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GerminalPart 43 of 55

Émile Zola

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
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Elle trinqua, mais d'une main si tremblante, qu'on entendit le tintement léger des deux verres. Lui, maintenant, avait tiré de sa poche une poignée de monnaie blanche, qu'il étalait par une ostentation d'ivrogne, en disant que c'était avec sa sueur qu'on gagnait ça, et qu'il défiait les feignants de montrer dix sous. L'attitude des camarades l'exaspérait, il en arriva aux insultes directes.

—Alors, c'est la nuit que les taupes sortent? Il faut que les gendarmes dorment pour qu'on rencontre les brigands?

Étienne s'était levé, très calme, résolu.

—Écoute, tu m'embêtes… Oui, tu es un mouchard, ton argent pue encore quelque traîtrise, et ça me dégoûte de toucher à ta peau de vendu. N'importe! je suis ton homme, il y a assez longtemps que l'un des deux doit manger l'autre.

Chaval serra les poings.

—Allons donc! il faut t'en dire pour t'échauffer, bougre de lâche! … Toi tout seul, je veux bien! et tu vas me payer les cochonneries qu'on m'a faites!

Les bras suppliants, Catherine s'avançait entre eux; mais ils n'eurent pas la peine de la repousser, elle sentit la nécessité de la bataille, elle recula d'elle-même, lentement. Debout contre le mur, elle demeura muette, si paralysée d'angoisse, qu'elle ne frissonnait plus, les yeux grands ouverts sur ces deux hommes qui allaient se tuer pour elle.

Madame Rasseneur, simplement, enlevait les chopes de son comptoir, de peur qu'elles ne fussent cassées. Puis, elle se rassit sur la banquette, sans témoigner de curiosité malséante. On ne pouvait pourtant laisser deux anciens camarades s'égorger ainsi, Rasseneur s'entêtait à intervenir, et il fallut que Souvarine le prît par une épaule, le ramenât près de la table, en disant:

—Ça ne te regarde pas… Il y en a un de trop, c'est au plus fort de vivre.

Déjà, sans attendre l'attaque, Chaval lançait dans le vide ses poings fermés. Il était le plus grand, dégingandé, visant à la figure, par de furieux coups de taille, des deux bras, l'un après l'autre, comme s'il eût manoeuvré une paire de sabres. Et il causait toujours, il posait pour la galerie, avec des bordées d'injures, qui l'excitaient.

—Ah! sacré marlou, j'aurai ton nez! C'est ton nez que je veux me foutre quelque part! … Donne donc ta gueule, miroir à putains, que j'en fasse de la bouillie pour les cochons, et nous verrons après si les garces de femmes courent après toi!

Muet, les dents serrées, Étienne se ramassait dans sa petite taille, jouant le jeu correct, la poitrine et la face couvertes de ses deux poings; et il guettait, il les détendait avec une raideur de ressorts, en terribles coups de pointe.

D'abord, ils ne se firent pas grand mal. Les moulinets tapageurs de l'un, l'attente froide de l'autre, prolongeaient la lutte. Une chaise fut renversée, leurs gros souliers écrasaient le sable blanc, semé sur les dalles. Mais ils s'essoufflèrent à la longue, on entendit le ronflement de leur haleine, tandis que leur face rouge se gonflait comme d'un brasier intérieur, dont on voyait les flammes, par les trous clairs de leurs yeux.

—Touché! hurla Chaval, atout sur ta carcasse!

En effet, son poing, pareil à un fléau lancé de biais, avait labouré l'épaule de son adversaire. Celui-ci retint un grognement de douleur, il n'y eut qu'un bruit mou, la sourde meurtrissure des muscles. Et il répondit par un coup droit en pleine poitrine, qui aurait défoncé l'autre, s'il ne s'était garé, dans ses continuels sauts de chèvre. Pourtant, le coup l'atteignit au flanc gauche, si rudement encore, qu'il chancela, la respiration coupée. Une rage le prit, de sentir ses bras mollir dans la souffrance, et il rua comme une bête, il visa le ventre pour le crever du talon.

