Fort comme la mort Ch. 1/3 · 0%

Fort comme la mortPart 8 of 24

Guy de Maupassant

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
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—Mais elles le pensent, sacrebleu! Croyez-vous qu'une jolie petite gueuse de vingt ans, qui fait la fête depuis cinq ou six ans déjà, la fête à Paris, où toutes nos moustaches lui ont appris et gâté le goût des baisers, sait encore distinguer un homme de trente d'avec un homme de soixante? Allons donc! quelle blague! Elle en a trop vu et trop connu. Tenez, je vous parie qu'elle aime mieux, au fond du coeur, mais vraiment mieux, un vieux banquier qu'un jeune gommeux. Est-ce qu'elle sait, est-ce qu'elle réfléchit à ça? Est-ce que les hommes ont un âge, ici? Eh! mon cher, nous autres, nous rajeunissons en blanchissant, et plus nous blanchissons, plus on nous dit qu'on nous aime, plus on nous le montre et plus on le croit.

Ils se levèrent de table, congestionnés et fouettés par l'alcool, prêts à partir pour toutes les conquêtes, et ils commençaient à délibérer sur l'emploi de leur soirée, Bertin parlant du Cirque, Rocdiane de l'Hippodrome, Maldant de l'Éden et Landa des Folies-Bergère, quand un bruit de violons qu'on accorde, léger, lointain, vint jusqu'à eux.

—Tiens, il y a donc musique aujourd'hui au Cercle, dit Rocdiane.

—Oui, répondit Bertin, si nous y passions dix minutes avant de sortir?

—Allons.

Ils traversèrent un salon, la salle de billard, une salle de jeu, puis arrivèrent dans une sorte de loge dominant la galerie des musiciens. Quatre messieurs, enfoncés en des fauteuils, attendaient déjà d'un air recueilli, tandis qu'en bas, au milieu des rangs de sièges vides, une dizaine d'autres causaient, assis ou debout.

Le chef d'orchestre tapait sur le pupitre à petits coups de son archet: on commença.

Olivier Bertin adorait la musique; comme on adore l'opium. Elle le faisait rêver.

Dès que le flot sonore des instruments l'avait touché, il se sentait emporté dans une sorte d'ivresse nerveuse qui rendait son corps et son intelligence incroyablement vibrants. Son imagination s'en allait comme une folle, grisée par les mélodies, à travers des songeries douces et d'agréables rêvasseries. Les yeux fermés, les jambes croisées, les bras mous, il écoutait les sons et voyait des choses qui passaient devant ses yeux et dans son esprit.

L'orchestre jouait une symphonie d'Haydn, et le peintre, dès qu'il eut baissé ses paupières sur son regard, revit le bois, la foule des voitures autour de lui, et, en face, dans le landau, la comtesse et sa fille. Il entendait leurs voix, suivait leurs paroles, sentait le mouvement de la voiture, respirait l'air plein d'odeur de feuilles.

Trois fois, son voisin, lui parlant, interrompit cette vision, qui recommença trois fois, comme recommence, après une traversée en mer, le roulis du bateau dans l'immobilité du lit.

Puis elle s'étendit, s'allongea en un voyage lointain, avec les deux femmes assises toujours devant lui, tantôt en chemin de fer, tantôt à la table d'hôtels étrangers. Durant toute la durée de l'exécution musicale, elles l'accompagnèrent ainsi, comme si elles avaient laissé, durant cette promenade au grand soleil, l'image de leurs deux visages empreinte au fond de son oeil.

Un silence, puis un bruit de sièges remués et de voix chassèrent cette vapeur de songe, et il aperçut, sommeillant autour de lui, ses quatre amis en des postures naïves d'attention changée en sommeil.

Quand il les eut réveillés:

—Eh bien! que faisons-nous maintenant? dit-il.

—Moi, répondit avec franchise Rocdiane, j'ai envie de dormir ici encore un peu.

—Et moi aussi, reprit Landa.

