Le Mariage de Figaro Ch. 1/3 · 0%

Le Mariage de FigaroPart 8 of 14

Beaumarchais

French original · English translation

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Qui m'a dit le tenir d'un paysan. O perfide chanteur! lame à deux tranchans! c'est toi qui paieras pour tous le monde.

la comtesse.

Vous demandez pour vous un pardon que vous refusez aux autres: voilà bien les hommes! Ah! si jamais je consentais à pardonner en faveur de l'erreur où vous a jeté ce billet, j'exigerais que l'amnistie fût générale.

le comte.

Hé bien, de tout mon coeur, Comtesse. Mais comment réparer une faute aussi humiliante?

la comtesse se lève.

Elle l'était pour tous deux.

le comte.

Ah! dites pour moi seul.—Mais je suis encore à concevoir comment les femmes prennent si vite et si juste l'air et le ton des circonstances. Vous rougissiez, vous pleuriez, votre visage était défait.... D'honneur il l'est encore.

la comtesse s'efforçant de sourire.

Je rougissais.... du ressentiment de vos soupçons. Mais les hommes sont-ils assez délicats pour distinguer l'indignation d'une âme honnête outragée, d'avec la confusion qui naît d'une accusation méritée?

le comte souriant.

Et ce Page en désordre, en veste et presque nu....

la comtesse montrant Suzanne.

Vous le voyez devant vous. N'aimez-vous pas mieux l'avoir trouvé que l'autre? en général, vous ne haïssez pas de rencontrer celui-ci.

le comte riant plus fort.

Et ces prières, ces larmes feintes....

la comtesse.

Vous me faites rire, et j'en ai peu d'envie.

le comte.

Nous croyons valoir quelque chose en politique, et nous ne sommes que des enfans. C'est vous, c'est vous, Madame, que le Roi devrait envoyer en ambassade à Londres! Il faut que votre sexe ait fait une étude bien réfléchie de l'art de se composer pour réussir à ce point!

la comtesse.

C'est toujours vous qui nous y forcez.

suzanne.

Laissez-nous prisonniers sur parole, et vous verrez si nous sommes gens d'honneur.

la comtesse.

Brisons là, monsieur le Comte. J'ai peut-être été trop loin; mais mon indulgence, en un cas aussi grave, doit au moins m'obtenir la vôtre.

le comte.

Mais vous répéterez que vous me pardonnez.

la comtesse.

Est-ce que je l'ai dit, Suzon?

suzanne.

Je ne l'ai pas entendu, Madame.

le comte.

Hé bien, que ce mot vous échappe.

la comtesse.

Le méritez-vous donc, ingrat?

le comte.

Oui, par mon repentir.

suzanne.

Soupçonner un homme dans le cabinet de Madame!

le comte.

Elle m'en a si sévèrement puni!

suzanne.

Ne pas s'en fier à elle quand elle dit que c'est sa camariste!

le comte.

Rosine, êtes-vous donc implacable?

la comtesse.

Ah! Suzon! que je suis faible! quel exemple je te donne! (tendant la main au Comte.) On ne croira plus à la colère des femmes.

suzanne.

Bon! Madame, avec eux ne faut-il pas toujours en venir là?

le comte baise ardemment la main de sa femme.

SCÈNE XX.

SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE.

figaro arrivant tout essoufflé.

On disait Madame incommodée. Je suis vîte accouru.... je vois avec joie qu'il n'en est rien.

le comte sèchement.

Vous êtes fort attentif!

figaro.

Et c'est mon devoir. Mais puisqu'il n'en est rien, Monseigneur, tous vos jeunes vassaux des deux sexes sont en bas avec les violons et les cornemuses, attendant pour m'accompagner, l'instant où vous permettrez que je mène ma fiancée....

le comte.

Et qui surveillera la Comtesse au château?

figaro.

La veiller! elle n'est pas malade.

le comte.

Non; mais cet homme absent qui doit l'entretenir?

figaro.

Quel homme absent?

le comte.

L'homme du billet que vous avez remis à Bazile.

figaro.

Qui dit cela?

le comte.