—Tiens! à tes tripes! bégaya-t-il de sa voix étranglée. Faut que je les dévide au soleil!

Étienne évita le coup, si indigné de cette infraction aux règles d'un combat loyal, qu'il sortit de son silence.

—Tais-toi donc, brute! Et pas les pieds, nom de Dieu! ou je prends une chaise pour t'assommer!

Alors, la bataille s'aggrava. Rasseneur, révolté, serait intervenu de nouveau, sans le regard sévère de sa femme, qui le maintenait: est-ce que deux clients n'avaient pas le droit de régler une affaire chez eux? Il s'était mis simplement devant la cheminée, car il craignait de les voir se culbuter dans le feu. Souvarine, de son air paisible, avait roulé une cigarette, qu'il oubliait cependant d'allumer. Contre le mur, Catherine restait immobile; ses mains seules, inconscientes, venaient de monter à sa taille; et, là, elles s'étaient tordues, elles arrachaient l'étoffe de sa robe, dans des crispations régulières. Tout son effort était de ne pas crier, de ne pas en tuer un, en criant sa préférence, si éperdue d'ailleurs, qu'elle ne savait même plus qui elle préférait.

Bientôt, Chaval s'épuisa, inondé de sueur, tapant au hasard. Malgré sa colère, Étienne continuait à se couvrir, parait presque tous les coups, dont quelques-uns l'éraflaient. Il eut l'oreille fendue, un ongle lui emporta un lambeau du cou, et dans une telle cuisson, qu'il jura à son tour, en lançant un de ses terribles coups droits. Une fois encore, Chaval gara sa poitrine d'un saut; mais il s'était baissé, le poing l'atteignit au visage, écrasa le nez, enfonça un oeil. Tout de suite, un jet de sang partit des narines, l'oeil enfla, se tuméfia, bleuâtre. Et le misérable, aveuglé par ce flot rouge, étourdi de l'ébranlement de son crâne, battait l'air de ses bras égarés, lorsqu'un autre coup, en pleine poitrine enfin, l'acheva. Il y eut un craquement, il tomba sur le dos, de la chute lourde d'un sac de plâtre qu'on décharge.

Étienne attendit.

—Relève-toi. Si tu en veux encore, nous allons recommencer.

Sans répondre, Chaval, après quelques secondes d'hébétement, se remua par terre, détira ses membres. Il se ramassait avec peine, il resta un instant sur les genoux, en boule, faisant de sa main, au fond de sa poche, une besogne qu'on ne voyait pas. Puis, quand il fut debout, il se rua de nouveau, la gorge gonflée d'un hurlement sauvage.

Mais Catherine avait vu; et, malgré elle, un grand cri lui sortit du coeur et l'étonna, comme l'aveu d'une préférence ignorée d'elle-même.

—Prends garde! il a son couteau!

Étienne n'avait eu que le temps de parer le premier coup avec son bras. La laine du tricot fut coupée par l'épaisse lame, une de ces lames qu'une virole de cuivre fixe dans un manche de buis. Déjà, il avait saisi le poignet de Chaval, une lutte effrayante s'engagea, lui se sentant perdu s'il lâchait, l'autre donnant des secousses, pour se dégager et frapper. L'arme s'abaissait peu à peu, leurs membres raidis se fatiguaient, deux fois Étienne eut la sensation froide de l'acier contre sa peau; et il dut faire un effort suprême, il broya le poignet dans une telle étreinte, que le couteau glissa de la main ouverte. Tous deux s'étaient jetés par terre, ce fut lui qui le ramassa, qui le brandit à son tour. Il tenait Chaval renversé sous son genou, il menaçait de lui ouvrir la gorge.

—Ah! nom de Dieu de traître, tu vas y passer!