Bertin se leva:

—Eh bien, moi, je rentre, je suis un peu las.

Il se sentait, au contraire, fort animé, mais il désirait s'en aller, par crainte des fins de soirée qu'il connaissait si bien autour de la table de baccara du Cercle.

Il rentra donc, et, le lendemain, après une nuit de nerfs, une de ces nuits qui mettent les artistes dans cet état d'activité cérébrale baptisée inspiration, il se décida à ne pas sortir et à travailler jusqu'au soir.

Ce fut une journée excellente, une de ces journées de production facile, où l'idée semble descendre dans les mains et se fixer d'elle-même sur la toile.

Les portes closes, séparé du monde, dans la tranquillité de l'hôtel fermé pour tous, dans la paix amie de l'atelier, l'oeil clair, l'esprit lucide, surexcité, alerte, il goûta ce bonheur donné aux seuls artistes d'enfanter leur oeuvre dans l'allégresse. Rien n'existait plus pour lui, pendant ces heures de travail, que le morceau de toile où naissait une image sous la caresse de ses pinceaux, et il éprouvait, en ses crises de fécondité, une sensation étrange et bonne de vie abondante qui se grise et se répand. Le soir il était brisé comme après une saine fatigue, et il se coucha avec la pensée agréable de son déjeuner, du lendemain.

La table fut couverte de fleurs, le menu très soigné pour Mme de Guilleroy, gourmande raffinée, et malgré une résistance énergique, mais courte, le peintre força ses convives à boire du champagne.

—La petite sera ivre! disait la comtesse.

La duchesse indulgente répondait:

—Mon Dieu! il faut bien l'être une première fois.

Tout le monde, en retournant dans l'atelier, se sentait un peu agité par cette gaîté légère qui soulève comme si elle faisait pousser des ailes aux pieds.

La duchesse et la comtesse, ayant une séance au comité des Mères françaises, devaient reconduire la jeune fille avant de se rendre à la Société, mais Bertin offrit de faire un tour à pied avec elle, en la ramenant boulevard Malesherbes; et ils sortirent tous les deux.

—Prenons par-le plus long, dit-elle.

—Veux-tu rôder dans le parc Monceau? c'est un endroit très gentil; nous regarderons les mioches et les nourrices.

—Mais oui, je veux bien.

Ils franchirent, par l'avenue Vélasquez, la grille dorée et monumentale qui sert, d'enseigne et d'entrée à ce bijou de parc élégant, étalant en plein Paris sa grâce factice et verdoyante, au milieu d'une ceinture d'hôtels princiers.

Le long des larges allées, qui déploient à travers les pelouses et les massifs leur courbe savante, une foule de femmes et d'hommes, assis sur des chaises de fer, regardent défiler les passants tandis que, par les petits chemins enfoncés sous les ombrages et serpentant comme des ruisseaux, un peuple d'enfants grouille dans le sable, court, saute à la corde sous l'oeil indolent des nourrices ou sous le regard inquiet des mères. Les arbres énormes, arrondis en dôme comme des monuments de feuilles, les marronniers géants dont la lourde verdure est éclaboussée de grappes rouges ou blanches, les sycomores distingués, les platanes décoratifs avec leur tronc savamment tourmenté, ornent en des perspectives séduisantes les grands gazons onduleux.

Il fait chaud, les tourterelles roucoulent dans les feuillages et voisinent de cime en cime, tandis que les moineaux, se baignent dans l'arc-en-ciel dont le soleil enlumine la poussière d'eau des arrosages égrenée sûr l'herbe fine. Sur leurs socles, les statues blanches semblent heureuses dans cette fraîcheur verte. Un jeune garçon de marbre retire de son pied une épine introuvable, comme s'il s'était piqué tout à l'heure en courant après la Diane qui fuit là-bas vers le petit lac emprisonné dans les bosquets où s'abrite la ruine d'un temple.

