Michel Strogoff Ch. 1/4 · 0%

Michel StrogoffPart 12 of 34

Jules Verne

French original · English translation

The translation continues with Premium.

  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
  • Every book in the catalog

Aux premières lueurs de, l'aube, le tarentass avait rejoint la télègue, qui était consciencieusement embourbée jusqu'au moyeu de ses roues. On comprenait parfaitement qu'un vigoureux coup de collier de son attelage eût opéré la séparation des deux trains.

Un des chevaux de flanc du tarentass fut attelé à l'aide de cordes à la caisse de la télègue. Les deux journalistes reprirent place sur le banc de leur singulier équipage, et les voitures se mirent aussitôt en mouvement. Du reste, elles n'avaient plus qu'à descendre les pentes de l'Oural,—ce qui n'offrait aucune difficulté.

Six heures après, les deux véhicules, l'un suivant l'autre, arrivaient à Ekaterinbourg, sans qu'aucun incident fâcheux eût marqué la seconde partie de leur voyage.

Le premier individu que les journalistes aperçurent sur la porte de la maison de poste, ce fut leur iemschik, qui semblait les attendre.

Ce digne Russe avait vraiment une bonne figure, et, sans plus d'embarras, l'œil souriant, il s'avança vers ses voyageurs, et, leur tendant la main, il réclama son pourboire.

La vérité oblige à dire que la fureur d'Harry Blount éclata avec une violence toute britannique, et si l'iemschik ne se fût prudemment reculé, un coup de poing, porté suivant toutes les règles de la boxe, lui eût payé son «na vodkou» en pleine figure.

Alcide Jolivet, lui, voyant cette colère, riait à se tordre, et comme il n'avait jamais ri peut-être.

«Mais il a raison, ce pauvre diable! s'écriait-il. Il est dans son droit, mon cher confrère! Ce n'est pas sa faute si nous n'avons pas trouvé le moyen de le suivre!».

Et tirant quelques kopeks de sa poche:

«Tiens, l'ami, dit-il en les remettant à l'iemschik, empoche! Si tu ne les as pas gagnés, ce n'est pas ta faute!»

Ceci redoubla l'irritation d'Harry Blount, qui voulait s'en prendre au maître de poste et lui faire un procès.

«Un procès, en Russie! s'écria Alcide Jolivet. Mais si les choses n'ont pas changé, confrère, vous n'en verriez pas la fin! Vous ne savez donc pas l'histoire de cette nourrice russe qui réclamait douze mois d'allaitement à la famille de son nourrisson?

—Je ne la sais pas, répondit Harry Blount.

—Alors, vous ne savez pas non plus ce qu'était devenu ce nourrisson, quand fut rendu le jugement qui lui donnait gain de cause?

—Et qu'était-il, s'il vous plaît?

—Colonel des hussards de la garde!»

Et, sur cette réponse, tous d'éclater de rire.

Quant à Alcide Jolivet, enchanté de sa repartie, il tira son carnet de sa poche et y inscrivit en souriant cette note, destinée à figurer au dictionnaire moscovite:

«Télègue, voiture russe à quatre roues, quand elle part,—et à deux roues, quand elle arrive!»

CHAPITRE XII UNE PROVOCATION.

Ekaterinbourg, géographiquement, est une ville d'Asie, car elle est située au delà des monts Ourals, sur les dernières pentes orientales de la chaîne. Néanmoins, elle dépend du gouvernement de Perm, et, par conséquent, elle est comprise dans une des grandes divisions de la Russie d'Europe. Cet empiétement administratif doit avoir sa raison d'être. C'est comme un morceau de la Sibérie qui reste entre les mâchoires russes.

Ni Michel Strogoff ni les deux correspondants ne pouvaient être embarrassés de trouver des moyens de locomotion dans une ville aussi considérable, fondée depuis 1723. A Ekaterinbourg, s'élève le premier Hôtel des monnaies de tout l'empire; là est concentrée la direction générale des mines. Cette ville est donc un centre industriel important, dans un pays où abondent les usines métallurgiques et autres exploitations où se lavent le platine et l'or.