Une voix abominable, en lui, l'assourdissait. Cela montait de ses entrailles, battait dans sa tête à coups de marteau, une brusque folie du meurtre, un besoin de goûter au sang. Jamais la crise ne l'avait secoué ainsi. Pourtant, il n'était pas ivre. Et il luttait contre le mal héréditaire, avec le frisson désespéré d'un furieux d'amour qui se débat au bord du viol. Il finit par se vaincre, il lança le couteau derrière lui, en balbutiant d'une voix rauque:

—Relève-toi, va-t'en!

Cette fois, Rasseneur s'était précipité, mais sans trop oser se risquer entre eux, dans la crainte d'attraper un mauvais coup. Il ne voulait pas qu'on s'assassinât chez lui, il se fâchait si fort, que sa femme, toute droite au comptoir, lui faisait remarquer qu'il criait toujours trop tôt. Souvarine, qui avait failli recevoir le couteau dans les jambes, se décidait à allumer sa cigarette. C'était donc fini? Catherine regardait encore, stupide devant les deux hommes, vivants l'un et l'autre.

—Va-t'en! répéta Étienne, va-t'en ou je t'achève!

Chaval se releva, essuya d'un revers de main le sang qui continuait à lui couler du nez; et, la mâchoire barbouillée de rouge, l'oeil meurtri, il s'en alla en traînant les jambes, dans la rage de sa défaite. Machinalement, Catherine le suivit. Alors, il se redressa, sa haine éclata en un flot d'ordures.

—Ah! non, ah! non, puisque c'est lui que tu veux, couche avec lui, sale rosse! Et ne refous pas les pieds chez moi, si tu tiens à ta peau!

Il fit claquer violemment la porte. Un grand silence régna dans la salle tiède, où l'on entendit le petit ronflement de la houille. Par terre, il ne restait que la chaise renversée et qu'une pluie de sang, dont le sable des dalles buvait les gouttes.

IV

Quand ils furent sortis de chez Rasseneur, Étienne et Catherine marchèrent en silence. Le dégel commençait, un dégel froid et lent, qui salissait la neige sans la fondre. Dans le ciel livide, on devinait la lune pleine, derrière de grands nuages, des haillons noirs qu'un vent de tempête roulait furieusement, très haut; et, sur la terre, aucune haleine ne soufflait, on n'entendait que l'égouttement des toitures, d'où tombaient des paquets blancs, d'une chute molle.

Étienne, embarrassé de cette femme qu'on lui donnait, ne trouvait rien à dire, dans son malaise. L'idée de la prendre et de la cacher avec lui, à Réquillart, lui semblait absurde. Il avait voulu la conduire au coron, chez ses parents; mais elle s'y était refusée, d'un air de terreur: non, non, tout plutôt que de se remettre à leur charge, après les avoir quittés si vilainement! Et ni l'un ni l'autre ne parlaient plus, ils piétinaient au hasard, par les chemins qui se changeaient en fleuves de boue. D'abord, ils étaient descendus vers le Voreux; puis ils tournèrent à droite, ils passèrent entre le terri et le canal.

—Il faut pourtant que tu couches quelque part, dit-il enfin. Moi, si j'avais seulement une chambre, je t'emmènerais bien…

Mais un accès de timidité singulière l'interrompit. Leur passé lui revenait, leurs gros désirs d'autrefois, et les délicatesses, et les hontes qui les avaient empêchés d'aller ensemble. Est-ce qu'il voulait toujours d'elle, pour se sentir si troublé, peu à peu chauffé au coeur d'une envie nouvelle?

Le souvenir des gifles qu'elle lui avait allongées, à Gaston-Marie, l'excitait maintenant, au lieu de l'emplir de rancune. Et il restait surpris, l'idée de la prendre à Réquillart devenait toute naturelle et d'une exécution facile.

—Voyons, décide-toi, où veux-tu que je te mène? … Tu me détestes donc bien, que tu refuses de te mettre avec moi?

