Fort comme la mortPart 23 of 24
French original · English translation
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Jamais pareille tristesse, pareil découragement pareille sensation de la fin de tout, de la fin de son être physique et son être pensant, ne l'avaient jeté dans une détresse d'âme aussi désespérée. Il resta jusqu'à deux heures dans un fauteuil, devant la cheminée, les jambes allongées vers le feu, n'ayant plus la force de remuer, de faire quoi que ce soit. Puis le besoin d'être consolé se leva en lui, le besoin de serrer des mains dévouées, de voir des yeux fidèles, d'être plaint, secouru, caressé par des paroles amies. Il alla donc, comme toujours, chez la comtesse.
Quand il entra, Annette était seule au salon, debout, le dos tourné, écrivant vivement l'adresse d'une lettre. Sur la table, à côté d'elle était déployé le Figaro. Bertin vit le journal en même temps que la jeune fille et demeura éperdu, n'osant plus avancer! Oh! si elle l'avait lu! Elle se retourna et préoccupée, pressée, l'esprit hanté par des soucis de femme, elle lui dit:
—Ah! bonjour, monsieur le peintre. Vous m'excuserez si je vous quitte. J'ai la couturière en haut qui me réclame. Vous comprenez, la couturière, au moment d'un mariage, c'est important. Je vais vous prêter maman qui discute et raisonne avec mon artiste. Si j'ai besoin d'elle, je vous la ferai redemander pendant quelques minutes.
Et elle se sauva, en courant un peu, pour bien montrer sa hâte.
Ce départ brusque, sans un mot d'affection, sans un regard attendri pour lui, qui l'aimait tant ... tant ... le laissa bouleversé. Son oeil alors s'arrêta de nouveau sur le Figaro; et il pensa: «Elle l'a lu! On me blague, on me nie. Elle ne croit plus en moi. Je ne suis plus rien pour elle.»
Il fit deux pas vers le journal, comme on marche vers un homme pour le souffleter. Puis il se dit: «Peut-être ne l'a-t-elle pas lu tout de même. Elle est si préoccupée aujourd'hui. Mais on en parlera devant elle, ce soir, au dîner, sans aucun doute, et on lui donnera envie de le lire!»
Par un mouvement spontané, presque irréfléchi il avait pris le numéro, l'avait fermé, plié, et glissé dans sa poche avec une prestesse de voleur.
La comtesse entrait. Dès qu'elle vit la figure livide et convulsée d'Olivier, elle devina qu'il touchait aux limites de la souffrance.
Elle eut un élan vers lui, un élan de toute sa pauvre âme si déchirée aussi, de tout son pauvre corps si meurtri lui-même. Lui jetant ses mains sur les épaules, et son regard au fond des yeux, elle lui dit:
—Oh! que vous êtes malheureux!
Il ne nia plus, cette fois, et la gorge secouée de spasmes, il balbutia:
—Oui ... oui ... oui!
Elle sentit qu'il allait pleurer, et l'entraîna dans le coin le plus sombre du salon, vers deux fauteuils cachés par un petit paravent de soie ancienne. Ils s'y assirent derrière cette fine muraille brodée, voilés aussi par l'ombre grise d'un jour de pluie.
Elle reprit, le plaignant surtout, navrée par cette douleur:
—Mon pauvre Olivier, comme vous souffrez! Il appuya sa tête blanche sur l'épaule de son amie.
—Plus que vous ne croyez! dit-il.
Elle murmura, si tristement:
—Oh! je le savais. J'ai tout senti. J'ai vu cela naître et grandir!
Il répondit, comme si elle l'eût accusé:
—Ce n'est pas ma faute, Any.
—Je le sais bien ... Je ne vous reproche rien ...
Et doucement, en se tournant un peu, elle mit sa bouche sur un des yeux d'Olivier, où elle trouva une larme amère.
Elle tressaillit, comme si elle venait de boire une goutte de désespoir, et elle répéta plusieurs fois:
—Ah! pauvre ami ... pauvre ami ... pauvre ami! ...