D'autres statues s'embrassent, amoureuses et froides, au bord des massifs, ou bien rêvent, un genou dans la main. Une cascade écume et roule sur de jolis rochers. Un arbre, tronqué comme une colonne, porte un lierre; un tombeau porte une inscription. Les fûts de pierre dressés sur les gazons ne rappellent guère plus l'Acropole que cet élégant petit parc ne rappelle les forêts sauvages.

C'est l'endroit artificiel et charmant où les gens de ville vont contempler des fleurs élevées en des serres, et admirer, comme on admire au théâtre le spectacle de la vie, cette aimable représentation que donne, en plein Paris, la belle nature.

Olivier Bertin, depuis des années, venait presque chaque jour en ce lieu préféré, pour y regarder les Parisiennes se mouvoir en leur vrai cadre.

«C'est un parc fait pour la toilette, disait-il; les gens mal mis y font horreur.» Et il y rôdait pendant des heures, en connaissait toutes les plantes et tous les promeneurs habituels.

Il marchait à côté d'Annette, le long des allées, l'oeil distrait par la vie bariolée et remuante du jardin.

—Oh l'amour! cria-t-elle.

Elle contemplait un petit garçon à boucles blondes qui la regardait de ses yeux bleus, d'un air étonné et ravi.

Puis, elle passa une revue de tous les enfants; et le plaisir qu'elle avait à voir ces vivantes poupées enrubannées la rendait bavarde et communicative.

Elle marchait à petits pas, disait à Bertin ses remarques, ses réflexions sur les petits, sur les nourrices, sur les mères. Les enfants gros lui arrachaient des exclamations de joie, et les enfants pâles l'apitoyaient.

Il l'écoutait, amusé par elle plus que par les mioches, et sans oublier la peinture, murmurait: «C'est délicieux!» en songeant qu'il devrait faire un exquis tableau, avec un coin du parc et un bouquet de nourrices, de mères et d'enfants. Comment n'y avait-il pas songé?

—Tu aimes ces galopins-là? dit-il.

—Je les adore.

A la voir les regarder, il sentait qu'elle avait envie de les prendre, de les embrasser, de les manier, une envie matérielle et tendre de mère future; et il s'étonnait de cet instinct secret, caché en cette chair de femme.

Comme elle était disposée à parler, il l'interrogea sur ses goûts. Elle avoua des espérances de succès et de gloire mondaine avec une naïveté gentille, désira de beaux chevaux, qu'elle connaissait presque en maquignon, car l'élevage occupait une partie des fermes de Roncières; et elle ne s'inquiéta guère plus d'un fiancé que de l'appartement qu'on trouverait toujours dans la multitude des étages à louer.

Ils approchaient du lac où deux cygnes et six canards flottaient doucement, aussi propres et calmes que des oiseaux de porcelaine et ils passèrent devant une jeune femme assise sur une chaise, un livre ouvert sur les genoux, les yeux levés devant elle, l'âme envolée dans une songerie.

Elle ne bougeait pas plus qu'une figure de cire. Laide, humble, vêtue en fille modeste qui ne songe point à plaire, une institutrice peut-être, elle était partie pour le Rêve, emportée par une phrase ou par un mot qui avait ensorcelé son coeur. Elle continuait, sans doute, selon la poussée de ses espérances, l'aventure commencée dans le livre.

Bertin s'arrêta, surpris:

—C'est beau, dit-il, de s'en aller comme ça.

Ils avaient passé devant elle. Ils retournèrent et revinrent encore sans qu'elle les aperçût, tant elle suivait de toute son attention le vol lointain de sa pensée.

Le peintre dit à Annette:

—Dis donc, petite! est-ce que ça t'ennuierait de me poser une figure, une fois ou deux?

—Mais non, au contraire!

—Regarde bien cette demoiselle qui se promené dans l'idéal.

—Là, sur cette chaise?

—Oui. Eh bien! tu t'assoiras aussi sur une chaise, tu ouvriras un livre sur tes genoux et tu tâcheras de faire comme elle. As-tu quelquefois rêvé tout éveillée?

