Pêcheur d'IslandePart 14 of 19
French original · English translation
The translation continues with Premium.
- The meaning of every phrase
- Notes on idioms and grammar
- Every book in the catalog
Chapitre XV
A Paimpol, il y a une grosse femme appelée madame Tressoleur; dans une des rues qui mènent au port, elle tient un cabaret fameux parmi les Islandais, où des capitaines et des armateurs viennent enrôler des matelots, faire leur choix parmi les plus forts, en buvant avec eux.
Autrefois belle, encore galante avec les pêcheurs, elle a des moustaches à présent, une carrure d’homme et la réplique hardie. Un air de cantinière, sous une grande coiffure blanche de nonnain; en elle, un je ne sais quoi de religieux, qui persiste quand même parce qu’elle est Bretonne. Dans sa tête, les noms de tous les marins du pays tiennent comme sur un registre; elle connaît les bons, les mauvais, sait au plus juste ce qu’ils gagnent et ce qu’ils valent.
Un jour de janvier, Gaud, ayant été mandée pour lui faire une robe, vint travailler là, dans une chambre, derrière la salle aux buveurs...
Chez cette dame Tressoleur, on entre par une porte aux massifs piliers de granit, qui est en retrait sous le premier étage de la maison, à la mode ancienne; quand on l’ouvre, il y a presque toujours quelque rafale engouffrée dans la rue, qui la pousse, et les arrivants font des entrées brusques, comme lancés par une lame de houle. La salle est basse et profonde, passée à la chaux blanche et ornée de cadres dorés où se voient des navires, des abordages, des naufrages. Dans un angle, une Vierge en faïence est posée sur une console, entre des bouquets artificiels.
Ces vieux murs ont entendu vibrer bien des chants puissants de matelots, ont vu s’épanouir bien des gaîtés lourdes et sauvages, — depuis les temps reculés de Paimpol, en passant par l’époque agitée des corsaires, jusqu’à ces Islandais de nos jours très peu différents de leurs ancêtres. Et bien des existences d’hommes ont été jouées, engagées là, entre deux ivresses, sur ces tables de chêne.
Gaud, tout en cousant cette robe, avait l’oreille à une conversation sur les choses d’Islande, qui se tenait derrière la cloison entre madame Tressoleur et deux retraités assis à boire.
Ils discutaient, les vieux, au sujet de certain beau bateau tout neuf, qu’on était en train de gréer dans le port: jamais elle ne serait parée, cette Léopoldine, à faire la campagne prochaine.
— Eh! mais si, ripostait l’hôtesse, bien sûr qu’elle sera parée! — Puisque je vous dis, moi, qu’elle a pris équipage hier: tous ceux de l’ancienne Marie, de Guermeur, qu’on va vendre pour la démolir; cinq jeunes personnes, qui sont venues s’engager là, devant moi; - à cette table, — signer avec ma plume, — ainsi! — Et des bel’hommes, je vous jure: Laumec, Tugdual Caroff, Yvon Duff, le fils Keraez, de Tréguier; — et le grand Yann Gaos, de Pors-Even, qui en vaut bien trois!
La Léopoldine!... Le nom, à peine entendu, de ce bateau qui allait emporter Yann, s’était fixé d’un seul coup dans la mémoire de Gaud, comme si on l’y eût martelé pour le rendre plus ineffaçable.
Le soir, revenu à Ploubazlanec, installée à finir son ouvrage à la lumière de sa petite lampe, elle retrouvait dans sa tête ce mot-là toujours, dont la seule consonance l’impressionnait comme une chose triste. Les noms des personnes et ceux des navires ont une physionomie par eux-mêmes, presque un sens. Et ce Léopoldine, mot nouveau, inusité, la poursuivait avec une persistance qui n’était pas naturelle, devenait une sorte d’obsession sinistre. Non, elle s’était attendue à voir Yann repartir encore sur la Marie qu’elle avait visitée jadis, qu’elle connaissait, et dont la Vierge avait protégé pendant de longues années les dangereux voyages; et voici que ce changement, cette Léopoldine, augmentait son angoisse.
