Le Mariage de FigaroPart 4 of 14
French original · English translation
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À des moralités d'ensemble et de détail, répandues dans les flots d'une inaltérable gaieté; à un dialogue assez vif, dont la facilité nous cache le travail, si l'auteur a joint une intrigue aisément filée, où l'art se dérobe sous l'art, qui se noue et se dénoue sans cesse, à travers une foule de situations comiques, de tableaux piquans et variés qui soutiennent, sans la fatiguer, l'attention du public pendant les trois heures et demie que dure le même spectacle; (essai que nul homme de lettres n'avait encore osé tenter!) que restait-il à faire à de pauvres méchans que tout cela irrite? attaquer, poursuivre l'auteur, par des injures verbales, manuscrites, imprimées: c'est ce qu'on a fait sans relâche. Ils ont même épuisé jusqu'à la calomnie, pour tâcher de me perdre dans l'esprit de tout ce qui influe en France sur le repos d'un citoyen. Heureusement que mon ouvrage est sous les yeux de la nation, qui depuis dix grands mois le voit, le juge et l'apprécie. Le laisser jouer tant qu'il fera plaisir, est la seule vengeance que je me sois permise. Je n'écris point ceci pour les lecteurs actuels: le récit d'un mal trop connu touche peu; mais dans quatre-vingts ans il portera son fruit. Les auteurs de ce temps-là compareront leur sort au nôtre; et nos enfans sauront à quel prix on pouvait amuser leurs pères.
Allons au fait; ce n'est pas tout cela qui blesse. Le vrai motif qui se cache, et qui dans les replis du coeur produit tous les autres reproches, est renfermé dans ce quatrain:
En effet, Figaro parlant du métier de courtisan, le définit dans ces termes sévères. Je ne puis le nier, je l'ai dit. Mais reviendrai-je sur ce point? Si c'est un mal, le remède serait pire: il faudrait poser méthodiquement ce que je n'ai fait qu'indiquer; revenir à montrer qu'il n'y a point de synonyme en français, entre l'homme de la cour, l'homme de cour, et le courtisan par métier.
Il faudrait répéter qu'homme de la cour peint seulement un noble état; qu'il s'entend de l'homme de qualité, vivant avec la noblesse et l'éclat que son rang lui impose; que si cet homme de la cour aime le bien par goût, sans intérêt; si, loin de jamais nuire à personne, il se fait estimer de ses maîtres, aimer de ses égaux, et respecter des autres; alors cette acception reçoit un nouveau lustre, et j'en connais plus d'un que je nommerais avec plaisir, s'il en était question.
Il faudrait montrer qu'homme de cour, en bon français, est moins l'énoncé d'un état que le résumé d'un caractère adroit, liant, mais réservé; pressant la main de tout le monde en glissant chemin à travers; menant finement son intrigue avec l'air de toujours servir; ne se fesant point d'ennemis, mais donnant près d'un fossé, dans l'occasion, de l'épaule au meilleur ami, pour assurer sa chute et le remplacer sur la crête; laissant à part tout préjugé qui pourrait ralentir sa marche; souriant à ce qui lui déplaît, et critiquant ce qu'il approuve, selon les hommes qui l'écoutent; dans les liaisons utiles de sa femme ou de sa maîtresse, ne voyant que ce qu'il doit voir; enfin....
Cette acception n'est pas aussi défavorable que celle du courtisan par métier; et c'est l'homme dont parle Figaro.
Mais quand j'étendrais la définition de ce dernier; quand, parcourant tous les possibles, je le montrerais avec son maintien équivoque, haut et bas à la fois; rampant avec orgueil; ayant toutes les prétentions sans en justifier une; se donnant l'air du protégement pour se faire chef de parti; dénigrant tous les concurrens qui balanceraient son crédit; fesant un métier lucratif de ce qui ne devrait qu'honorer; vendant ses maîtresses à son maître, lui fesant payer ses plaisirs, &c. &c. et quatre pages d'&c. il faudrait toujours revenir au distique de Figaro. Recevoir, prendre et demander; voilà le secret en trois mots.
Pour ceux-ci, je n'en connais point; il y en eut, dit-on, sous Henri III, sous d'autres rois encore; mais c'est l'affaire de l'historien; et quant à moi, je suis d'avis que les vicieux du siècle en sont comme les saints; qu'il faut cent ans pour les canoniser. Mais puisque j'ai promis la critique de ma pièce, il faut enfin que je la donne.
