénouement dit enfin Charles, quand je faisais cinquante sottises, quand tu me grondais, quand je n'étais devant toi qu'un pauvre petit garçon? Qui aurait pu deviner que ce petit diable serait aimé de toi, serait ton ami, ton mari?

Juliette, riant:—Et qui aurait pu deviner que ce petit diable deviendrait le plus sage, le plus excellent, le plus dévoué des hommes; qu'il saurait dominer l'impétuosité de son caractère pour se faire l'esclave de la pauvre aveugle, et qu'il lui donnerait le bonheur auquel elle ne pouvait prétendre, celui d'être aimée pour elle-même, et d'unir sa vie à celui qu'elle aime par dessus tout, après Dieu.»

Ils causèrent longtemps encore; et quand Marianne rentra, elle les trouva comme elle les avait quittés, causant gaiement... de leur avenir qu'elle ignorait. Ils étaient convenus de ne rien dire à Marianne; tous deux étaient libres de leurs actions; Juliette avait déjà souffert du refroidissement de sa soeur à son égard, depuis qu'elle avait refusé de la suivre chez le juge: elle avait ainsi retardé ce mariage que Marianne désirait vivement; elle craignait que sa soeur ne fît naître des difficultés pour le sien, qu'elle ne blâmât Charles d'épouser une aveugle, une femme plus âgée que lui. Charles partageait les défiances de Juliette, et ils résolurent de ne faire connaître leur mariage que lorsque celui de Marianne serait accompli. Ils ne lui parlèrent donc pas de ce qu'ils venaient de décider.

Marianne:—Pourquoi te couches-tu si tard, Juliette? Il va être dix heures! C'est ridicule!

Charles:—En quoi, ridicule? Nous ne gênons personne. Vous n'étiez pas encore rentrée, et Betty et Donald sont couchés depuis longtemps.»

Marianne les regarda avec indignation et se retira chez elle.

Juliette, se levant:—Marianne a raison; il est tard. Je dois aussi me coucher, Charles. Ramène-moi dans ma chambre; Marianne m'a oubliée. A demain, mon ami.

Charles:—Il n'y a pas de danger que je t'oublie, moi, ma Juliette. A demain. Te voici chez toi.»

Charles la quitta; ni lui ni Juliette n'oublièrent, avant de se coucher, de rendre grâces à Dieu de l'avenir si plein de calme et de bonheur qu'il leur avait enfin assuré.

XXII

MARIANNE SE MARIE. TOUT LE MONDE SE MARIE

Le lendemain, Marianne reçut de bonne heure, pendant que Charles et Juliette étaient à la messe, la visite du juge accompagné de M. Turnip. La visite fut longue, la conversation animée. Ils se séparèrent gaiement; mais, après le départ du juge et de M. Turnip, Marianne resta soucieuse et pensive. Quand Charles et Juliette rentrèrent, ils la trouvèrent le coude appuyé sur la table devant laquelle elle était assise, et la main soutenant son front brûlant. Ils lui dirent bonjour en l'embrassant.

«Charles, dit-elle avec embarras, j'ai à te parler sérieusement, ainsi qu'à toi, Juliette. Je viens de voir M. Turnip.»

Charles fit un mouvement d'impatience.

«Écoute-moi, je te le demande instamment. Il m'a dit que tu avais produit l'impression la plus favorable sur sa fille et sur lui-même; seulement, Lucy a une très grande vivacité de sentiment, et, par conséquent, elle serait disposée à la jalousie.

—Ah! ah! dit Charles en souriant.

—Elle craindrait que..., que Juliette... ne te prît trop de temps. . Que ces habitudes... de soins, d'affection... ne..., je ne sais comment t'expliquer...

Charles:—Ne cherchez pas, ma bonne Marianne; je vais finir votre phrase. Ne la fissent enrager, et alors elle demande que je chasse Juliette, et que je rompe ainsi mes vieilles relations d'amitié.

Marianne, indignée:—Comme tu dis ça, Charles! Brutalement, grossièrement!

Charles:—N'est-ce pas comme je vous le dis? Ne vous a-t-on pas parlé de me séparer de Juliette?

Marianne:—Séparer, oui; mais pas chasser, comme tu le dis.

Charles, vivement:—- Séparer ou chasser est tout un. Vous connaissez ma vive affection pour Juliette; vous devinez ma répulsion pour ces gens qui osent me faire une proposition pareille, et je n'ai pas besoin de vous dicter ma réponse. Faites-la vous-même; venant de moi, elle serait blessante, car je ne pourrais dissimuler mon indignation et mon mépris. Et, à présent, parlons d'autres choses. A quand votre mariage? Avez-vous arrangé vos affaires avec le juge?

Marianne, embarrassée:—Mais non, M. Turnip était là; nous étions seulement convenus que Juliette se transporterait là-bas avec moi, et qu'on la mettrait dans la chambre de Sidonie, la fille du juge, pour avoir quelqu'un près d'elle.

Charles, avec ironie:—Arrangement excellent pour tout le monde, excepté pour la pauvre Juliette.

Marianne:—Juliette eût été très bien là-bas. N'est-ce pas, Juliette?

Juliette:—Je ne serai bien nulle part hors d'ici.

Marianne:—Je ne te connais plus, Juliette; tu deviens sotte et égoïste.

Juliette rougit; les larmes lui vinrent aux yeux. Charles se leva avec violence, et s'adressant à Marianne:

«Ne répétez jamais la calomnie que vous venez d'inventer! Je ne veux pas qu'on insulte Juliette! Trop douce et trop dévouée pour se défendre, elle est sous ma protection, ma protection exclusive; elle est maîtresse de ses actions, et personne n'a droit sur elle.

Marianne, avec ironie:—Elle est assez âgée pour cela! Je le sais bien.