Mais, bientôt, elle en vint à se dire que pourtant cela ne la regardait plus, que rien de ce qui le concernait, lui, ne devait plus la toucher jamais. Et, en effet, qu’est-ce que cela pouvait lui faire, qu’il fût ici ou ailleurs, sur un navire ou sur un autre, parti ou de retour?... Se sentirait-elle plus malheureuse, ou moins, quand il serait en Islande; lorsque l’été serait revenu, tiède, sur les chaumières désertées, sur les femmes solitaires et inquiètes; — ou bien quand un nouvel automne commencerait encore, ramenant une fois de plus les pêcheurs?... Tout cela pour elle était indifférent, semblable, également sans joie et sans espoir. Il n’y avait plus aucun lien entre eux deux, aucun motif de rapprochement, puisque même il oubliait le pauvre petit Sylvestre; — donc il fallait bien comprendre que c’en était fait pour toujours de ce seul rêve, de ce seul désir de sa vie; elle devait se détacher de Yann, de toutes les choses qui avaient trait à son existence, même de ce nom d’Islande qui vibrait encore avec un charme si douloureux à cause de lui; chasser absolument ces pensées, tout balayer; se dire que c’était fini, fini à jamais...
Avec douceur elle regarda cette pauvre vieille femme endormie, qui avait encore besoin d’elle, mais qui ne tarderait pas à mourir. Et alors, après, à quoi bon vivre, à quoi bon travailler, et pour quoi faire?...
Le vent d’ouest s’était encore levé dehors; les gouttières du toit avaient recommencé, sur ce grand gémissement lointain, leur bruit tranquille et léger de grelot de poupée. Et ses larmes aussi se mirent à couler, larmes d’orpheline et d’abandonnée, passant sur ses lèvres avec un petit goût amer, descendant silencieusement sur son ouvrage, comme ces pluies d’été qu’aucune brise n’amène, et qui tombent tout à coup, pressées et pesantes, de nuages trop remplis; alors n’y voyant plus, se sentant brisée, prise de vertige devant le vide de sa vie, elle replia le corsage ample de cette dame Tressoleur et essaya de se coucher.
Dans son pauvre beau lit de demoiselle, elle frissonna en s’étendant: il devenait chaque jour plus humide et plus froid, — ainsi que toutes les choses de cette chaumière. - Cependant, comme elle était très jeune, tout en continuant de pleurer, elle finit par se réchauffer et s’endormir.
Chapitre XVI
Des semaines sombres avaient passé encore, et on était déjà aux premiers jours de février, par un assez beau temps doux.
Yann sortait de chez l’armateur, venant de toucher sa part de pêche du dernier été, quinze cents francs, qu’il emportait pour les remettre à sa mère, suivant la coutume de famille. L’année avait été bonne, et il s’en retournait content.
Près de Ploubazlanec, il vit un rassemblement au bord de la route : une vieille, qui gesticulait avec son bâton, et autour d’elle des gamins ameutés qui riaient... La grand’mère Moan!... La bonne grand’mère que Sylvestre adorait, toute traînée et déchirée, devenue maintenant une de ces vieilles pauvresses imbéciles qui font des attroupements sur les chemins!... Cela lui causa une peine affreuse.
Ces gamins de Ploubazlanec lui avaient tué son chat, et elle les menaçait de son bâton, très en colère et en désespoir:
— Ah! s’il avait été ici, lui, mon pauvre garçon, vous n’auriez pas osé, bien sûr, mes vilains drôles!...
Elle était tombée, parait-il, en courant après eux pour les battre; sa coiffe était de côté, sa robe pleine de boue, et ils disaient encore qu’elle était grise (comme cela arrive bien en Bretagne à quelques pauvres vieux qui ont eu des malheurs).
Yann savait, lui, que ce n’était pas vrai, et qu’elle était une vieille respectable ne buvant jamais que de l’eau.
— Vous n’avez pas honte? dit-il aux gamins, très en colère lui aussi, avec sa voix et son ton qui imposaient.