En général son grand défaut est que je ne l'ai point faite en observant le monde; qu'elle ne peint rien de ce qui existe, et ne rappelle jamais l'image de la société où l'on vit; que ses moeurs basses et corrompues n'ont pas même le mérite d'être vraies. Et c'est ce qu'on lisait dernièrement dans un beau discours imprimé, composé par un homme de bien, auquel il n'a manqué qu'un peu d'esprit pour être un écrivain médiocre. Mais médiocre ou non, moi qui ne fis jamais usage de cette allure oblique et torse avec laquelle un sbire, qui n'a pas l'air de vous regarder, vous donne du stilet au flanc, je suis de l'avis de celui-ci. Je conviens qu'à la vérité la génération passée ressemblait beaucoup à ma pièce, que la génération future lui ressemblera beaucoup aussi, mais que pour la génération présente elle ne lui ressemble aucunement; que je n'ai jamais rencontré ni mari suborneur, ni seigneur libertin, ni courtisan avide, ni juge ignorant ou passionné, ni avocat injuriant, ni gens médiocres avancés, ni traducteur bassement jaloux; et que si des âmes pures, qui ne s'y reconnaissent point du tout, s'irritent contre ma pièce et la déchirent sans relâche, c'est uniquement par respect pour leurs grands-pères, et sensibilité pour leurs petits-enfans. J'espère, après cette déclaration, qu'on me laissera bien tranquille; ET J'AI FINI.
CARACTÈRES ET HABILLEMENS DE LA PIÈCE.
le comte almaviva doit être joué très-noblement, mais avec grâce et liberté. La corruption du coeur ne doit rien ôter au bon ton de ses manières. Dans les moeurs de ce temps-là, les grands traitaient en badinant toute entreprise sur les femmes. Ce rôle est d'autant plus pénible à bien rendre, que le personnage est toujours sacrifié; mais joué par un comédien excellent, (M. Molé) il a fait ressortir tous les rôles, et assuré le succès de la pièce.
Son vêtement du premier et second actes est un habit de chasse, avec des bottines à mi-jambe, de l'ancien costume espagnol. Du troisième acte jusqu'à la fin, un habit superbe de ce costume.
la comtesse, agitée de deux sentimens contraires, ne doit montrer qu'une sensibilité réprimée, ou une colère très-modérée; rien surtout qui dégrade aux yeux du spectateur son caractère aimable et vertueux. Ce rôle, un des plus difficiles de la pièce, a fait infiniment d'honneur au grand talent de mademoiselle Saint-Val, cadette.
Son vêtement du premier, second et quatrième actes, est une lévite commode, et nul ornement sur la tête; elle est chez elle et censée incommodée. Au cinquième acte, elle a l'habillement et la haute coiffure de Suzanne.
figaro. L'on ne peut trop recommander à l'acteur qui jouera ce rôle de bien se pénétrer de son esprit, comme l'a fait M. Dazincourt. S'il y voyait autre chose que de la raison assaisonnée de gaieté et de saillies, surtout s'il y mettait la moindre charge, il avilirait un rôle que le premier comique du théâtre, M. Préville, a jugé devoir honorer le talent de tout comédien qui saurait en saisir les nuances multipliées, et pourrait s'élever à son entière conception.
Son vêtement comme dans le Barbier de Séville.
suzanne. Jeune personne adroite, spirituelle et rieuse, mais non de cette gaieté presqu'effrontée de nos soubrettes corruptrices: son joli caractère est dessiné dans la préface, et c'est-là que l'actrice qui n'a point vu mademoiselle Contat doit l'étudier pour le bien rendre.
Son vêtement des quatre premiers actes est un juste blanc à basquines, très-élégant, la jupe de même, avec une toque, appelée depuis par nos marchandes, à la Suzanne. Dans la fête du quatrième acte, le Comte lui pose sur la tête une toque à long voile, à hautes plumes et à rubans blancs. Elle porte, au cinquième acte, la lévite de sa maîtresse, et nul ornement sur la tête.
marceline est une femme d'esprit, née un peu vive, mais dont les fautes et l'expérience ont réformé le caractère. Si l'actrice qui le joue s'élève avec une fierté bien placée, à la hauteur très-morale qui suit la reconnaissance du troisième acte, elle ajoutera beaucoup à l'intérêt de l'ouvrage.
Son vêtement est celui des duègnes espagnoles, d'une couleur modeste, un bonnet noir sur la tête.
antonio ne doit montrer qu'une demi-ivresse, qui se dissipe par degrés, de sorte qu'au cinquième acte on n'en aperçoive presque plus.
Son vêtement est celui d'un paysan espagnol, où les manches pendent par derrière; un chapeau et des souliers blancs.
fanchette est une enfant de douze ans, très-naïve. Son petit habit est un juste brun avec des gances et des boutons d'argent, la jupe de couleur tranchante, et une toque noire à plumes sur la tête. Il sera celui des autres paysannes de la noce.
chérubin. Ce rôle ne peut être joué, comme il l'a été, que par une jeune et très-jolie femme; nous n'avons point à nos théâtres de très-jeune homme assez formé pour en bien sentir les finesses. Timide à l'excès devant la Comtesse, ailleurs un charmant polisson, un désir inquiet et vague est le fond de son caractère. Il s'élance à la puberté, mais sans projet, sans connaissances, et tout entier à chaque événement: enfin il est ce que toute mère, au fond du coeur, voudrait peut-être que fût son fils, quoiqu'elle dût beaucoup en souffrir.