Puis après un moment de silence, elle ajouta:
—C'est la faute de nos coeurs qui n'ont pas vieilli. Je sens le mien si vivant!
Il essaya de parler et ne put pas, car des sanglots maintenant l'étranglaient. Elle écoutait, contre elle, les suffocations dans sa poitrine. Alors ressaisie par l'angoisse égoïste d'amour qui, depuis si longtemps, la rongeait, elle dit avec l'accent déchirant dont on constate un horrible malheur:
—Dieu! comme vous l'aimez!
Il avoua encore une fois:
—Ah! oui, je l'aime!
Elle songea quelques instants, et reprit:
—Vous ne m'avez jamais aimée ainsi, moi?
Il ne nia point, car il traversait une de ces heures où on dit toute la vérité, et il murmura:
—Non, j'étais trop jeune, alors!
Elle fut surprise.
—Trop jeune? Pourquoi?
—Parce que la vie était trop douce. C'est à nos âges seulement qu'on aime en désespérés.
Elle demanda:
—Ce que vous éprouvez près d'elle ressemble-t-il à ce que vous éprouviez près de moi?
—Oui et non ... et c'est pourtant presque la même chose. Je vous ai aimée autant qu'on peut aimer une femme. Elle, je l'aime comme vous, puisque c'est vous; mais cet amour est devenu quelque chose d'irrésistible, de destructeur, de plus fort que la mort. Je suis à lui comme une maison qui brûle est au feu!
Elle sentit sa pitié séchée sous un souffle de jalousie, et prenant une voix consolante:
—Mon pauvre ami! Dans quelques jours elle sera mariée et partira. En ne la voyant plus, vous vous guérirez, sans doute.
Il remua la tête.
—Oh! je suis bien perdu, perdu!
—Mais non, mais non! Vous serez trois mois sans la voir. Cela suffira. Il vous a bien suffi de trois mois pour l'aimer plus que moi, que vous connaissez depuis douze ans.
Alors il l'implora dans son infinie détresse.
—Any, ne m'abandonnez pas?
—Que puis-je faire, mon ami?
—Ne me laissez pas seul.
—J'irai vous voir autant que vous voudrez.
—Non. Gardez-moi ici, le plus possible.
—Vous seriez près d'elle.
—Et près de vous.
—Il ne faut plus que vous la voyiez avant son mariage.
—Oh! Any!
—Ou, du moins, très peu.
—Puis-je rester ici, ce soir?
—Non, pas dans l'état où vous êtes. Il faut vous distraire, aller au cercle, au théâtre, n'importe où, mais pas rester ici.
—Je vous en prie.
—Non, Olivier, c'est impossible. Et puis j'ai à dîner des gens dont la présence vous agiterait encore.
—La duchesse? et ... lui? ...
—Oui.
—Mais j'ai passé la soirée d'hier avec eux.
—Parlez-en! Vous vous en trouvez bien, aujourd'hui.
—Je vous promets d'être calme.
—Non, c'est impossible.
—Alors, je m'en vais.
—Qui vous presse tant?
—J'ai besoin de marcher.
—C'est cela, marchez beaucoup, marchez jusqu'à la nuit, tuez-vous de fatigue et puis couchez-vous!
Il s'était levé.
—Adieu, Any.
—Adieu, cher ami. J'irai vous voir demain matin. Voulez-vous que je fasse une grosse imprudence, comme autrefois, que je feigne de déjeuner ici, à midi, et que je déjeune avec vous à une heure un quart.
—Oui, je veux bien. Vous êtes bonne!
—C'est que je vous aime.
—Moi aussi, je vous aime.
—Oh! ne parlez plus de cela.
—Adieu, Any.
—Adieu, cher ami. A demain.
—Adieu.
Il lui baisait les mains, coup sur coup, puis il lui baisa les tempes, puis le coin des lèvres. Il avait maintenant les yeux secs, l'air résolu. Au moment de sortir, il la saisit, l'enveloppa tout entière dans ses bras et, appuyant la bouche sur son front, il semblait boire, aspirer en elle tout l'amour qu'elle avait pour lui.