Et, en un clin d’oeil, tous les petits se sauvèrent, penauds et confus, devant le grand Gaos.
Gaud, qui justement revenait de Paimpol, rapportant de l’ouvrage pour la veillée, avait aperçu cela de loin, reconnu sa grand’mère dans ce groupe. Effrayée, elle arriva en courant pour savoir ce que c’était, ce qu’elle avait eu, ce qu’on avait pu lui faire, - et comprit, voyant leur chat qu’on avait tué.
Elle leva ses yeux francs vers Yann, qui ne détourna pas les siens; ils ne songeaient plus à se fuir cette fois; devenus seulement très roses tous deux, lui aussi vite qu’elle, d’une même montée de sang à leurs joues, ils se regardaient, avec un peu d’effarement de se trouver si près; mais sans haine, presque avec douceur, réunis qu’ils étaient dans une commune pensée de pitié et de protection.
Il y avait longtemps que les enfants de l’école lui en voulaient, à ce pauvre matou défunt, parce qu’il avait la figure noire, un air de diable; mais c’était un très bon chat, et, quand on le regardait de près, on lui trouvait au contraire la mine tranquille et câline. Ils l’avaient tué avec des cailloux et son oeil pendait. La pauvre vieille, en marmottant toujours des menaces, s’en allait tout émue, toute branlante, emportant par la queue, comme un lapin, ce chat mort.
— Ah! mon pauvre garçon, mon pauvre garçon... s’il était encore de ce monde on n’aurait pas osé me faire ça, non, bien sûr!...
Il lui était sorti des espèces de larmes qui coulaient dans ses rides; et ses mains, à grosses veines bleues, tremblaient.
Gaud l’avait recoiffée au milieu, tâchait de la consoler avec des paroles douces de petite fille. Et Yann s’indignait; si c’était possible, que des enfants fussent si méchants! Faire une chose pareille à une pauvre vieille femme! Les larmes lui en venaient presque, à lui aussi. — Non point pour ce matou, il va sans dire: les jeunes hommes, rudes comme lui, s’ils aiment bien à jouer avec les bêtes, n’ont guère de sensiblerie pour elles; mais son coeur se fendait, à marcher là derrière cette grand’mère en enfance, emportant son pauvre chat par la queue. Il pensait à Sylvestre, qui l’avait tant aimée; au chagrin horrible qu’il aurait eu, si on lui avait prédit qu’elle finirait ainsi, en dérision et en misère.
Et Gaud s’excusait, comme étant chargée de sa tenue:
— C’est qu’elle sera tombée, pour être si sale, disait-elle tout bas; sa robe n’est plus bien neuve, c’est vrai, car nous ne sommes pas riches, monsieur Yann; mais je l’avais encore raccommodée hier, et ce matin quand je suis partie, je suis sûre qu’elle était propre et en ordre.
Il la regarda alors longuement, beaucoup plus touché peut-être par cette petite explication toute simple qu’il ne l’eût été par d’habiles phrases, des reproches et des pleurs. Ils continuaient de marcher l’un près de l’autre, se rapprochant de la chaumière des Moan. — Pour jolie, elle l’avait toujours été comme personne, il le savait fort bien, mais il lui parut qu’elle l’était encore davantage depuis sa pauvreté et son deuil. Son air était devenu plus sérieux, ses yeux gris de lin avaient l’expression plus réservée et semblaient malgré cela vous pénétrer plus avant, jusqu’au fond de l’âme. Sa taille aussi avait achevé de se former. Vingt-trois ans bientôt; elle était dans tout son épanouissement de beauté.
Et puis elle avait à présent la tenue d’une fille de pêcheur, sa robe noire sans ornements et une coiffe tout unie; son air de demoiselle, on ne savait plus bien d’où il lui venait; c’était quelque chose de caché en elle-même et d’involontaire dont on ne pouvait plus lui faire reproche; peut-être seulement son corsage, un peu plus ajusté que celui des autres, par habitude d’autrefois, dessinant mieux sa poitrine ronde et le haut de ses bras... Mais non, cela résidait plutôt dans sa voix tranquille et dans son regard.