Elle le suivait lentement, retardée par les glissades pénibles de ses sabots dans les ornières; et, sans lever la tête, elle murmura:

—J'ai assez de peine, mon Dieu! ne m'en fais pas davantage. A quoi ça nous avancerait-il, ce que tu demandes, aujourd'hui que j'ai un galant et que tu as toi-même une femme?

C'était de la Mouquette dont elle parlait. Elle le croyait avec cette fille, comme le bruit en courait depuis quinze jours; et, quand il lui jura que non, elle hocha la tête, elle rappela le soir où elle les avait vus se baiser à pleine bouche.

—Est-ce dommage, toutes ces bêtises? reprit-il à demi-voix, en s'arrêtant. Nous nous serions si bien entendus!

Elle eut un petit frisson, elle répondit:

—Va, ne regrette rien, tu ne perds pas grand-chose, si tu savais quelle patraque je suis, guère plus grosse que deux sous de beurre, si mal fichue que je ne deviendrai jamais une femme, bien sûr!

Et elle continua librement, elle s'accusait comme d'une faute de ce long retard de sa puberté. Cela, malgré l'homme qu'elle avait eu, la diminuait, la reléguait parmi les gamines. On a une excuse encore, lorsqu'on peut faire un enfant.

—Ma pauvre petite! dit tout bas Étienne, saisi d'une grande pitié.

Ils étaient au pied du terri, cachés dans l'ombre du tas énorme. Un nuage d'encre passait justement sur la lune, ils ne distinguaient même plus leurs visages, et leurs souffles se mêlaient, leurs lèvres se cherchaient, pour ce baiser dont le désir les avait tourmentés pendant des mois. Mais, brusquement, la lune reparut, ils virent au-dessus d'eux, en haut des roches blanches de lumière, la sentinelle détachée du Voreux, toute droite. Et, sans qu'ils se fussent baisés enfin, une pudeur les sépara, cette pudeur ancienne où il y avait de la colère, une vague répugnance et beaucoup d'amitié. Ils repartirent pesamment, dans le gâchis jusqu'aux chevilles.

—C'est décidé, tu ne veux pas? demanda Étienne.

—Non, dit-elle. Toi, après Chaval, hein? et, après toi, un autre… Non, ça me dégoûte, je n'y ai aucun plaisir, pour quoi faire alors?

Ils se turent, marchèrent une centaine de pas, sans échanger un mot.

—Sais-tu où tu vas au moins? reprit-il. Je ne puis te laisser dehors par une nuit pareille.

Elle répondit simplement:

—Je rentre, Chaval est mon homme, je n'ai pas à coucher ailleurs que chez lui.

—Mais il t'assommera de coups!

Le silence recommença. Elle avait eu un haussement d'épaules résigné. Il la battrait, et quand il serait las de la battre, il s'arrêterait: ne valait-il pas mieux ça, que de rouler les chemins comme une gueuse? Puis, elle s'habituait aux gifles, elle disait, pour se consoler, que, sur dix filles, huit ne tombaient pas mieux qu'elle. Si son galant l'épousait un jour, ce serait tout de même bien gentil de sa part.

Étienne et Catherine s'étaient dirigés machinalement vers Montsou, et à mesure qu'ils s'en approchaient, leurs silences devenaient plus longs. C'était comme s'ils n'avaient déjà plus été ensemble. Lui, ne trouvait rien pour la convaincre, malgré le gros chagrin qu'il éprouvait à la voir retourner avec Chaval. Son coeur se brisait, il n'avait guère mieux à offrir, une existence de misère et de fuite, une nuit sans lendemain, si la balle d'un soldat lui cassait la tête. Peut-être, en effet, était-ce plus sage de souffrir ce qu'on souffrait, sans tenter une autre souffrance. Et il la reconduisait chez son galant, la tête basse, et il n'eut pas de protestation, lorsque, sur la grande route, elle l'arrêta au coin des Chantiers, à vingt mètres de l'estaminet Piquette, en disant:

—Ne viens pas plus loin. S'il te voyait, ça ferait encore du vilain.