A cette époque, la population d'Ekaterinbourg s'était fort accrue. Russes ou Sibériens, menacés par l'invasion tartare, y avaient afflué, après avoir fui les provinces déjà envahies par les hordes de Féofar-Khan, et principalement le pays kirghis, qui s'étend dans le sud-ouest de l'Irtyche jusqu'aux frontières du Turkestan.

Si donc les moyens de locomotion avaient dû être rares pour atteindre Ekaterinbourg, ils abondaient, au contraire, pour quitter cette ville. Dans les conjonctures actuelles, les voyageurs se souciaient peu, en effet, de s'aventurer sur les routes sibériennes.

De ce concours de circonstances, il résulta qu'Harry Blount et Alcide Jolivet trouvèrent facilement à remplacer par une télègue complète la fameuse demi-télègue qui les avait transportés tant bien que mal à Ekaterinbourg. Quant à Michel Strogoff, le tarentass lui appartenait, il n'avait pas trop souffert du voyage à travers les monts Ourals, et il suffisait d'y atteler trois bons chevaux pour l'entraîner rapidement sur la route d'Irkoutsk.

Jusqu'à Tioumen et même jusqu'à Novo-Zaimskoë, cette route devait être assez accidentée, car elle se développait encore sur ces capricieuses ondulations du sol qui donnent naissance aux premières pentes de l'Oural. Mais, après l'étape de Novo-Zaimskoë, commençait l'immense steppe, qui s'étend jusqu'aux approches de Krasnoiarsk, sur un espace de dix-sept cents verstes environ (1,815 kilomètres).

C'était à Ichim, on le sait, que les deux correspondants avaient l'intention de se rendre, c'est-à-dire à six cent trente verstes d'Ekaterinbourg. Là, ils devaient prendre conseil des événements, puis se diriger à travers les régions envahies, soit ensemble, soit séparément, suivant que leur instinct de chasseurs les jetterait sur une piste ou sur une autre.

Or, cette route d'Ekaterinbourg à Ichim—qui se dirige vers Irkoutsk—était la seule que pût prendre Michel Strogoff. Seulement, lui qui ne courait pas après les nouvelles, et qui aurait voulu éviter, au contraire, le pays dévasté par les envahisseurs, il était bien résolu à ne s'arrêter nulle part.

«Messieurs, dit-il donc à ses nouveaux compagnons, je serai très-satisfait de faire avec vous une partie de mon voyage, mais je dois vous prévenir que je suis extrêmement pressé d'arriver à Omsk, car ma sœur et moi nous y allons rejoindre notre mère. Qui sait même si nous arriverons avant que les Tartares aient envahi la ville! Je ne m'arrêterai donc aux relais que le temps de changer de chevaux, et je voyagerai jour et nuit!

—Nous comptons bien en agir ainsi, répondit Harry Blount.

—Soit, reprit Michel Strogoff, mais ne perdez pas un instant. Louez ou achetez une voiture dont....

—Dont l'arrière-train, ajouta Alcide Jolivet, veuille bien arriver en même temps que l'avant-train à Ichim.»

Une demi-heure après, le diligent Français avait trouvé, facilement d'ailleurs, un tarentass, à peu près semblable à celui de Michel Strogoff, et dans lequel son compagnon et lui s'installèrent aussitôt.

Michel Strogoff et Nadia reprirent place dans leur véhicule, et, à midi, les deux attelages quittèrent de conserve la ville d'Ekaterinbourg.