Et il s'en alla très vite, sans se retourner.
Quand elle fut seule, elle se laissa tomber sur un siège et sanglota. Elle serait restée ainsi jusqu'à la nuit, si Annette, soudain, n'était venue la chercher. La comtesse, pour avoir le temps d'essuyer ses yeux rouges, lui répondit:
—J'ai un tout petit mot à écrire, mon enfant. Remonte, et je te suis dans une seconde.
Jusqu'au soir, elle dut s'occuper de la grande question du trousseau.
La duchesse et son neveu dînaient chez les Guilleroy, en famille.
On venait de se mettre à table et on parlait encore de la représentation de la veille, quand le maître d'hôtel entra, apportant trois énormes bouquets.
Mme de Mortemain s'étonna.
—Mon Dieu, qu'est-ce que cela?
Annette s'écria:
—Oh! qu'ils sont beaux! qui est-ce qui peut nous les envoyer?
Sa mère répondit:
—Olivier Bertin, sans doute.
Depuis son départ, elle pensait à lui. Il lui avait paru si sombre, si tragique, elle voyait si clairement son malheur sans issue, elle ressentait si atrocement le contre-coup de cette douleur, elle l'aimait tant, si tendrement, si complètement, qu'elle avait le coeur écrasé sous des pressentiments lugubres.
Dans les trois bouquets, en effet, on trouva trois cartes du peintre. Il avait écrit sur chacune, au crayon, les noms de la comtesse, de la duchesse et d'Annette.
Mme de Mortemain demanda:
—Est-ce qu'il est malade, votre ami Bertin? Je lui ai trouvé hier bien mauvaise mine.
Et Mme de Guilleroy reprit:
—Oui, il m'inquiète un peu, bien qu'il ne se plaigne pas.
Son mari ajouta:
—Oh! il fait comme nous, il vieillit. Il vieillit même ferme en ce moment. Je crois d'ailleurs que les célibataires tombent tout d'un coup. Ils ont des chutes plus brusques que les autres. Il a, en effet, beaucoup changé.
La comtesse soupira:
—Oh oui!
Farandal cessa soudain de chuchoter avec Annette pour dire:
—Il y avait un article bien désagréable pour lui dans le Figaro de ce matin.
Toute attaque, toute critique, toute allusion défavorable au talent de son ami, jetaient la comtesse hors d'elle.
—Oh! dit-elle, les hommes de la valeur de Bertin n'ont pas à s'occuper de pareilles grossièretés.
Guilleroy s'étonnait:
—Tiens, un article désagréable pour Olivier; mais je ne l'ai pas lu. A quelle page?
Le marquis le renseigna.
—A la première, en tête, avec ce titre: «Peinture moderne.»
Et le député cessa de s'étonner.
—Parfaitement. Je ne l'ai pas lu, parce qu'il s'agissait de peinture.
On sourit, tout le monde sachant qu'en dehors de la politique et de l'agriculture, M. de Guilleroy ne s'intéressait pas à grand'chose.
Puis la conversation s'envola sur d'autres sujets, jusqu'à ce qu'on entrât au salon pour prendre le café. La comtesse n'écoutait pas, répondait à peine, poursuivie par le souci de ce que pouvait faire Olivier. Où était-il? Où avait-il dîné? Où traînait-il en ce moment son inguérissable coeur? Elle sentait maintenant un regret cuisant de l'avoir laissé partir, de ne l'avoir point gardé; et elle le devinait rôdant par les rues, si triste, vagabond, solitaire, fuyant sous le chagrin.
Jusqu'à l'heure du départ de la duchesse et de son neveu, elle ne parla guère, fouettée par des craintes vagues et superstitieuses, puis elle se mit au lit, et y resta, les yeux ouverts dans l'ombre, pensant à lui!
Un temps très long s'était écoulé quand elle crut entendre sonner le timbre de l'appartement. Elle tressaillit, s'assit, écouta. Pour la seconde fois, le tintement vibrant éclata dans la nuit.
Elle sauta hors du lit, et de toute sa force pressa le bouton électrique qui devait réveiller sa femme de chambre. Puis, une bougie à la main, elle courut au vestibule.
