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MaximesPart 34 of 35

La Rochefoucauld

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
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Voilà un billet que je vous supplie de vouloir lire, il vous instruira de ce que l'on demande de vous. Je n'ai rien à y ajouter, sinon que l'homme qu'il l'écrit [sic] est un des hommes du monde que j'aime autant, et qu'ainsi c'est une des plus grandes obligations que je vous puisse avoir, que de lui accorder ce qu'il souhaite pour son ami. Je viens d'arriver de Fresnes, où j'ai été deux jours en solitude avec Madame du Plessis; en ces deux jours-là nous avons parlé de vous deux ou trois mille fois; il est inutile de vous dire comment nous en avons parlé, vous le devinez aisément. Nous y avons lu les maximes de M. de La Rochefoucauld. Ha, Madame! quelle corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le coeur pour être capable d'imaginer tout cela! J'en suis si épouvantée que je vous assure que, si les plaisanteries étaient des choses sérieuses, de telles maximes gâteraient plus ses affaires que tous les potages qu'il mangea l'autre jour chez vous.

38. Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé. 1663.

Vous me donneriez le plus grand chagrin du monde, si vous ne me montriez pas vos maximes. Mme du Plessis m'a donné une curiosité étrange de les voir, et c'est justement parce qu'elles sont honnêtes et raisonnables que j'en ai envie, et qu'elles me persuaderont que toutes les personnes de bon sens ne sont pas si persuadées de la corruption générale que l'est M. de La Rochefoucauld. Je vous rends mille et mille grâces de ce que vous avez fait pour ce gentilhomme. Je vous en irai encore remercier moi-même, et je me servirai toujours avec plaisir des prétextes que je trouverai pour avoir l'honneur de vous voir; et si vous trouviez autant de plaisir avec moi que j'en trouve avec vous, je troublerais souvent votre solitude.

III. Lettres concernant la publication de la Ière édition des maximes.

39. Lettre de La Rochefoucauld au Père Thomas Esprit. 6 février 1664.

6 février.

Vous me permettrez de vous dire que l'on fait un peu plus de bruit de ces maximes qu'on ne devrait et qu'elles ne méritent. Je ne sais si on y a ajouté ou changé quelque chose comme on a accoutumé de faire. Mais si elles sont comme je les ai vues, je crois qu'on les pourrait soutenir sans grand péril, au moins si on peut être bien fondé à soutenir un ramas de diverses pensées à qui on n'a point encore donné d'ordre, ni de commencement ni de fin. Il peut y avoir même quelques expressions trop générales que l'on aurait adoucies si on avait cru que ce qui devait demeurer secret entre un de vos parents et un de vos amis eût été rendu public. Mais comme le dessein de l'un et de l'autre a été de prouver que la vertu des anciens philosophes païens, dont ils ont fait tant de bruit, a été établie sur de faux fondements, et que l'homme, tout persuadé qu'il est de son mérite, n'a en soi que des apparences trompeuses de vertu dont il éblouit les autres et dont souvent il se trompe lui-même lorsque la foi ne s'en mêle point, il me semble, dis-je, que l'on n'a pu trop exagérer les misères et les contrariétés du coeur humain pour humilier l'orgueil ridicule dont il est rempli, et lui faire voir le besoin qu'il a en toutes choses d'être soutenu et redressé par le christianisme. Il me semble que les maximes dont est question tendent assez à cela et qu'elles ne sont pas criminelles, puisque leur but est d'attaquer l'orgueil, qui, à ce que j'ai oui dire, n'est pas nécessaire à salut. Je demeure donc d'accord que c'est un malheur qu'elles aient paru sans être achevées et sans l'ordre qu'elles devaient avoir. Mais on aurait trop d'affaires sur les bras à la fois, de se plaindre de ceux qui ont tort là-dessus. Nous discuterons à la première vue s'il est vrai ou non que les vices entrent souvent dans la composition de quelques vertus, comme les poisons entrent dans la composition des plus grands remèdes de la médecine. Quand je dis nous, j'entends parler de l'homme qui croit ne devoir qu'à lui seul ce qu'il a de bon, comme faisaient les grands hommes de l'antiquité, et comme cela je crois qu'il y avait de l'orgueil, de l'injustice et mille autres ingrédients dans la magnanimité et la libéralité d'Alexandre et de beaucoup d'autres; que dans la vertu de Caton il y avait de la rudesse, et beaucoup d'envie et de haine contre César; que dans la clémence d'Auguste pour Cinna il y eut un désir d'éprouver un remède nouveau, une lassitude de répandre inutilement tant de sang, et une crainte des événements à quoi on a plutôt fait de donner le nom de vertu que de faire l'anatomie de tous les replis du coeur. Je ne prétends pas de vous en dire davantage, ni faire ici un manifeste. Vous en direz ce que vous jugerez à propos à Mme de Liancourt et à Mme du Plessis. Si vous voulez aussi que M Bernard fasse voir ce que je vous mande à M. de la Chapelle, qui demeure chez M. le Premier Président, vous m'épargnerez la peine de le récrire pour lui envoyer. Je vous donne le bonsoir et suis entièrement à vous. Je n'écrirai pas Mme de Liancourt pour ne la tourmenter pas de cette affaire.