Son riche vêtement aux premier et second actes, est celui d'un page de cour espagnol, blanc et brodé d'argent, le léger manteau bleu sur l'épaule, et un chapeau chargé de plumes. Au quatrième acte, il a le corset, la jupe et la toque des jeunes paysannes qui l'amènent. Au cinquième acte, un habit uniforme d'officier, une cocarde et une épée.
bartholo. Le caractère et l'habit comme dans le Barbier de Séville; il n'est ici qu'un rôle secondaire.
bazile. Caractère et vêtement comme dans le Barbier de Séville. Il n'est aussi qu'un rôle secondaire.
brid'oison doit avoir cette bonne et franche assurance des bêtes qui n'ont plus leur timidité. Son bégaiement n'est qu'une grâce de plus, qui doit à peine être sentie; et l'acteur se tromperait lourdement, et jouerait à contre-sens, s'il y cherchait le plaisant de son rôle. Il est tout entier dans l'opposition de la gravité de son état au ridicule du caractère; et moins l'acteur le chargera, plus il montrera de vrai talent.
Son habit est une robe de juge espagnol, moins ample que celle de nos procureurs, presque une soutane: une grosse perruque, une gonille ou rabat espagnol au col, et longue baguette blanche à la main.
double-main. Vêtu comme le juge, mais la baguette blanche plus courte.
l'huissier OU Alguazil. Habit, manteau, épée de Crispin, mais portée à son côté sans ceinture de cuir; point de bottines, une chaussure noire, une perruque blanche naissante et longue à mille boucles, une baguette blanche.
gripe-soleil. Habit de paysan, les manches pendantes, veste de couleur tranchée, chapeau blanc.
une jeune bergère. Son vêtement comme celui de Fanchette.
pedrille. En veste, gilet, ceinture, fouet et bottes de poste, une réçille sur la tête, chapeau de courrier.
personnages muets. Les uns en habit de juges, d'autres en habits de paysans, les autres en habits de livrée.
Placement des acteurs.
Pour faciliter les jeux du théâtre, on a eu l'attention d'écrire, au commencement de chaque scène, le nom des personnages dans l'ordre où le spectateur les voit. S'ils font quelque mouvement grave dans la scène, il est désigné par un nouvel ordre de noms, écrit en marge à l'instant qu'il arrive. Il est important de conserver les bonnes positions théâtrales; le relâchement dans la tradition donnée par les premiers acteurs, en produit bientôt un total dans le jeu des pièces, qui finit par assimiler les troupes négligentes aux plus faibles comédiens de société.
Lu et approuvé, le 25 janvier 1785.
Signé, BRET.
Vu l'approbation, permis d'imprimer, ce 31 janvier 1785.
Signé, LE NOIR.
LE MARIAGE DE FIGARO.
PERSONNAGES.
| LE COMTE ALMAVIVA, grand-Corrégidor d'Andalousie. | M. Molé. |
| LA COMTESSE, sa femme. | Mlle Saint-Val. |
| FIGARO, valet-de-chambre du Comte, et concierge du château. | M. d'Azincourt. |
| SUZANNE, première camariste de la Comtesse, et fiancée de Figaro. | Mlle Contat. |
| MARCELINE, femme de charge. | Mme Bellecourt; |
| et ensuite Mlle la Chassaigne. | |
| ANTONIO, jardinier du château, oncle de Suzanne et père de Fanchette. | M. Belmont. |
| FANCHETTE, fille d'Antonio. | Mlle Laurent. |
| CHÉRUBIN, premier page du Comte. | Mlle Olivier. |
| BARTHOLO, médecin de Séville. | M. Desessarts. |
| BAZILE, maître de clavecin de la Comtesse. | M. Vanhove. |
| DON GUSMAN BRID'OISON, lieutenant du siège. | M. Préville; |
| et ensuite M. Dugazon. | |
| DOUBLE-MAIN, greffier, secrétaire de don Gusman. | M. Marsy. |
| UN HUISSIER-AUDIENCIER. | M. la Rochelle. |
| GRIPE-SOLEIL, jeune pastoureau. | M. Champville. |
| UNE JEUNE BERGÈRE. | Mlle Dantier. |
| PEDRILLE, piqueur du Comte. | M. Florence. |
| PERSONNAGES MUETS. | |
| TROUPE DE VALETS. | |
| TROUPE DE PAYSANNES. | |
| TROUPE DE PAYSANS. |
La scène est au château d'Aguas-Frescas, à trois lieues de Séville.