Chapitre XVII
Décidément il les accompagnait, — jusque chez elles sans doute.
Ils s’en allaient tous trois, comme pour l’enterrement de ce chat, et cela devenait presque un peu drôle, maintenant, de les voir ainsi passer en cortège; il y avait sur les portes des bonnes gens qui souriaient. La vieille Yvonne au milieu, portant la bête; Gaud à sa droite, troublée et toujours très rose; le grand Yann à sa gauche, tête haute, et pensif.
Cependant la pauvre vieille s’était presque subitement apaisée en route; d’elle-même, elle s’était recoiffée et, sans plus rien dire, elle commençait à les observer alternativement l’un et l’autre, du coin de son oeil qui était redevenu clair.
Gaud ne parlait pas de peur de donner à Yann une occasion de prendre congé; elle eût voulu rester sur ce bon regard doux qu’elle avait reçu de lui, marcher les yeux fermés pour ne plus voir rien autre chose, marcher ainsi bien longtemps à ses côtés dans un rêve qu’elle faisait, au lieu d’arriver si vite à leur logis vide et sombre où tout allait s’évanouir.
A la porte, il y eut une de ces minutes d’indécision pendant lesquelles il semble que le coeur cesse de battre. La grand’mère entra sans se retourner; puis Gaud, hésitante, et Yann, par derrière, entra aussi...
Il était chez elle, pour la première fois de sa vie; sans but, probablement; qu’est-ce qu’il pouvait vouloir?... En passant le seuil, il avait touché son chapeau, et puis, ses yeux ayant rencontré d’abord le portrait de Sylvestre dans sa petite couronne mortuaire en perles noires, il s’en était approché lentement comme d’une tombe.
Gaud était restée debout, appuyée des mains à leur table. Il regardait maintenant tout autour de lui, et elle le suivait dans cette sorte de revue silencieuse qu’il passait de leur pauvreté. Bien pauvre, en effet, malgré son air rangé et honnête, le logis de ces deux abandonnées qui s’étaient réunies. Peut-être, au moins, éprouverait-il pour elle un peu de bonne pitié, en la voyant redescendue à cette même misère, à ce granit fruste et à ce chaume. Il n’y avait plus de la richesse passée, que le lit blanc, le beau lit de demoiselle, et involontairement les yeux de Yann revenaient là...
Il ne disait rien... Pourquoi ne s’en allait-il pas?... La vieille grand’mère, qui était encore si fine à ses moments lucides, faisait semblant de ne pas prendre garde à lui. Donc ils restaient debout devant l’un l’autre, muets et anxieux, finissant par se regarder comme pour quelque interrogation suprême.
Mais les instants passaient et, à chaque seconde écoulée, le silence semblait entre eux se figer davantage. Et ils se regardaient toujours plus profondément, comme dans l’attente solennelle de quelque chose d’inouï qui tardait à venir.
— Gaud, demanda-t-il à demi-voix grave, si vous voulez toujours...
Qu’allait-il dire?... On devinait quelque grande décision, brusque comme étaient les siennes, prise là tout à coup, et osant à peine être formulée...
— Si vous voulez toujours... La pêche s’est bien vendue cette année, et j’ai un peu d’argent devant moi...
Si elle voulait toujours!... Que lui demandait-il? avait-elle bien entendu? Elle était anéantie devant l’immensité de ce qu’elle croyait comprendre.
Et la vieille Yvonne, de son coin là-bas, dressait l’oreille, sentant du bonheur approcher...
— Nous pourrions faire notre mariage, mademoiselle Gaud, si vous vouliez toujours...
... Et puis il attendit sa réponse, qui ne vint pas... Qui donc pouvait l’empêcher de prononcer ce oui? Il s’étonnait, il avait peur, et elle s’en apercevait bien. Appuyée des deux mains à la table, devenue tout blanche, avec des yeux qui se voilaient, elle était sans voix, ressemblait à une mourante très jolie...