A travers la porte elle demanda:
—Qui est là?
Une voix inconnue répondit:
—C'est une lettre.
—Une lettre, de qui?
—D'un médecin.
—Quel médecin?
—Je ne sais pas, c'est pour un accident.
N'hésitant plus, elle ouvrit, et se trouva en face d'un cocher de fiacre au chapeau ciré. Il tenait à la main un papier qu'il lui présenta. Elle lut: «Très urgent—Monsieur le comte de Guilleroy—».
L'écriture était inconnue.
—Entrez, mon ami, dit-elle; asseyez-vous, et attendez-moi.
Devant la chambre de son mari, son coeur se mit à battre si fort qu'elle ne pouvait l'appeler. Elle heurta le bois avec le métal de son bougeoir. Le comte dormait et n'entendait pas.
Alors, impatiente, énervée, elle lança des coups de pied et elle entendit une voix pleine de sommeil qui demandait:
—Qui est là? quelle heure est-il?
Elle répondit:
—C'est moi. J'ai à vous remettre une lettre urgente apportée par un cocher. Il y a un accident.
Il balbutia du fond de ses rideaux:
—Attendez, je me lève. J'arrive.
Et, au bout d'une minute, il se montra en robe de chambre. En même temps que lui, deux domestiques accouraient, réveillés par les sonneries. Ils étaient effarés, ahuris, ayant aperçu dans la salle à manger un étranger assis sur une chaise.
Le comte avait pris la lettre et la retournait dans ses doigts en murmurant:
—Qu'est-ce que cela? Je ne devine pas.
Elle dit fiévreuse:
—Mais lisez donc!
Il déchira l'enveloppe, déplia le papier, poussa une exclamation de stupeur, puis regarda sa femme avec des yeux effarés.
—Mon Dieu, qu'y a-t-il? dit-elle.
Il balbutia, pouvant à peine parler, tant son émotion était vive.
—Oh! un grand malheur! ... un grand malheur! ... Bertin est tombé sous une voiture.
Elle cria:
—Mort!
—Non, non, dit-il, voyez vous-même.
Elle lui arracha des mains la lettre qu'il lui tendait, et elle lut:
«Monsieur, un grand malheur vient d'arriver. Notre ami, l'éminent artiste, M. Olivier Bertin, a été renversé par un omnibus, dont la roue lui passa sur le corps. Je ne puis encore me prononcer sur les suites probables de cet accident, qui peut n'être pas grave comme il peut avoir un dénouement fatal immédiat, M. Bertin vous prie instamment et supplie Mme la comtesse de Guilleroy de venir le voir sur l'heure. J'espère, Monsieur, que Mme la comtesse et vous, vous voudrez bien vous rendre au désir de notre ami commun, qui peut avoir cessé de vivre avant le jour.
«Dr DE RIVIL.»
La comtesse regardait son mari avec des yeux larges, fixes, pleins d'épouvante. Puis soudain elle reçut, comme un choc électrique, une secousse de ce courage des femmes qui les fait parfois, aux heures terribles, les plus vaillants des êtres.
Se tournant vers sa domestique:
—Vite, je vais m'habiller!
La femme de chambre demanda:
—Qu'est-ce que Madame veut mettre?
—Peu m'importe. Ce que vous voudrez.
—Jacques, reprit-elle ensuite, soyez prêt dans cinq minutes.
En retournant chez elle, l'âme bouleversée, elle aperçut le cocher, qui attendait toujours, et lui dit:
—Vous avez votre voiture?
—Oui, Madame?
—C'est bien, nous la prendrons.
Puis elle courut vers sa chambre.
Follement, avec des mouvements précipités, elle jetait sur elle, accrochait, agrafait, nouait, attachait au hasard ses vêtements, puis, devant sa glace, elle releva et tordit ses cheveux à la diable, en regardant, sans y songer cette fois, son visage pâle et ses yeux hagards dans le miroir.