40. Lettre de La Rochefoucauld au Père René Rapin. 12 juillet 1664.

Ce n'est pas assez pour moi de tout ce que nous dîmes hier, il me vient à tous moments des scrupules et on ne saurait jamais avoir trop de délicatesse pour un ami du prix de Mr. de la Chapelle. C'est pourquoi, mon Très Révérend Père, je vous supplie très humblement de vous mettre précisément en ma place et de vouloir être mon directeur pour tout ce que je dois à notre ami avec autant d'exactitude que vous en avez pour les consciences. N'ayez, s'il vous plaît, aucun égard à l'intérêt des maximes et ne songez qu'à ne me laisser manquer à rien vers l'homme du monde à qui je veux le moins manquer. Je vous demande pardon de la liberté que je prends, mais Mr. de la Chapelle en est cause en toutes manières et il m'a tellement assuré que j'ai quelque part en l'honneur de vos bonnes grâces que j'espère que vous m'accorderez celle que je viens de vous demander et de me croire à vous avec toute l'estime et le respect imaginables.

La Rochefoucauld

À Paris, le 12 de juillet.

Je ne veux pas même écrire à M. de La Chapelle afin que ce soit vous seul qui me répondiez de ses sentiments.

Encore une fois, mon Très Révérend Père, comptez, s'il vous plaît, les maximes pour rien, et croyez que j'aime mille fois mieux qu'elles ne parussent jamais que de faire la moindre peine à ceux qui en ont pris la protection.

41. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 1664.

Je vous envoie cette manière de préface pour les maximes; mais comme je la dois rendre dans deux heures, je vous supplie très humblement, Madame, de me la renvoyer par le même laquais qui vous porte ce billet. Je vous demande aussi de me dire ce que vous en trouvez.

Ce samedi.

42. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. 18 février 1665.

Je vous envoie ce que j'ai pu tirer de ma tête pour mettre dans le Journal. J'y ai mis cet endroit qui vous est si sensible, afin que cela vous fasse surmonter la mauvaise honte qui vous fit donner au public la préface sans y rien retrancher, et je n'ai pas craint de le mettre, parce que je suis assurée que vous ne le ferez pas imprimer quand même le reste vous plairait. Je vous assure aussi que je vous serai plus obligée si vous en usez comme d'une chose qui serait à vous, en le corrigeant ou en le jetant au feu, que si vous lui faisiez un honneur qu'il ne mérite pas. Nous autres grands auteurs sommes trop riches pour craindre de perdre de nos productions. Mandez-moi ce qu'il vous semble de ce dictum.

Le 18e février 1665.

«C'est un traité des mouvements du coeur de l'homme, qu'on peut dire lui avoir été comme inconnus jusques à cette heure. Un seigneur, aussi grand en esprit qu'en naissance, en est l'auteur; mais ni sa grandeur ni son esprit n'ont pu empêcher qu'on n'en ait fait des jugements bien différents.

Les uns croient que c'est outrager les hommes que d'en faire une si terrible peinture, et que l'auteur n'en a pu prendre l'original qu'en lui-même; ils disent qu'il est dangereux de mettre de telles pensées au jour, et qu'ayant si bien montré qu'on ne fait jamais de bonnes actions que par de mauvais principes, on ne se mettra plus en peine de chercher la vertu, puisqu'il est impossible de l'avoir, si ce n'est en idée.

Les autres au contraire trouvent ce traité fort utile parce qu'il découvre les fausses idées que les hommes ont d'eux-mêmes, et leur fait voir que sans la religion ils sont incapables de faire aucun bien; qu'il est bon de se connaître tel qu'on est, quand même il n'y aurait que cet avantage de n'être point trompé dans la connaissance qu'on peut avoir de soi-même.

Quoi qu'il en soit, il y a tant d'esprit dans cet ouvrage, et une si grande pénétration pour connaître le véritable état de l'homme, à ne regarder que sa nature, que toutes les personnes de bon sens y trouveront une infinité de choses qu'ils auraient peut-être ignorées toute leur vie si cet auteur ne les avait tirées du chaos du coeur de l'homme pour les mettre dans un jour où quasi tout le monde peut les voir et les comprendre sans peine.»

IV. Lettres concernant la rédaction des maximes (3e, 4e et 5e éditions)

43. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Sablé, 1667.

«Les passions ne sont que les divers goûts de l'amour-propre.»

«La fortune nous corrige plus souvent que la raison.»

«L'extrême ennui sert à nous désennuyer.»

«On loue et on blâme la plupart des choses parce que c'est la mode de les louer ou de les blâmer.»

«Ce n'est d'ordinaire que dans de petits intérêts où nous consentons de ne point croire aux apparences.»

«Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.»

44. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Rohan, abbesse de Malnoue. Période 1671-1674.

19 L'accent du pays, où l'on est né demeure dans l'esprit et dans le coeur, comme dans le langage. (Max. 342.)

Pour être grand'homme, il faut savoir profiter de toute sa fortune. (Max. 343, var.)

