Les TrophéesPart 3 of 7
French original · English translation
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V
Rigetque dura barba juncta crystallo. Diversorum Poctarum Lusus.
Quel froid! le givre brille aux derniers pampres verts; Je guette le soleil, car je sais l'heure exacte Où l'aurore rougit les neiges du Soracte. Le sort d'un Dieu champêtre est dur. L'homme est pervers.
Dans ce clos ruiné, seul, depuis vingt hivers Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte, Mon vermillon s'écaille et mon bois se rétracte Et se gerce, et j'ai peur d'être piqué des vers.
Que ne suis-je un Pénate ou même simple Lare Domestique, repeint, repu, toujours hilare, Gorgé de miel, de fruits ou ceint des fleurs d'avril!
Près des aïeux de cire, au fond du vestibule, Je vieillirais et les enfants, au jour viril, À mon col vénéré viendraient pendre leur bulle.
Le Tepidarium
La myrrhe a parfumé leurs membres assouplis; Elles rêvent, goûtant la tiédeur de décembre, Et le brasier de bronze illuminant la chambre Jette la flamme et l'ombre à leurs beaux fronts pâlis.
Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits, Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d'ambre Ou se soulève à peine ou s'allonge ou se cambre Le lin voluptueux dessine de longs plis.
Sentant à sa chair nue errer l'ardent effluve, Une femme d'Asie, au milieu de l'étuve, Tord ses bras énervés en un ennui serein;
Et le pâle troupeau des filles d'Ausonie S'enivre de la riche et sauvage harmonie Des noirs cheveux roulant sur un torse d'airain.
Tranquillus
C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV.
C'est dans ce doux pays qu'a vécu Suétone; Et de l'humble villa voisine de Tibur, Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur, Un arceau ruiné que le pampre festonne.
C'est là qu'il se plaisait à venir, chaque automne, Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d'azur, Vendanger ses ormeaux qu'alourdit le cep mûr. Là sa vie a coulé tranquille et monotone.
Au milieu de la paix pastorale, c'est là Que l'ont hanté Néron, Claude, Caligula, Messaline rôdant sous la stole pourprée;
Et que, du fer d'un style à la pointe acérée Égratignant la cire impitoyable, il a Décrit les noirs loisirs du vieillard de Caprée.
Lupercus
M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII.
Lupercus, du plus loin qu'il me voit:—Cher poète, Ta nouvelle épigramme est du meilleur latin; Dis, veux-tu, j'enverrai chez toi demain matin, Me prêter les rouleaux de ton oeuvre complète?
—Non. Ton esclave boite, il est vieux, il halète, Mes escaliers sont durs et mon logis lointain Ne demeures-tu pas auprès du Palatin? Atrectus, mon libraire, habite l'Argilète.
Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend Les volumes des morts et celui du vivant, Virgile et Silius, Pline, Térence ou Phèdre;
Là, sur l'un des rayons, et non certe aux derniers, Poncé, vêtu de pourpre et dans un nid de cèdre, Martial est en vente au prix de cinq deniers.
La Trebbia
L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs. Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve Où l'escadron léger des Numides s'abreuve. Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
Car malgré Scipion, les augures menteurs, La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve, Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve, A fait lever la hache et marcher les licteurs.
Rougissant le ciel noir de flamboîments lugubres, À l'horizon, brûlaient les villages Insubres; On entendait au loin barrir un éléphant.
Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche, Hannibal écoutait, pensif et triomphant, Le piétinement sourd des légions en marche.
Après Cannes
Un des consuls tué, l'autre fuit vers Linterne Ou Venuse. L'Aufide a débordé, trop plein De morts et d'armes. La foudre au Capitolin Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne.
En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne Et consulté deux fois l'oracle sibyllin; D'un long sanglot l'aïeul, la veuve, l'orphelin Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne.
Et chaque soir la foule allait aux aqueducs, Plèbe, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs Et tout ce que vomit Subure et l'ergastule;
Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil Des monts Sabins où luit l'oeil sanglant du soleil, Le Chef borgne monté sur l'éléphant Gétule.
À un Triomphateur
Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre, Des files de guerriers barbares, de vieux chefs Sous le joug, des tronçons d'armures et de nefs, Et la flotte captive et le rostre et l'aplustre.
Quel que tu sois, issu d'Ancus ou né d'un rustre, Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs, Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs Profondément, de peur que l'avenir te frustre.