—Mais, oui.

—A quoi?

Et il essaya de la confesser sur ses promenades dans le bleu; mais elle ne voulait point répondre, détournait ses questions, regardait les canards nager après le pain que leur jetait une dame, et semblait gênée comme s'il eût touché en elle à quelque chose de sensible.

Puis, pour changer de sujet, elle raconta sa vie à Roncières, parla de sa grand'mère à qui elle faisait de longues lectures à haute voix, tous les jours, et qui devait être bien seule, et bien triste maintenant.

Le peintre, en l'écoutant, se sentait gai comme un oiseau, gai comme il ne l'avait jamais été. Tout ce qu'elle lui disait, tous les menus et futiles et médiocres détails de cette simple existence de fillette l'amusaient et l'intéressaient.

—Asseyons-nous, dit-il.

Ils s'assirent auprès de l'eau. Et les deux cygnes s'en vinrent flotter devant eux, espérant quelque nourriture.

Bertin sentait en lui s'éveiller des souvenirs, ces souvenirs disparus, noyés dans l'oubli et qui soudain reviennent, on ne sait pourquoi. Ils surgissaient rapides, de toutes sortes, si nombreux en même temps, qu'il éprouvait la sensation d'une main remuant la vase de sa mémoire.

Il cherchait pourquoi avait lieu ce bouillonnement de sa vie ancienne que plusieurs fois déjà, moins qu'aujourd'hui cependant, il avait senti et remarqué. Il existait toujours une cause à ces évocations subites, une cause matérielle et simple, une odeur, un parfum souvent. Que de fois une robe de femme lui avait jeté au passage, avec le souffle évaporé d'une essence, tout un rappel d'événements effacés! Au fond des vieux flacons de toilette, il avait retrouvé souvent aussi des parcelles de son existence; et toutes les odeurs errantes, celles des rues, des champs, des maisons, des meubles, les douces et les mauvaises, les odeurs chaudes des soirs d'été, les odeurs froides des soirs d'hiver, ranimaient toujours chez lui de lointaines réminiscences, comme si les senteurs, gardaient en elle les choses mortes embaumées, à la façon des aromates qui conservent les momies.

Était-ce l'herbe mouillée ou la fleur des marronniers qui ranimait ainsi l'autrefois? Non. Alors, quoi? Était-ce à son oeil qu'il devait cette alerte? Qu'avait-il vu? Rien. Parmi les personnes rencontrées, une d'elles peut-être ressemblait à une figure de jadis, et, sans qu'il l'eût reconnue, secouait en son coeur toutes les cloches du passé.

N'était-ce pas un son, plutôt? Bien souvent un piano entendu par hasard, une voix inconnue, même un orgue de Barbarie jouant sur une place un air démodé, l'avaient brusquement rajeuni de vingt ans, en lui gonflant la poitrine d'attendrissements oubliés.

Mais cet appel continuait, incessant, insaisissable, presque irritant. Qu'y avait-il autour de lui, près de lui, pour raviver de la sorte ses émotions éteintes?

—Il fait un peu frais, dit-il, allons-nous-en.

Ils se levèrent et se remirent à marcher.

Il regardait sur les bancs les pauvres assis, ceux pour qui la chaise était une trop forte dépense.

Annette, maintenant, les observait aussi et s'inquiétait de leur existence, de leur profession, s'étonnait qu'ayant l'air si misérable ils vinssent paresser ainsi dans ce beau jardin public.

Et plus encore que tout à l'heure, Olivier remontait les années écoulées. Il lui semblait qu'une mouche ronflait à ses oreilles et les emplissait du bourdonnement confus des jours finis.

La jeune fille, le voyant rêveur, lui demanda:

—Qu'avez-vous? vous semblez triste.

Et il tressaillit jusqu'au coeur. Qui avait dit cela? Elle ou sa mère? Non pas sa mère avec sa voix d'à présent, mais avec sa voix d'autrefois, tant changée qu'il venait seulement de la reconnaître.