Quand je ne le saurais pas d'ailleurs, fripon! ta physionomie qui t'accuse me prouverait déjà que tu mens.

figaro.

S'il est ainsi, ce n'est pas moi qui mens, c'est ma physionomie.

suzanne.

Va, mon pauvre Figaro! n'uses pas ton éloquence en défaites; nous avons tout dit.

figaro.

Et quoi dit? vous me traitez comme un Bazile!

suzanne.

Que tu avais écrit le billet de tantôt pour faire accroire à Monseigneur, quand il entrerait, que le petit Page était dans ce cabinet où je me suis enfermée.

le comte.

Qu'as-tu à répondre?

la comtesse.

Il n'y a plus rien à cacher, Figaro; le badinage est consommé.

figaro cherchant à deviner.

Le badinage... est consommé?

le comte.

Oui, consommé. Que dis-tu là-dessus?

figaro.

Moi! je dis.... que je voudrais bien qu'on en pût dire autant de mon mariage; et si vous l'ordonnez....

le comte.

Tu conviens donc enfin du billet?

figaro.

Puisque Madame le veut, que Suzanne le veut, que vous le voulez vous-même, il faut bien que je le veuille aussi: mais à votre place, en vérité, Monseigneur, je ne croirais pas un mot de tout ce que nous vous disons.

le comte.

Toujours mentir contre l'évidence! à la fin cela m'irrite.

la comtesse en riant.

Eh, ce pauvre garçon! pourquoi voulez-vous, Monsieur, qu'il dise une fois la vérité?

figaro bas à Suzanne.

Je l'avertis de son danger; c'est tout ce qu'un honnête homme peut faire.

suzanne bas.

As-tu vu le petit Page?

figaro bas.

Encore tout froissé.

suzanne bas.

Ah, Pécaïre!

la comtesse.

Allons, monsieur le Comte, ils brûlent de s'unir: leur impatience est naturelle! entrons pour la cérémonie.

le comte à part.

Et Marceline, Marceline.... (haut) je voudrais être.... au moins vêtu.

la comtesse.

Pour nos gens! est-ce que je le suis?

SCÈNE XXI.

FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE, LE COMTE, ANTONIO.

antonio, demi-gris, tenant un pot de giroflées écrasées.

Monseigneur! Monseigneur!

le comte.

Que me veux-tu, Antonio?

antonio.

Faites donc une fois griller les croisées qui donnent sur mes couches. On jette toutes sortes de choses par ces fenêtres; et tout à l'heure encore on vient d'en jeter un homme.

le comte.

Par ces fenêtres?

antonio.

Regardez comme on arrange mes giroflées.

suzanne bas à Figaro.

Alerte, Figaro! alerte.

figaro.

Monseigneur, il est gris dès le matin.

antonio.

Vous n'y êtes pas. C'est un petit reste d'hier. Voilà comme on fait des jugemens.... ténébreux.

le comte avec feu.

Cet homme! cet homme! où est-il?

antonio.

Où il est?

le comte.

Oui.

antonio.

C'est ce que je dis. Il faut me le trouver, déjà. Je suis votre domestique; il n'y a que moi qui prends soin de votre jardin; il y tombe un homme, et vous sentez.... que ma réputation en est effleurée.

suzanne bas à Figaro.

Détourne, détourne.

figaro.

Tu boiras donc toujours?

antonio.

Et si je ne buvais pas, je deviendrais enragé.

la comtesse.

Mais en prendre ainsi sans besoin....

antonio.

Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, Madame; il n'y a que çà qui nous distingue des autres bêtes.

le comte vivement.

Répons-moi donc, ou je vais te chasser.

antonio.

Est-ce que je m'en irais?

le comte.

Comment donc?

antonio se touchant le front.

Si vous n'avez pas assez de çà pour garder un bon domestique, je ne suis pas assez bête, moi, pour renvoyer un si bon maître.

le comte le secoue avec colère.

On a, dis-tu, jeté un homme par cette fenêtre?

antonio.

Oui, mon Excellence; tout à l'heure, en veste blanche, et qui s'est enfui, jarni, courant....

le comte impatienté.

Après?

antonio.