Déjà le Temps brandit l'arme fatale. As-tu L'espoir d'éterniser le bruit de ta vertu? Un vil lierre suffit à disjoindre un trophée;
Et seul, aux blocs épars des marbres triomphaux Où ta gloire en ruine est par l'herbe étouffée, Quelque faucheur Samnite ébréchera sa faulx.
ANTOINE ET CLÉOPÂTRE
Le Cydnus
Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie, La trirème d'argent blanchit le fleuve noir Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir Avec des sons de flûte et des frissons de soie.
À la proue éclatante où l'épervier s'éploie, Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir, Cléopâtre debout en la splendeur du soir Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.
Voici Tarse, où l'attend le guerrier désarmé; Et la brune Lagide ouvre dans l'air charmé Ses bras d'ambre où la pourpre a mis des reflets roses.
Et ses yeux n'ont pas vu, présage de son sort, Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses, Les deux enfants divins, le Désir et la Mort.
Soir de Bataille
Le choc avait été très rude. Les tribuns Et les centurions, ralliant les cohortes, Humaient encor dans l'air où vibraient leurs voix fortes La chaleur du carnage et ses âcres parfums.
D'un oeil morne, comptant leurs compagnons défunts, Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes, Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes; Et la sueur coulait de leurs visages bruns.
C'est alors qu'apparut, tout hérissé de flèches, Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches, Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare, Superbe, maîtrisant son cheval qui s'effare, Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.
Antoine et Cléopâtre
Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse, L'Égypte s'endormir sous un ciel étouffant Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu'il fend, Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.
Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse, Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant, Ployer et défaillir sur son coeur triomphant Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.
Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums, Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires;
Et sur elle courbé, l'ardent Imperator Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or Toute une mer immense où fuyaient des galères.
SONNETS ÉPIGRAPHIQUES
Le Voeu
ILIXONI DEO FAB. FESTA V. S. L. M.
ISCITTÔ DEO HVNNV VLOHOXIS FIL. V. S. L. M.
Jadis l'Ibère noir et le Gall au poil fauve Et le Garumne brun peint d'ocre et de carmin, Sur le marbre votif entaillé par leur main, Ont dit l'eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.
Puis les Imperators, sous le Venasque chauve, Bâtirent la piscine et le therme romain, Et Fabia Festa, par ce même chemin, A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.
Aujourd'hui, comme aux jours d'Iscitt et d'Ilixon, Les sources m'ont chanté leur divine chanson; Le soufre fume encore à l'air pur des moraines.
C'est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux, Tel qu'autrefois Hunnu, fils d'Ulohox, je veux Dresser l'autel barbare aux Nymphes Souterraines.
La Source
NYMPHIS AVG. SACRVM
L'autel gît sous la ronce et l'herbe enseveli; Et la source sans nom qui goutte à goutte tombe D'un son plaintif emplit la solitaire combe. C'est la Nymphe qui pleure un éternel oubli.
L'inutile miroir que ne ride aucun pli À peine est effleuré par un vol de colombe Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe, Seule, y reflète encore un visage pâli.
De loin en loin, un pâtre errant s'y désaltère. Il boit, et sur la dalle antique du chemin Verse un peu d'eau resté dans le creux de sa main.
Il a fait, malgré lui, le geste héréditaire, Et ses yeux n'ont pas vu sur le cippe romain Le vase libatoire auprès de la patère.
Le Dieu Hêtre
FAGÔ DEO.
Le Garumne a bâti sa rustique maison Sous un grand hêtre au tronc musculeux comme un torse Dont la sève d'un Dieu gonfle la blanche écorce. La forêt maternelle est tout son horizon.
Car l'homme libre y trouve, au gré de la saison, Les faînes, le bois, l'ombre et les bêtes qu'il force Avec l'arc ou l'épieu, le filet ou l'amorce, Pour en manger la chair et vêtir leur toison.
Longtemps il a vécu riche, heureux et sans maître, Et le soir, lorsqu'il rentre au logis, le vieux Hêtre De ses bras familiers semble lui faire accueil;
Et quand la Mort viendra courber sa tête franche, Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil L'incorruptible coeur de la maîtresse branche.
Aux Montagnes Divines
GEMINVS SERVVS ET PRÔ SVIS CONSERVIS.
Glaciers bleus, pics de marbre et d'ardoise, granits, Moraines dont le vent, du Néthou jusqu'à Bègle, Arrache, brûle et tord le froment et le seigle, Cols abrupts, lacs, forêts pleines d'ombre et de nids!
Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis, Plutôt que de ployer sous la servile règle, Hantèrent avec l'ours, le loup, l'isard et l'aigle, Précipices, torrents, gouffres, soyez bénis!
Ayant fui l'ergastule et le dur municipe, L'esclave Geminus a dédié ce cippe Aux Monts, gardiens sacrés de l'âpre liberté;
Et sur ces sommets clairs où le silence vibre, Dans l'air inviolable, immense et pur, jeté, Je crois entendre encor le cri d'un homme libre!
L'Exilée
MONTIBVS. GARRI DEO. SABINVLA. V. S. L. M.
Dans ce vallon sauvage où César t'exila, Sur la roche moussue, au chemin d'Ardiège, Penchant ton front qu'argente une précoce neige, Chaque soir, à pas lents, tu viens t'accouder là.
Tu revois ta jeunesse et ta chère villa Et le Flamine rouge avec son blanc cortège; Et pour que le regret du sol Latin s'allège, Tu regardes le ciel, triste Sabinula.
Vers le Gar éclatant aux sept pointes calcaires, Les aigles attardés qui regagnent leurs aires Emportent en leur vol tes rêves familiers;
Et seule, sans désirs, n'espérant rien de l'homme, Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome.
LE MOYEN-ÂGE ET LA RENAISSANCE
Vitrail
Cette verrière a vu dames et hauts barons Étincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre, Incliner, sous la dextre auguste qui consacre, L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons;
Lorsqu'ils allaient, au bruit du cor ou des clairons, Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre, Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre, Partir pour la croisade ou le vol des hérons.
Aujourd'hui, les seigneurs auprès des châtelaines, Avec le lévrier à leurs longues poulaines, S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir;
Ils gisent là sans voix, sans geste et sans ouïe, Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir La rose du vitrail toujours épanouie.
Épiphanie
Donc Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages, Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux Et suivis d'un très long cortège de chameaux, S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.
De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages Aux pieds du fils de Dieu né pour guérir les maux Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux; Un page noir soutient leurs robes à ramages.
Sur le seuil de l'étable où veille Saint Joseph, Ils ôtent humblement la couronne du chef Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.
C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus Cæsar, Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe, Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
Le Huchier de Nazareth
Le bon maître huchier, pour finir un dressoir, Courbé sur l'établi depuis l'aurore ahane, Maniant tour à tour le rabot, le bédane Et la râpe grinçante ou le dur polissoir.
Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir, S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane Où madame la Vierge et sa mère Sainte Anne Et Monseigneur Jésus près de lui vont s'asseoir.
L'air est brûlant et pas une feuille ne bouge; Et saint Joseph, très las, a laissé choir la gouge En s'essuyant le front au coin du tablier;
Mais l'Apprenti divin qu'une gloire enveloppe Fait toujours, dans le fond obscur de l'atelier, Voler des copeaux d'or au fil de sa varlope.
L'Estoc
Au pommeau de l'épée on lit: Calixte Pape. La tiare, les clefs, la barque et le tramail Blasonnent, en reliefs d'un somptueux travail, Le Boeuf héréditaire armoyé sur la chappe.
À la fusée, un Dieu païen, Faune ou Priape, Rit, engaîné d'un lierre à graines de corail; Et l'éclat du métal s'exalte sous l'émail Si clair, que l'estoc brille encor plus qu'il ne frappe.
Maître Antonio Perez de Las Cellas forgea Ce bâton pastoral pour le premier Borja, Comme s'il pressentait sa fameuse lignée;
Et ce glaive dit mieux qu'Arioste ou Sannazar, Par l'acier de sa lame et l'or de sa poignée, Le pontife Alexandre ou le prince César.
Médaille
Seigneur de Rimini, Vicaire et Podestà, Son profil d'épervier vit, s'accuse ou recule À la lueur d'airain d'un fauve crépuscule Dans l'orbe où Matteo de Pastis l'incrusta.
Or, de tous les tyrans qu'un peuple détesta, Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule, Qu'il ait nom Ezzelin, Can, Galéas, Hercule, Ne fut maître si fier que le Malatesta.
Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe, Mit à sang la Romagne et la Marche et le Golfe, Bâtit un temple, fit l'amour et le chanta;
Et leurs femmes aussi sont rudes et sévères, Car sur le même bronze où sourit Isotta, L'Éléphant triomphal foule des primevères.