Onze heures sonnaient à l'église, l'estaminet était fermé, mais des lueurs passaient par les fentes.

—Adieu, murmura-t-elle.

Elle lui avait donné sa main, il la gardait, et elle dut la retirer péniblement, d'un lent effort, pour le quitter. Sans retourner la tête, elle rentra par la petite porte, avec sa loquette. Mais lui ne s'éloignait point, debout à la même place, les yeux sur la maison, anxieux de ce qui se passait là. Il tendait l'oreille, il tremblait d'entendre des hurlements de femme battue. La maison demeurait noire et silencieuse, il vit seulement s'éclairer une fenêtre du premier étage; et, comme cette fenêtre s'ouvrait et qu'il reconnaissait l'ombre mince qui se penchait sur la route, il s'avança.

Catherine, alors, souffla d'une voix très basse:

—Il n'est pas rentré, je me couche… Je t'en supplie, va-t'en!

Étienne s'en alla. Le dégel augmentait, un ruissellement d'averse tombait des toitures, une sueur d'humidité coulait des murailles, des palissades, de toutes les masses confuses de ce faubourg industriel, perdues dans la nuit. D'abord, il se dirigea vers Réquillart, malade de fatigue et de tristesse, n'ayant plus que le besoin de disparaître sous la terre, de s'y anéantir. Puis, l'idée du Voreux le reprit, il songeait aux ouvriers belges qui allaient descendre, aux camarades du coron exaspérés contre les soldats, résolus à ne pas tolérer des étrangers dans leur fosse. Et il longea de nouveau le canal, au milieu des flaques de neige fondue.

Comme il se retrouvait près du terri, la lune se montra très claire. Il leva les yeux, regarda le ciel, où passait le galop des nuages, sous les coups de fouet du grand vent qui soufflait là-haut; mais ils blanchissaient, ils s'effiloquaient, plus minces, d'une transparence brouillée d'eau trouble sur la face de la lune; et ils se succédaient si rapides que l'astre, voilé par moments, reparaissait sans cesse dans sa limpidité.

Le regard empli de cette clarté pure, Étienne baissait la tête, lorsqu'un spectacle, au sommet du terri, l'arrêta. La sentinelle, raidie par le froid, s'y promenait maintenant, faisait vingt-cinq pas tournée vers Marchiennes, puis revenait tournée vers Montsou. On voyait la flamme blanche de la baïonnette, au-dessus de cette silhouette noire, qui se découpait nettement dans la pâleur du ciel. Et ce qui intéressait le jeune homme, c'était, derrière la cabane où s'abritait Bonnemort pendant les nuits de tempête, une ombre mouvante, une bête rampante et aux aguets, qu'il reconnut tout de suite pour Jeanlin, à son échine de fouine, longue et désossée. La sentinelle ne pouvait l'apercevoir, ce brigand d'enfant préparait à coup sûr une farce, car il ne décolérait pas contre les soldats, il demandait quand on serait débarrassé de ces assassins, qu'on envoyait avec des fusils tuer le monde.

Un instant, Étienne hésita à l'appeler, pour l'empêcher de faire quelque bêtise. La lune s'était cachée, il l'avait vu se ramasser sur lui-même, prêt à bondir; mais la lune reparaissait, et l'enfant restait accroupi. A chaque tour, la sentinelle s'avançait jusqu'à la cabane, puis tournait le dos et repartait. Et, brusquement, comme un nuage jetait ses ténèbres, Jeanlin sauta sur les épaules du soldat, d'un bond énorme de chat sauvage, s'y agrippa de ses griffes, lui enfonça dans la gorge son couteau grand ouvert. Le col de crin résistait, il dut appuyer des deux mains sur le manche, s'y pendre de tout le poids de son corps. Souvent, il avait saigné des poulets, qu'il surprenait derrière les fermes. Cela fut si rapide, qu'il y eut seulement dans la nuit un cri étouffé, pendant que le fusil tombait avec un bruit de ferraille. Déjà, la lune, très blanche, luisait.