Nadia était enfin en Sibérie et sur cette longue route qui conduit à Irkoutsk! Quelles devaient être alors les pensées de la jeune Livonienne? Trois rapides chevaux l'emportaient à travers cette terre de l'exil, où son père était condamné à vivre, longtemps peut-être, et si loin de son pays natal! Mais c'était a peine si elle voyait se dérouler devant ses yeux ces longues steppes, qui, un instant, lui avaient été fermées, car son regard allait plus loin que l'horizon, derrière lequel il cherchait le visage de l'exilé! Elle n'observait rien du pays qu'elle traversait avec cette vitesse de quinze verstes à l'heure, rien de ces contrées de la Sibérie occidentale, si différentes des contrées de l'est. Ici, en effet, peu de champs cultivés, un sol pauvre, au moins à sa surface, car, dans ses entrailles, il recèle abondamment le fer, le cuivre, le platine et l'or. Aussi partout des exploitations industrielles, mais rarement des établissements agricoles. Comment trouverait-on des bras pour cultiver la terre, ensemencer les champs, récolter les moissons, lorsqu'il est plus productif de touiller le sol à coups de mine, à coups de pic? Ici, le paysan a fait place au mineur. La pioche est partout, la bêche nulle part.

Cependant, la pensée de Nadia abandonnait quelquefois les lointaines provinces du lac Baïkal, et se reportait alors à sa situation présente. L'image de son père s'effaçait un peu, et elle revoyait son généreux compagnon, tout d'abord sur le chemin de fer de Wladimir, où quelque providentiel dessein le lui avait fait rencontrer pour là première fois. Elle se rappelait ses attentions pendant le voyage, son arrivée à la maison de police de Nijni-Novgorod, la cordiale simplicité avec laquelle il lui avait parlé en l'appelant du nom de sœur, son empressement près d'elle pendant la descente du Volga, enfin tout ce qu'il avait fait, dans cette terrible nuit d'orage à travers les monts Ourals, pour défendre sa vie au péril de la sienne!

Nadia songeait donc à Michel Strogoff. Elle remerciait Dieu d'avoir placé à point sur sa route ce vaillant protecteur, cet ami généreux et discret. Elle se sentait en sûreté près de lui, sous sa garde. Un vrai frère n'eût pu mieux faire! Elle ne redoutait plus aucun obstacle, elle se croyait maintenant certaine d'atteindre son but.

Quant à Michel Strogoff, il parlait peu et réfléchissait beaucoup. Il remerciait Dieu de son côté de lui avoir donné dans cette rencontre de Nadia, en même temps que le moyen de dissimuler sa véritable individualité, une bonne action à faire. L'intrépidité calme de la jeune fille était pour plaire à son âme vaillante. Que n'était-elle sa sœur en effet? Il éprouvait autant de respect que d'affection pour sa belle et héroïque compagne. Il sentait que c'était là un de ces cœurs purs et rares sur lesquels on peut compter.

Cependant, depuis qu'il foulait le sol sibérien, les vrais dangers commençaient pour Michel Strogoff. Si les deux journalistes, ne se trompaient pas, si Ivan Ogareff avait passé la frontière, il fallait agir avec la plus extrême circonspection. Les circonstances étaient maintenant changées, car les espions tartares devaient fourmiller dans les provinces sibériennes. Son incognito dévoilé, sa qualité de courrier du czar reconnue, c'en était fait de sa mission, de sa vie peut-être! Michel Strogoff sentit plus lourdement alors le poids de la responsabilité qui pesait sur lui.

Pendant que les choses étaient ainsi dans la première voiture, que se passait-il dans la seconde? Rien que de fort ordinaire. Alcide Jolivet parlait par phrases, Harry Blount répondait par monosyllabes. Chacun envisageait les choses à sa façon et prenait des notes sur les quelques incidents du voyage,—incidents qui furent d'ailleurs peu variés pendant cette traversée des premières provinces de la Sibérie occidentale.

A chaque relais, les deux correspondants descendaient et se retrouvaient avec Michel Strogoff. Lorsqu'aucun repas ne devait être pris dans la maison de poste, Nadia ne quittait pas le tarentass. Lorsqu'il fallait déjeuner ou dîner, elle venait s'asseoir à table; mais, toujours très-réservée, elle ne se mêlait que fort peu à la conversation.

Alcide Jolivet, sans jamais sortir d'ailleurs des bornes d'une parfaite convenance, ne laissait pas d'être empressé près de la jeune Livonienne, qu'il trouvait charmante. Il admirait l'énergie silencieuse qu'elle montrait au milieu des fatigues d'un voyage fait dans de si dures conditions.