J'ai bien voulu courir après; mais je me suis donné contre la grille une si fière gourde à la main, que je ne peux plus remuer ni pied ni patte de ce doigt-là. (levant le doigt.)

le comte.

Au moins tu reconnaîtrais l'homme?

antonio.

Oh! que oui-dà!... si je l'avais vu, pourtant.

suzanne bas à Figaro.

Il ne l'a pas vu.

figaro.

Voilà bien du train pour un pot de fleurs! combien te faut-il, pleurard! avec ta giroflée? Il est inutile de chercher, Monseigneur; c'est moi qui ai sauté.

le comte.

Comment c'est vous!

antonio.

Combien te faut-il, pleurard? Votre corps a donc bien grandi depuis ce temps-là? car je vous ai trouvé beaucoup plus moindre et plus fluet!

figaro.

Certainement; quand on saute on se pelotone....

antonio.

M'est avis que c'était plutôt.... qui dirait, le gringalet de Page.

le comte.

Chérubin, tu veux dire?

figaro.

Oui, revenu tout exprès avec son cheval, de la porte de Séville, où peut-être il est déjà.

antonio.

O! non, je ne dis pas çà, je ne dis pas çà; je n'ai pas vu sauter de cheval, car je le dirais de même.

le comte.

Quelle patience!

figaro.

J'étais dans la chambre des femmes en veste blanche: il fait un chaud!... J'attendais là ma Suzanette, quand j'ai ouï tout à coup la voix de Monseigneur et le grand bruit qui se fesait; je ne sais quelle crainte m'a saisi à l'occasion de ce billet; et s'il faut avouer ma bêtise, j'ai sauté sans réflexion sur les couches, où je me suis même un peu foulé le pied droit. (il frotte son pied.)

antonio.

Puisque c'est vous, il est juste de vous rendre ce brinborion de papier qui a coulé de votre veste en tombant.

le comte se jette dessus.

Donne-le-moi. (il ouvre le papier et le referme.)

figaro, à part.

Je suis pris.

le comte à Figaro.

La frayeur ne vous aura pas fait oublier ce que contient ce papier ni comment il se trouvait dans votre poche?

figaro embarrassé fouille dans ses poches et en tire des papiers.

Non sûrement.... mais c'est que j'en ai tant; il faut répondre à tout.... (il regarde un des papiers.) Ceci? ah! c'est une lettre de Marceline en quatre pages; elle est belle!... Ne serait-ce pas la requête de ce pauvre braconnier en prison?... non, la voici... J'avais l'état des meubles du petit château dans l'autre poche....

(Le Comte r'ouvre le papier qu'il tient.)

la comtesse, bas à Suzanne.

Ah dieux! Suzon, c'est le brevet d'officier.

suzanne, bas à Figaro.

Tout est perdu, c'est le brevet.

le comte replie le papier.

Hé bien! l'homme aux expédiens, vous ne devinez pas?

antonio s'approchant de Figaro.

Monseigneur dit si vous ne devinez pas?

figaro le repousse.

Fi donc, vilain, qui me parle dans le nez!

le comte.

Vous ne vous rappelez pas ce que ce peut être?

figaro.

Ah ah ah ah! Povero! ce sera le brevet de ce malheureux enfant qu'il m'avait remis, et que j'ai oublié de lui rendre. Oh oh oh oh! étourdi que je suis! que fera-t-il sans son brevet? Il faut courir....

le comte.

Pourquoi vous l'aurait-il remis?

figaro embarrassé.

Il.... désirait qu'on y fît quelque chose.

le comte regarde son papier.

Il n'y manque rien.

la comtesse, bas à Suzanne.

Le cachet.

suzanne, bas à Figaro.

Le cachet y manque.

le comte à Figaro.

Vous ne répondez pas?

figaro.

C'est.... qu'en effet il y manque peu de chose. Il dit que c'est l'usage.

le comte.

L'usage! l'usage! l'usage de quoi?

figaro.

D'y apposer le sceau de vos armes. Peut-être aussi que cela ne valait pas la peine.

le comte r'ouvre le papier et le chiffonne de colère.