Charles, irrité:—Pas si âgée que la fille sans coeur que vous voudriez me faire épouser.»

Marianne fait un mouvement de surprise.

«Pensez-vous que j'ignore qu'elle a vingt-six ans? Je le savais avant que vous me l'eussiez nommée.

Marianne, fâchée:—Je ne cherche plus à te la faire épouser! Je ne te ferai plus épouser personne! Tu vivras et tu mourras garçon; tant pis pour toi. Quand tu seras vieux, tu viendras chercher chez moi un refuge contre l'ennui.

Charles, adouci et souriant: Je ne redoute pas l'ennui, Marianne; je serai comme vous, en famille; j'aurai une femme et des enfants qui me feront la vie heureuse que je cherche.

Marianne, étonnée:—Tu veux donc te marier, à présent?

Charles:—Certainement, plus que jamais.

Marianne:—Je n'y comprends rien; avec qui donc?

Charles:—Vous le saurez quand nos bans seront publiés, dans quinze jours.

Marianne:—Et Juliette le sait? Elle connaît ta future? Elle est contente? Elle restera chez toi?

Charles:—Parfaitement, elle la connaît, elle est très contente, elle ne me quittera qu'à la mort.

Marianne:—C'est-il vrai, Juliette? Tu es réellement satisfaite? Tu vivras avec Charles et sa femme?

Juliette:—C'est très vrai, Marianne; je suis heureuse comme je ne l'ai jamais été; et je resterai chez Charles tant que le bon Dieu le permettra.»

Marianne restait ébahie, Juliette souriait, Charles riait et ne pouvait tenir en place.

Marianne:—C'est incroyable! Impossible de deviner.. . Et tu te maries bientôt?

Charles:—Huit jours après vous, pour régulariser la position de Juliette, d'après vos observations...

Marianne:—Ah! Tu as donc reconnu que j'avais raison?

Charles:—Oui! Vous aviez raison, et j'ai immédiatement tout arrangé.

C'est pourquoi vous nous avez trouvés, hier soir, Juliette et moi, causant encore quand vous êtes rentrée.

Marianne:—Mais tu ne sors jamais! Quand vois-tu ta future?

Charles:—Je sors tous les jours au moins deux fois, et longtemps.

Marianne:—Oui, mais pas seul; avec Juliette!

Charles:—Puisque Juliette est dans le secret, je n'ai pas besoin de me cacher d'elle.

Marianne:—C'est étonnant!... J'ai beau chercher... Betty le sait-elle?

Charles:—Elle n'en sait pas un mot; je ne lui en ai jamais parlé; vous n'aurez rien à apprendre de ce côté.

Marianne:—Je suis bien aise que tu te maries! Mais tu te maries drôlement. Je n'ai jamais entendu parler d'un mariage mené et décidé de cette façon... Et la future restant à l'état d'invisible!... C'est drôle tout cela. M'autorises-tu à en parler au juge?

Charles:—A lui, oui, mais pas à d'autres.

Marianne:—Puis-je parler de sa fortune? Qu'est-ce qu'elle a?

Charles:—Cinquante mille francs.»

Juliette fit un mouvement de surprise, qu'aperçut Marianne.

Marianne, de plus en plus étonnée:—Belle dot, cinquante mille francs!

Tu ne le savais donc pas, Juliette, que tu as l'air si étonné?

Juliette:—Non, je croyais qu'elle avait peu de chose, presque rien.

Marianne:—Je n'en reviens pas. Le juge va peut-être m'aider à deviner.

Au revoir, Charles; je vais porter ta réponse définitive pour Mlle Turnip.» Marianne sortit.

«Charles, dit Juliette, pourquoi as-tu annoncé cinquante mille francs? Tu sais que je n'ai plus rien depuis que j'ai abandonné à Marianne, il y a un an et d'après ton conseil, ma part de l'héritage de nos parents.

Charles:—Et crois-tu, chère Juliette, que je t'aurais poussée à te dépouiller du peu que tu possédais, si je n'avais eu la volonté de t'en dédommager largement? J'ai profité de la procuration que tu m'as donnée à cette occasion pour placer en ton nom cinquante mille francs pris sur la fortune trop considérable que je possède. Tu vois donc que tu as cinquante mille francs.

Juliette:—Mon bon Charles, comme tout ce que tu fais pour moi est généreux, affectueux et fait avec délicatesse! Tu ne m'en avais seulement pas informée.»

Juliette chercha la main que lui tendit Charles et la pressa sur son coeur.

«Tu es là, Charles, dans ce coeur dont tu ne sortiras jamais, et dans lequel se conserve le souvenir de tout ce que tu as fait pour moi depuis que je te connais.

Charles:—Le beau mérite de témoigner son affection à ceux qu'on aime!»

Juliette serra encore la main de Charles et la laissa aller pour reprendre son tricot, pendant que Charles lui ferait la lecture.

Quand Marianne rentra, elle leur dit que le juge était aussi surpris qu'elle l'avait été elle-même, et que lui non plus n'avait pu trouver le nom de la femme que Charles s'était choisie; les cinquante mille francs le déroutaient complètement.

«Je vous annonce mon mariage pour lundi prochain, dans dix jours, ajouta-t-elle.

Charles:—Et le lendemain, le mien sera affiché.

Marianne:—Nous apprendrons alors ce que tu ne veux pas nous dire.»

La journée se passa gaiement et dans les occupations accoutumées. Le soir, le juge vint faire sa visite, et, malgré ses efforts réunis à ceux de Marianne, il ne put rien tirer de Charles ni de Juliette. Il raconta que M. Turnip était furieux, mais plus contre sa fille qui avait exigé cette sotte condition du renvoi de Juliette, que contre Charles, qui disait-il, ne pouvait honorablement y consentir.