Ces temps d'arrêt forcés ne plaisaient que médiocrement à Michel Strogoff. Aussi pressait-il le départ à chaque relais, excitant les maîtres de poste, stimulant les iemschiks, hâtant l'attellement des tarentass. Puis, le repas rapidement terminé,—trop rapidement toujours au gré d'Harry Blount, qui était un mangeur méthodique,—on partait, et les journalistes, eux aussi, étaient menés comme des aigles, car ils payaient princièrement, et, ainsi que disait Alcide Jolivet, «en aigles de Russie». [Monnaie d'or russe qui vaut 5 roubles. Le rouble est une monnaie d'argent qui vaut, 100 kopeks, soit 3 fr. 92.]

Il va sans dire qu'Harry Blount ne faisait aucuns frais vis-à-vis de la jeune fille. C'était un des rares sujets de conversation sur lesquels il ne cherchait pas à discuter avec son compagnon. Cet honorable gentleman n'avait pas pour habitude de faire deux choses à la fois.

Et Alcide Jolivet lui ayant demandé, une fois, quel pouvait être l'âge de la jeune Livonienne:

«Quelle jeune Livonienne? répondit-il le plus sérieusement du monde, en fermant à demi les yeux.

—Eh parbleu! la sœur de Nicolas Korpanoff!

—C'est sa sœur?

—Non, sa grand'mère! répliqua Alcide Jolivet, démonté par tant d'indifférence.—Quel âge lui donnez-vous?

—Si je l'avais vue naître, je le saurais!» répondit simplement Harry Blount, en homme qui ne voulait pas s'engager.

Le pays alors parcouru par les deux tarentass était presque désert. Le temps était assez beau, le ciel couvert à demi, la température plus supportable. Avec des véhicules mieux suspendus, les voyageurs n'auraient pas eu à se plaindre du voyage. Ils allaient comme vont les berlines de poste en Russie, c'est-à-dire avec une vitesse merveilleuse.

Mais si le pays semblait abandonné, cet abandon tenait aux circonstances actuelles. Dans les champs, peu ou pas de ces paysans sibériens, à figure pâle et grave, qu'une célèbre voyageuse a justement comparés aux Castillans, moins la morgue. Ça et là, quelques villages déjà évacués, ce qui indiquait l'approche des troupes tartares. Les habitants, emmenant leurs troupeaux de moutons, leurs chameaux, leurs chevaux, s'étaient réfugiés dans les plaines du nord. Quelques tribus de la grande horde des Kirghis nomades, restées fidèles, avaient aussi transporté leurs tentes au delà de l'Irtyche ou de l'Obi, pour échapper aux déprédations des envahisseurs.

Fort heureusement, le service de la poste se faisait toujours régulièrement. De même, le service du télégraphe, jusqu'aux points que raccordait encore le fil. A chaque relais, les maîtres de poste fournissaient les chevaux dans les conditions réglementaires. A chaque station aussi, les employés, assis à leur guichet, transmettaient les dépêches qui leur étaient confiées, ne les retardant que pour les télégrammes de l'État. Aussi Harry Blount et Alcide Jolivet en usaient-ils largement.

Ainsi donc, jusqu'ici, le voyage de Michel Strogoff s'accomplissait dans des conditions satisfaisantes. Le courrier du czar n'avait éprouvé aucun retard, et, s'il parvenait à tourner la pointe faite en avant de Krasnoiarsk par les Tartares de Féofar-Khan, il était certain d'arriver avant eux à Irkoutsk et dans le minimum de temps obtenu jusqu'alors.

Le lendemain du jour où les deux tarentass avaient quitté Ekaterinbourg, ils atteignaient la petite ville de Toulouguisk, à sept heures du matin, après avoir franchi une distance de deux cent vingt verstes, sans incident digne d'être relaté.