Quand elle eut son manteau sur les épaules, elle se précipita vers l'appartement de son mari, qui n'était pas encore prêt. Elle l'entraîna:
—Allons, disait-elle, songez donc qu'il peut mourir.
Le comte, effaré, la suivit en trébuchant, tâtant de ses pieds l'escalier obscur, cherchant à distinguer les marches pour ne point tomber.
Le trajet fut court et silencieux. La comtesse tremblait si fort que ses dents s'entre-choquaient, et elle voyait par la portière fuir les becs de gaz voilés de pluie. Les trottoirs luisaient, le boulevard était désert, la nuit sinistre. Ils trouvèrent, en arrivant, la porte du peintre demeurée ouverte, la loge du concierge éclairée et vide.
Sur le haut de l'escalier le médecin, le docteur de Rivil, un petit homme grisonnant, court, rond, très soigné, très poli, vint à leur rencontre. Il fit à la comtesse un grand salut, puis tendit la main au comte.
Elle lui demanda en haletant comme si la montée des marches eût épuisé tout le souffle de sa gorge:
—Eh bien, docteur?
—Eh bien, Madame, j'espère que ce sera moins grave que je n'avais cru au premier moment.
Elle s'écria:
—Il ne mourra point?
—Non. Du moins je le crois pas.
—En répondez-vous?
—Non. Je dis seulement que j'espère me trouver en présence d'une simple contusion abdominale sans lésions internes.
—Qu'appelez-vous des lésions?
—Des déchirures.
—Comment savez-vous qu'il n'en a pas?
—Je le suppose.
—Et s'il en avait?
—Oh! alors, ce serait grave!
—Il en pourrait mourir?
—Oui.
—Très vite?
—Très vite. En quelques minutes ou même en quelques secondes. Mais, rassurez-vous, Madame, je suis convaincu qu'il sera guéri dans quinze jours.
Elle avait écouté, avec une attention profonde, pour tout savoir, pour tout comprendre.
Elle reprit:
—Quelle déchirure pourrait-il avoir?
—Une déchirure du foie par exemple.
—Ce serait très dangereux?
—Oui ... mais je serais surpris s'il survenait une complication maintenant. Entrons près de lui. Cela lui fera du bien, car il vous attend avec une grande impatience.
Ce qu'elle vit d'abord, en pénétrant dans la chambre, ce fut une tête blême sur un oreiller blanc. Quelques bougies et le feu du foyer l'éclairaient, dessinaient le profil, accusaient les ombres; et, dans cette face livide, la comtesse aperçut deux yeux qui la regardaient venir.
Tout son courage, toute son énergie, toute sa résolution tombèrent, tant cette figure creuse et décomposée était celle d'un moribond. Lui, qu'elle avait vu tout à l'heure, il était devenu cette chose, ce spectre! Elle murmura entre ses lèvres: «Oh! mon Dieu!» et elle se mit à marcher vers lui, palpitante d'horreur.
Il essayait de sourire, pour la rassurer, et la grimace de cette tentative était effrayante.
Quand elle fut tout près du lit, elle posa ses deux mains, doucement, sur celle d'Olivier allongée près du corps, et elle balbutia:
—Oh! mon pauvre ami.
—Ce n'est rien,—dit-il tout bas, sans remuer la tête.
Elle le contemplait maintenant, éperdue de ce changement. Il était si pâle qu'il semblait ne plus avoir une goutte de sang sous la peau. Ses joues caves paraissaient aspirées à l'intérieur du visage, et ses yeux aussi étaient rentrés comme si quelque fil les tirait en dedans.
Il vit bien la terreur de son amie et soupira:
—Me voici dans un bel état.
Elle dit, en le regardant toujours fixement:
—Comment cela est-il arrivé?
Il faisait, pour parler, de grands efforts, et toute sa figure, par moments, tressaillait de secousses nerveuses.
—Je n'ai pas regardé autour de moi ... je pensais à autre chose ... à toute autre chose ... oh! oui ... et un omnibus m'a renversé et passé sur le ventre ...
En l'écoutant, elle voyait l'accident, et elle dit, soulevée d'épouvante:
—Est-ce que vous avez saigné?