20 La plupart des hommes ont, comme les plantes, des propriétés cachées, que le hasard fait découvrir. (Max. 344.)

30 Les occasions nous font connaître aux autres, et encore plus à nous-mêmes. (Max. 345.)

Il ne peut y avoir de règle dans l'esprit, ni dans le coeur, des femmes, si le tempérament n'en est d'accord. (Max. 346.)

31 Nous ne trouvons guère de gens de bon sens que ceux qui sont de notre avis. (Max. 347.)

Quand on aime, on doute souvent de ce qu'on croit le plus. (Max. 348.)

Le plus grand miracle de l'amour, c'est de guérir de la coquetterie. (Max. 349.)

Ce qui nous donne tant d'aigreur contre ceux qui nous font des finesses, c'est qu'ils croient être plus habiles que nous. (Max. 350.)

On a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime plus. (Max. 351.)

37 On s'ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n'est pas permis de s'ennuyer. (Max. 352.)

Un honnête homme peut être amoureux comme un fou, mais non pas comme un sot. (Max. 353.)

35 Il y a de certains défauts qui, bien mis en oeuvre, brillent plus que la vertu même. (Max. 354.)

On perd quelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en est affligé, et d'autres dont on est affligé quelque temps et qu'on ne regrette guère. (Max. 355, var.)

32 On ne loue, d'ordinaire, de bon coeur que ceux qui nous admirent. (Max. 356, var.)

34 Les petits esprits sont trop blessés des petites choses; les grands esprits les voient toutes, et n'en sont pas blessés. (Max. 357.)

L'humilité est la véritable preuve des vertus chrétiennes; sans elle nous conservons tous nos défauts, et ils sont généralement couverts par l'orgueil, qui les cache aux autres, et souvent à nous-mêmes. (Max. 358, var.)

26 Les infidélités devraient éteindre l'amour, et il ne faudrait point être jaloux de ce qui donne sujet de l'être. Il n'y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousie qui soient dignes qu'on en ait pour elles. (Max. 359, var.)

On se décrie beaucoup plus auprès de nous par les moindres infidélités qu'on nous fait que par les plus grandes qu'on fait aux autres. (Max. 360.)

27 La jalousie naît toujours avec l'amour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui. (Max. 361.)

22 La plupart des femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs amants pour les avoir aimés que pour paraître plus dignes d'être aimées. (Max. 362.)

38 Les violences qu'on nous fait nous font souvent moins de peine que celles que nous nous faisons à nous-mêmes. (Max. 363.)

29 On sait assez qu'il ne faut guère parler de sa femme; mais on ne sait pas assez qu'on devrait encore moins parler de soi. (Max. 364.)

Il y a de bonnes qualités qui dégénèrent en défauts quand elles sont naturelles, et d'autres qui ne sont jamais parfaites quand elles sont acquises. La raison doit nous rendre ménagers de notre bien, et difficiles à tromper, et il faut que la nature nous fasse naître vaillants, et sincères. (Max. 365, var.)

Quelque défiance que nous ayons de la sincérité de ceux qui nous parlent, nous croyons toujours qu'ils nous disent plus vrai qu'aux autres. (Max. 366.)

39 Il n'est jamais plus difficile de bien parler que lorsqu'on ne parle que de peur de se taire.

23 Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier. (Max. 367.)

21 La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés, qui ne sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas. (Max. 368.)

Les violences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer sont souvent plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime. (Max. 369.)

Il n'y a guère de poltrons qui connaissent toujours toute leur peur. (Max. 370.)

28 C'est presque toujours la faute de celui qui aime, de ne pas connaître quand on cesse de l'aimer. (Max. 371.)

On craint toujours de voir ce qu'on aime quand on vient de faire des coquetteries ailleurs. (MS 73, n 372 de la 4e éd.)

Il y a de certaines larmes qui nous trompent souvent nous-mêmes, après avoir trompé les autres. (Max. 373.)

24 Si on croit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elle, on est bien trompé. (Max. 374.)

40 On doit se consoler de ses fautes, quand on a la force de les avouer. (MS 74, n 375 de la 4e éd.)

L'envie est détruite par la véritable amitié, et la coquetterie par le véritable amour. (Max. 376.)

41 Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de n'aller point jusqu'au bout, c'est de le passer. (Max. 377.)

42 On donne des conseils, mais on n'inspire point de conduite (Max. 378.)

43 Quand notre mérite baisse, notre goût baisse aussi. (Max. 379.)

44 La fortune fait paraître nos vertus et nos vices comme la lumière fait paraître les objets. (Max. 380.)

25 La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime ne vaut guère mieux qu'une infidélité. (Max. 381.)

45 Nos actions sont comme les bouts-rimés, que chacun fait rapporter à ce qu'il lui plaît. (Max. 382.)

L'envie de parler de nous, et de faire voir nos défauts du côté que nous les voulons bien montrer, fait une grande partie de notre sincérité. (Max. 383, var.)

On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner. (Max. 384.)

On est presque également difficile à contenter quand on a beaucoup d'amour, et quand on n'en a plus guère. (Max. 385.)

45. Réponse de Mme de Rohan à l'envoi précédent.