Suivant Pétrarque
Vous sortiez de l'église et, d'un geste pieux, Vos nobles mains faisaient l'aumône au populaire, Et sous le porche obscur votre beauté si claire Aux pauvres éblouis montrait tout l'or des cieux.
Et je vous saluai d'un salut gracieux, Très humble, comme il sied à qui ne veut déplaire, Quand, tirant votre mante et d'un air de colère Vous détournant de moi, vous couvrîtes vos yeux.
Mais Amour qui commande au coeur le plus rebelle Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle, La source de pitié me refusât merci;
Et vous fûtes si lente à ramener le voile, Que vos cils ombrageux palpitèrent ainsi Qu'un noir feuillage où filtre un long rayon d'étoiles.
Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard
Jadis plus d'un amant, aux jardins de Bourgueil, A gravé plus d'un nom dans l'écorce qu'il ouvre, Et plus d'un coeur, sous l'or des hauts plafonds du Louvre, À l'éclair d'un sourire a tressailli d'orgueil.
Qu'importe? Rien n'a dit leur ivresse ou leur deuil; Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre Et nul n'a disputé, sous l'herbe qui les couvre, Leur inerte poussière à l'oubli du cercueil.
Tout meurt. Marie, Hélène et toi, fière Cassandre, Vos beaux corps ne seraient qu'une insensible cendre, —Les roses et les lys n'ont pas de lendemain—
Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire, N'eût tressé pour vos fronts, d'une immortelle main, Aux myrtes de l'Amour le laurier de la gloire.
La Belle Viole
À Henry Cros
À vous troupe légère Qui d'aile passagère Par le monde volez… JOACHIM DU BELLAY.
Accoudée au balcon d'où l'on voit le chemin Qui va des bords de Loire aux rives d'Italie, Sous un pâle rameau d'olive son front plie. La violette en fleur se fanera demain.
La viole que frôle encor sa frêle main Charme sa solitude et sa mélancolie, Et son rêve s'envole à celui qui l'oublie En foulant la poussière où gît l'orgueil Romain.
De celle qu'il nommait sa douceur Angevine, Sur la corde vibrante erre l'âme divine Quand l'angoisse d'amour étreint son coeur troublé;
Et sa voix livre aux vents qui l'emportent loin d'elle, Et le caresseront peut-être, l'infidèle, Cette chanson qu'il fit pour un vanneur de blé.
Épitaphe
Suivant les vers de Henri III.
Ô passant, c'est ici que repose Hyacinthe Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron; Il est mort—Dieu l'absolve et l'ait en son giron!— Tombé sur le terrain, il gît en terre sainte.
Nul, ni même Quélus, n'a mieux, de perles ceinte, Porté la toque à plume ou la fraise à godron; Aussi vois-tu, sculpté par un nouveau Myron, Dans ce marbre funèbre un morceau de jacinthe.
Après l'avoir baisé, fait tondre, et de sa main Mis au linceul, Henry voulut qu'à Saint-Germain Fût porté ce beau corps, hélas! inerte et blême;
Et jaloux qu'un tel deuil dure éternellement, Il lui fit en l'église ériger cet emblème, Des regrets d'Apollo triste et doux monument.
Vélin doré
Vieux maître relieur, l'or que tu ciselas Au dos du livre et dans l'épaisseur de la tranche, N'a plus, malgré les fers poussés d'une main franche, La rutilante ardeur de ses premiers éclats.
Les chiffres enlacés que liait l'entrelacs S'effacent chaque jour de la peau fine et blanche; À peine si mes yeux peuvent suivre la branche De lierre que tu fis serpenter sur les plats.
Mais cet ivoire souple et presque diaphane, Marguerite, Marie, ou peut-être Diane, De leurs doigts amoureux l'ont jadis caressé;
Et ce vélin pâli que dora Clovis Ève Évoque, je ne sais par quel charme passé, L'âme de leur parfum et l'ombre de leur rêve.
La Dogaresse
Le palais est de marbre où, le long des portiques, Conversent des seigneurs que peignit Titien, Et les colliers massifs au poids du marc ancien Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.
Ils regardent au fond des lagunes antiques, De leurs yeux où reluit l'orgueil patricien, Sous le pavillon clair du ciel vénitien Étinceler l'azur des mers Adriatiques.