Là, une demi-heure fut consacrée au déjeuner. Cela fait, les voyageurs repartirent avec une vitesse que la promesse d'un certain nombre de kopeks rendait seule explicable.

Le même jour, 22 juillet, à une heure du soir, les deux tarentass arrivaient, soixante verstes plus loin, a Tioumen.

Tioumen, dont la population normale est de dix mille habitants, en comptait alors le double. Cette ville, premier centre industriel que les Russes créèrent, en Sibérie, dont on remarque les belles usines métallurgiques et la fonderie de cloches, n'avait jamais présenté une telle animation.

Les deux correspondants allèrent aussitôt aux nouvelles. Celles que les fugitifs sibériens apportaient du théâtre de la guerre n'étaient pas rassurantes.

On disait, entre autres choses, que l'armée de Féofar-Khan s'approchait rapidement de la vallée de l'Ichim, et l'on confirmait que le chef tartare allait être bientôt rejoint par le colonel Ivan Ogareff, s'il ne l'était déjà. D'où cette conclusion naturelle que les opérations seraient alors poussées dans l'est de la Sibérie avec la plus grande activité.

Quant aux troupes russes, il avait fallu les appeler principalement des provinces européennes de la Russie, et, étant encore assez éloignées, elles ne pouvaient s'opposer à l'invasion. Cependant, les Cosaques du gouvernement de Tobolsk se dirigeaient à marche forcée sur Tomsk, dans l'espoir de couper les colonnes tartares.

A huit heures du soir, soixante-quinze verstes de plus avaient été dévorées pas les deux tarentass, et ils arrivaient à Yaloutorowsk.

On relaya rapidement, et, au sortir de la ville, la rivière Tobol fut passée dans un bac. Son cours, très-paisible, rendit facile cette opération, qui devait se renouveler plus d'une fois sur le parcours, et probablement dans des conditions moins favorables.

A minuit, cinquante-cinq verstes au delà (58 kilomètres et demi), le bourg de Novo-Saimsk était atteint, et les voyageurs laissaient enfin derrière eux ce sol légèrement accidenté par des coteaux couverts d'arbres, dernières racines de montagnes de l'Oural.

Ici commençait véritablement ce qu'on appelle la steppe sibérienne, qui se prolonge jusqu'aux environs de Krasnoiarsk. C'était la plaine sans limites, une sorte de vaste désert herbeux, à la circonférence duquel venaient se confondre la terre et le ciel sur une courbe qu'on eût dit nettement tracée au compas. Cette steppe ne présentait aux regards d'autre saillie que le profil des poteaux télégraphiques disposés sur chaque côté de la route, et dont les fils vibraient sous la brise comme des cordes de harpe. La route elle-même ne se distinguait du reste de la plaine que par la fine poussière qui s'enlevait sous la roue des tarentass. Sans ce ruban blanchâtre, qui se déroulait à perte de vue, on eût pu se croire au désert.

Michel Strogoff et ses compagnons se lancèrent avec une vitesse plus grande encore à travers la steppe. Les chevaux, excités par l'iemschik et qu'aucun obstacle ne pouvait retarder, dévoraient l'espace. Les tarentass couraient directement sur Ichim, là où les deux correspondants devaient s'arrêter, si aucun événement ne venait modifier leur itinéraire.

Deux cents verstes environ séparent Novo-Saimsk de la ville d'Ichim, et le lendemain, avant huit heures du soir, elles devaient et pouvaient être franchies, a la condition de ne pas perdre un instant. Dans la pensée des iemschiks, si les voyageurs n'étaient pas de grands seigneurs ou de hauts fonctionnaires, ils étaient dignes de l'être, ne fût-ce que par leur générosité dans le règlement des pourboires.

Le lendemain, 23 juillet, en effet, les deux tarentass n'étaient plus qu'à trente verstes d'Ichim.

En ce moment, Michel Strogoff aperçut sur la route, et à peine visible au milieu des volutes de poussière, une voiture qui précédait la sienne. Comme ses chevaux, moins fatigués, couraient avec une rapidité plus grande, il ne devait pas tarder à l'atteindre.