— Eh bien, Gaud, répondis donc! dit la vieille grand’mère qui s’était levée pour venir à eux. Voyez-vous, ça la surprend, monsieur Yann; il faut l’excuser; elle va réfléchir et vous répondre tout à l’heure... Asseyez-vous, monsieur Yann, et prenez un verre de cidre avec nous...
Mais non, elle ne pouvait pas répondre, Gaud; aucun mot ne lui venait plus, dans son extase... C’était donc vrai qu’il était bon, qu’il avait du coeur. Elle le retrouvait là, son vrai Yann, tel qu’elle n’avait jamais cessé de le voir en elle-même, malgré sa dureté, malgré son refus sauvage, malgré tout. Il l’avait dédaignée longtemps, il l’acceptait aujourd’hui, - et aujourd’hui qu’elle était pauvre; c’était son idée à lui sans doute, il avait eu quelque motif qu’elle saurait plus tard; en ce moment, elle ne songeait pas du tout à lui en demander compte, non plus qu’à lui reprocher son chagrin de deux années... Tout cela, d’ailleurs, était si oublié, tout cela venait d’être emporté si loin, en une seconde, par le tourbillon délicieux qui passait sur sa vie!...
Toujours muette, elle lui disait son adoration rien qu’avec les yeux, tout noyés, qui le regardaient à une extrême profondeur, tandis qu’une grosse pluie de larmes commençait à descendre le long de ses joues...
— Allons, Dieu vous bénisse! mes enfants, dit la grand’mère Moan. Et moi, je lui dois un grand merci, car je suis encore contente d’être devenue si vieille, pour avoir vu ça avant de mourir.
Ils restaient toujours là, l’un devant l’autre, se tenant les mains et ne trouvant pas de mots pour se parler; ne connaissant aucune parole qui fût assez douce, aucune phrase ayant le sens qu’il fallait, aucune qui leur semblât digne de rompre leur délicieux silence.
— Embrassez-vous, au moins, mes enfants... Mais c’est qu’ils ne se disent rien!... Ah! mon Dieu, les drôles de petits enfants que j’ai là par exemple!... Allons, Gaud, dis-lui donc quelque chose, ma fille... De mon temps à moi, me semble qu’on s’embrassait, quand on s’était promis...
Yann ôta son chapeau, comme saisi tout à coup d’un grand respect inconnu, avant de se pencher pour embrasser Gaud, — et il lui sembla que c’était le premier vrai baiser qu’il eût jamais donné de sa vie.
Elle aussi l’embrassa, appuyant de tout son coeur ses lèvres fraîches, inhabiles aux raffinements des caresses, sur cette joue de son fiancé que la mer avait dorée. Dans les pierres du mur, le grillon leur chantait le bonheur; il tombait juste, cette fois, par hasard. Et le pauvre petit portrait de Sylvestre avait un air de leur sourire, du milieu de sa couronne noire. Et tout paraissait s’être subitement vivifié et rajeuni dans la chaumière morte. Le silence s’était rempli de musiques inouïes; même le crépuscule pâle d’hiver, qui entrait par la lucarne, était devenu comme une belle lueur enchantée...
— Alors, c’est au retour d’Islande que vous allez faire ça, mes bons enfants?
Gaud baissa la tête. L’Islande, la Léopoldine, - c’est vrai, elle avait déjà oublié ces épouvante dressées sur la route. — Au retour d’Islande!... comme se serait long, encore tout cet été d’attente craintive. Et Yann, battant le sol du bout de son pied, à petits coups rapides, devenu for pressé lui aussi, comptait en lui-même très vite, pour voir si, en se dépêchant bien, on n’aurait pas le temps de se marier avant ce départ: tant de jours pour réunir les papiers, tant de jours pour publier les bans à l’église; oui, cela ne mènerait jamais qu’au 20 ou 25 du mois pour les noces, et, si rien n’entravait, on aurait donc encore une grande semaine à rester ensemble après.
— Je m’en vais toujours commencer par prévenir notre père, dit-il, avec autant de hâte que si les minutes mêmes de leur vie étaient maintenant mesurées et précieuses...