Allons, il est écrit que je ne saurai rien. (à part) C'est ce Figaro qui les mène, et je ne m'en vengerais pas!

(il veut sortir avec dépit.)

figaro l'arrêtant.

Vous sortez sans ordonner mon mariage?

SCÈNE XXII.

BAZILE, BARTHOLO, MARCELINE, FIGARO, LE COMTE, GRIPE-SOLEIL, LA COMTESSE, SUZANNE, ANTONIO, Valets du Comte, ses Vassaux.

marceline au Comte.

Ne l'ordonnez pas, Monseigneur; avant de lui faire grace, vous nous devez justice. Il a des engagemens avec moi.

le comte, à part.

Voilà ma vengeance arrivée.

figaro.

Des engagemens? de quelle nature? expliquez-vous?

marceline.

Oui, je m'expliquerai, malhonnête!

(La Comtesse s'assied sur une bergère; Suzanne est derrière elle.)

le comte.

De quoi s'agit-il, Marceline?

marceline.

D'une obligation de mariage.

figaro.

Un billet, voilà tout, pour de l'argent prêté.

marceline au Comte.

Sous condition de m'épouser. Vous êtes un grand seigneur, le premier juge de la province....

le comte.

Présentez-vous au tribunal; j'y rendrai justice à tout le monde.

bazile montrant Marceline.

En ce cas, votre grandeur permet que je fasse aussi valoir mes droits sur Marceline?

le comte, à part.

Ah! voilà mon fripon du billet.

figaro.

Autre fou de la même espèce!

le comte en colère à Bazile.

Vos droits! vos droits! il vous convient bien de parler devant moi, maître sot!

antonio frappant dans sa main.

Il ne l'a, ma foi, pas manqué du premier coup: c'est son nom.

le comte.

Marceline, on suspendra tout jusqu'à l'examen de vos titres, qui se fera publiquement dans la grand'salle d'audience. Honnête Bazile! agent fidèle et sûr! allez au bourg chercher les gens du siége.

bazile.

Pour son affaire?

le comte.

Et vous m'amènerez le paysan du billet.

bazile.

Est-ce que je le connais?

le comte.

Vous résistez!

bazile.

Je ne suis pas entré au château pour en faire les commissions.

le comte.

Quoi donc?

bazile.

Homme à talent sur l'orgue du village, je montre le clavecin à Madame, à chanter à ses femmes, la mandoline aux pages; et mon emploi, surtout, est d'amuser votre compagnie avec ma guitare, quand il vous plaît me l'ordonner.

gripe-soleil s'avance.

J'irai bien, Monsigneu, si cela vous plaira?

le comte.

Quel est ton nom et ton emploi?

gripe-soleil.

Je suis Gripe-Soleil, mon bon signeu; le petit patouriau des chèvres, commandé pour le feu d'artifice. C'est fête aujourd'hui dans le troupiau; et je sais ous-ce-qu'est toute l'enragée boutique à procès du pays.

le comte.

Ton zèle me plaît; vas-y; mais vous, (à Bazile) accompagnez Monsieur en jouant de la guitare, et chantant pour l'amuser en chemin; il est de ma compagnie.

gripe-soleil joyeux.

Oh, moi, je suis de la...

(Suzanne l'apaise de la main en lui montrant la Comtesse.)

bazile surpris.

Que j'accompagne Gripe-Soleil en jouant?

le comte.

C'est votre emploi! partez, ou je vous chasse. (Il sort.)

SCÈNE XXIII.

Les Acteurs précédens, excepté le Comte.

bazile à lui-même.

Ah! je n'irai pas lutter contre le pot de fer, moi qui ne suis...

figaro.

Qu'une cruche.

bazile à part.

Au lieu d'aider à leur mariage, je m'en vais assurer le mien avec Marceline. (à Figaro) Ne conclus rien, crois-moi, que je ne sois de retour. (il va prendre la guitare sur le fauteuil du fond.)

figaro le suit.