Il répondit en souriant:

—Je n'ai rien, tu m'amuses beaucoup, tu es très gentille, tu me rappelles ta maman.

Comment n'avait-il pas remarqué plus vite cet étrange écho de la parole jadis si familière, qui sortait à présent de ces lèvres nouvelles.

—Parle encore, dit-il.

—De quoi?

—Dis-moi ce que tes institutrices t'ont fait apprendre. Les aimais-tu?

Elle se remit à bavarder.

Et il écoutait, saisi par un trouble croissant, il épiait, il attendait, au milieu des phrases de cette fillette presque étrangère à son coeur, un mot, un son, un rire, qui semblaient restés dans sa gorge depuis la jeunesse de sa mère. Des intonations, parfois, le faisaient frémir d'étonnement. Certes, il y avait entre leurs paroles des dissemblances telles qu'il n'en avait pas, tout de suite, remarqué les rapports, telles que, souvent même, il ne les confondait plus du tout; mais cette différence ne rendait que plus saisissants les brusques réveils du parler maternel. Jusqu'ici, il avait constaté la ressemblance de leurs visages d'un oeil amical et curieux, mais voilà que le mystère de cette voix ressuscitée les mêlait d'une telle façon qu'en détournant la tête pour ne plus voir la jeune fille il se demandait par moments si ce n'était pas la comtesse qui lui parlait ainsi; douze ans plus tôt.

Puis, lorsqu'halluciné par cette évocation il se retournait vers elle, il retrouvait encore, à la rencontre de son regard, un peu de cette défaillance que jetait en lui, aux premiers temps de leur tendresse, l'oeil de la mère.

Ils avaient fait déjà trois fois le tour du parc, repassant toujours devant les mêmes personnes, les mêmes nourrices, les mêmes enfants.

Annette, à présent, inspectait les hôtels qui entourent ce jardin, et demandait les noms de leurs habitants.

Elle voulait tout savoir sur toutes ces gens, interrogeait avec une curiosité vorace, semblait emplir de renseignements sa mémoire de femme, et, la figure éclairée par l'intérêt, écoutait des yeux autant que de l'oreille.

Mais en arrivant au pavillon qui sépare les deux portes sur le boulevard extérieur, Bertin s'aperçut que quatre heures allaient sonner.

—Oh! dit-il, il faut rentrer.

Et ils gagnèrent doucement le boulevard Malesherbes.

Quand il eut quitté la jeune fille, le peintre descendit vers la place de la Concorde, pour faire une visite sur l'autre rive de la Seine.

Il chantonnait, il avait envie de courir, il aurait volontiers sauté par-dessus les bancs, tant il se sentait agile. Paris lui paraissait radieux, plus joli que jamais. «Décidément, pensait-il, le printemps revernit tout le monde.»

Il était dans une de ces heures où l'esprit excité comprend tout avec plus de plaisir, où l'oeil voit mieux, semble plus impressionnable et plus clair, où l'on goûte une joie plus vive à regarder et à sentir, comme si une main toute-puissante venait de rafraîchir toutes les couleurs de la terre, de ranimer tous les mouvements des êtres, et de remonter en nous, ainsi qu'une montre qui s'arrête, l'activité des sensations.

Il pensait, en cueillant du regard mille choses amusantes:—«Dire qu'il y a des moments où je ne trouve pas de sujets à peindre!»

Et il se sentait l'intelligence si libre et si clairvoyante que toute son oeuvre d'artiste lui parut banale, et qu'il concevait une nouvelle manière d'exprimer la vie, plus vraie et plus originale. Et soudain, l'envie de rentrer et de travailler le saisit, le fit retourner sur ses pas et s'enfermer dans son atelier.

Mais dès qu'il fut seul en face de la toile commencée, cette ardeur qui lui brûlait le sang tout à l'heure, s'apaisa tout à coup. Il se sentit las, s'assit sur son divan et se remit à rêvasser.