Conclure! oh! va, ne crains rien; quand même tu ne reviendrais jamais... tu n'as pas l'air en train de chanter; veux-tu que je commence?... allons, gai! haut la-mi-la pour ma fiancée. (il se met en marche à reculons, danse en chantant la Séguedille suivante; Bazile accompagne, et tout le monde le suit.)

séguedille: air noté.

Je préfère à richesse La sagesse De ma Suzon, Zon, zon, zon, Zon, zon, zon, Zon, zon, zon, Zon, zon, zon. Aussi sa gentillesse Est maîtresse De ma raison; Zon, zon, zon, Zon, zon, zon, Zon, zon, zon, Zon, zon, zon.

(Le bruit s'éloigne, on n'entend pas le reste.)

SCÈNE XXIV.

SUZANNE, LA COMTESSE.

la comtesse dans sa bergère.

Vous voyez, Suzanne, la jolie scène que votre étourdi m'a value avec son billet.

suzanne.

Ah! Madame, quand je suis rentrée du cabinet, si vous aviez vu votre visage! il s'est terni tout à coup; mais ce n'a été qu'un nuage; et par degrés vous êtes devenue rouge, rouge, rouge!

la comtesse.

Il a donc sauté par la fenêtre?

suzanne.

Sans hésiter, le charmant enfant! léger... comme une abeille.

la comtesse.

Ah ce fatal jardinier! Tout cela m'a remuée au point... que je ne pouvais rassembler deux idées.

suzanne.

Ah! Madame, au contraire; et c'est-là que j'ai vu combien l'usage du grand monde donne d'aisance aux dames comme il faut, pour mentir sans qu'il y paraisse.

la comtesse.

Crois-tu que le Comte en soit la dupe? et s'il trouvait cet enfant au château!

suzanne.

Je vais recommander de le cacher si bien...

la comtesse.

Il faut qu'il parte. Après ce qui vient d'arriver, vous croyez bien que je ne suis pas tentée de l'envoyer au jardin à votre place.

suzanne.

Il est certain que je n'irai pas non plus. Voilà donc mon mariage encore une fois...

la comtesse se lève.

Attends... Au lieu d'un autre ou de toi, si j'y allais moi-même.

suzanne.

Vous, Madame?

la comtesse.

Il n'y aurait personne d'exposé... le Comte alors ne pourrait nier... Avoir puni sa jalousie et lui prouver son infidélité! cela serait... Allons, le bonheur d'un premier hasard m'enhardit à tenter le second. Fais-lui savoir promptement que tu te rendras au jardin; mais surtout que personne...

suzanne

Ah! Figaro.

la comtesse.

Non, non; il voudrait mettre ici du sien... Mon masque de velours et ma canne, que j'aille y rêver sur la terrasse. (Suzanne entre dans le cabinet de toilette.)

SCÈNE XXV.

la comtesse seule.

Il est assez effronté mon petit projet! (elle se retourne.) Ah le ruban! mon joli ruban! je t'oubliais! (elle le prend sur sa bergère et le roule.) Tu ne me quitteras plus... tu me rappelleras la scène où ce malheureux enfant... Ah! monsieur le Comte, qu'avez-vous fait?... et moi, que fais-je en ce moment?

SCÈNE XXVI.

LA COMTESSE, SUZANNE.

(La Comtesse met furtivement le ruban dans son sein.)

suzanne.

Voici la canne et votre loup.

la comtesse.

Souviens-toi que je t'ai défendu d'en dire un mot à Figaro.

suzanne avec joie.

Madame, il est charmant votre projet. Je viens d'y réfléchir. Il rapproche tout, termine tout, embrasse tout; et quelque chose qui arrive, mon mariage est maintenant certain. (elle baise la main de sa maîtresse.)

(Elles sortent.)

Fin du second Acte.

Pendant l'entr'acte, des valets arrangent la salle d'audience: on apporte les deux banquettes à dossier des avocats, que l'on place aux deux côtés du théâtre, de façon que le passage soit libre par derrière. On pose une estrade à deux marches dans le milieu du théâtre vers le fond, sur laquelle on place le fauteuil du Comte. On met la table du greffier et son tabouret de côté sur le devant, et des siéges pour Brid'oison et d'autres juges, des deux côtés de l'estrade du Comte.