Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur Ch. 1/3 · 0%

Arsène Lupin, gentleman-cambrioleurPart 13 of 18

Maurice Leblanc

French original · English translation

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  • The meaning of every phrase
  • Notes on idioms and grammar
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—Il n'y en a pas.

—Est-ce de l'argent que tu veux? Combien?

—Dix mille.

—Monsieur Andermatt, ces lettres valent-elles dix mille francs pour vous?

—Oui, fit le banquier d'une voix forte.

Varin ferma le coffre, prit le sept de cœur, non sans une répugnance visible, et l'appliqua sur le glaive, contre la garde, et juste au même endroit. Successivement il enfonça le poinçon à l'extrémité des sept points de cœur. Il se produisit un second déclenchement, mais cette fois, chose inattendue, ce ne fut qu'une partie du coffre qui pivota démasquant un petit coffre pratiqué dans l'épaisseur même de la porte qui fermait le plus grand.

Le paquet de lettres était là, noué d'une ficelle et cacheté. Varin le remit à Daspry. Celui-ci demanda:

—Le chèque est prêt, Monsieur Andermatt?

—Oui.

—Et vous avez aussi le dernier document que vous tenez de Louis Lacombe, et qui complète les plans du sous-marin?

—Oui.

L'échange se fit. Daspry empocha le document et le chèque, et offrit le paquet à M. Andermatt.

—Voici ce que vous désiriez, Monsieur.

Le banquier hésita un moment, comme s'il avait peur de toucher à ces pages maudites qu'il avait cherchées avec tant d'âpreté. Puis, d'un geste nerveux, il s'en empara.

Auprès de moi j'entendis un gémissement. Je saisis la main de Mme Andermatt: elle était glacée.

Et Daspry dit au banquier:

—Je crois, Monsieur, que notre conversation est terminée. Oh! pas de remerciements, je vous en supplie. Le hasard seul a voulu que je pusse vous être utile.

M. Andermatt se retira. Il emportait les lettres de sa femme à Louis Lacombe.

—À merveille, s'écria Daspry d'un air enchanté, tout s'arrange pour le mieux. Nous n'avons plus qu'à boucler notre affaire, camarade. Tu as les papiers?

—Les voilà tous.

Daspry les compulsa, les examina attentivement et les enfouit dans sa poche.

—Parfait, tu as tenu parole.

—Mais...

—Mais quoi?

—Les deux chèques?... l'argent?...

—Eh bien, tu as de l'aplomb, mon bonhomme. Comment, tu oses réclamer!

—Je réclame ce qui m'est dû.

—On te doit donc quelque chose pour des papiers que tu as volés?

Mais l'homme paraissait hors de lui. Il tremblait de colère, les yeux injectés de sang.

—L'argent... les vingt mille... bégaya-t-il.

—Impossible... j'en ai l'emploi.

—L'argent!...

—Allons, sois raisonnable, et laisse donc ton poignard tranquille.

Il lui saisit le bras si brutalement que l'autre hurla de douleur, et il ajouta:

—Va-t'en, camarade, l'air te fera du bien. Veux-tu que je te reconduise? Nous nous en irons par le terrain vague, et je te montrerai un tas de cailloux sous lequel...

—Ce n'est pas vrai! Ce n'est pas vrai!

—Mais oui, c'est vrai. Cette petite plaque de fer aux sept points rouges vient de là-bas. Elle ne quittait jamais Louis Lacombe, tu te rappelles? Ton frère et toi vous l'avez enterrée avec le cadavre... et avec d'autres choses qui intéresseront énormément la justice.

Varin se couvrit le visage de ses poings rageurs. Puis il prononça:

—Soit. Je suis roulé. N'en parlons plus. Un mot cependant... un seul mot... je voudrais savoir...

—J'écoute.

—Il y avait dans ce coffre, dans le plus grand des deux, une cassette?

—Oui.

—Quand vous êtes venu ici, la nuit du 22 au 23 juin, elle y était?

—Oui.

—Elle contenait?...

—Tout ce que les frères Varin y avaient enfermé, une assez jolie collection de bijoux, diamants et perles, raccrochés de droite et de gauche par lesdits frères.

—Et vous l'avez prise?

—Dame! Mets-toi à ma place.

—Alors... c'est en constatant la disparition de la cassette que mon frère s'est tué?

—Probable. La disparition de votre correspondance avec le major von Lieben n'eût pas suffi. Mais la disparition de la cassette... Est-ce là tout ce que tu avais à me demander?

—Ceci encore: votre nom?

—Tu dis cela comme si tu avais des idées de revanche.

—Parbleu! La chance tourne. Aujourd'hui vous êtes le plus fort. Demain...

—Ce sera toi.

—J'y compte bien. Votre nom?

—Arsène Lupin.

—Arsène Lupin!

L'homme chancela, assommé comme par un coup de massue. On eût dit que ces deux mots lui enlevaient toute espérance. Daspry se mit à rire.

—Ah! ça, t'imaginais-tu qu'un M. Durand ou Dupont aurait pu monter toute cette belle affaire? Allons donc, il fallait au moins un Arsène Lupin. Et maintenant que tu es renseigné, mon petit, va préparer ta revanche. Arsène Lupin t'attend.

Et il le poussa dehors, sans un mot de plus.


—Daspry, Daspry, criai-je, lui donnant encore, et malgré moi, le nom sous lequel je l'avais connu.

J'écartai le rideau de velours.

Il accourut.

—Quoi? Qu'y a-t-il?

—Mme Andermatt est souffrante.

Il s'empressa, lui fit respirer des sels et, tout en la soignant, m'interrogeait:

—Eh bien, que s'est-il donc passé?

—Les lettres, lui dis-je... les lettres de Louis Lacombe que vous avez données à son mari!

Il se frappa le front.

—Elle a cru que j'avais fait cela!... Mais oui, après tout, elle pouvait le croire. Imbécile que je suis!

Mme Andermatt, ranimée, l'écoutait avidement. Il sortit de son portefeuille un petit paquet en tous points semblable à celui qu'avait emporté M. Andermatt.

—Voici vos lettres, madame, les vraies.

—Mais... les autres?

—Les autres sont les mêmes que celles-ci, mais recopiées par moi, cette nuit, et soigneusement arrangées. Votre mari sera d'autant plus heureux de les lire qu'il ne se doutera pas de la substitution, puisque tout a paru se passer sous ses yeux...

—L'écriture...

—Il n'y a pas d'écriture qu'on ne puisse imiter.

Elle le remercia, avec les mêmes paroles de gratitude qu'elle eût adressées à un homme de son monde, et je vis bien qu'elle n'avait pas dû entendre les dernières phrases échangées entre Varin et Arsène Lupin.

Moi, je le regardais non sans embarras, ne sachant trop que dire à cet ancien ami qui se révélait à moi sous un jour si imprévu. Lupin! c'était Lupin! mon camarade de cercle n'était autre que Lupin! Je n'en revenais pas. Mais, lui très à l'aise:

—Vous pouvez faire vos adieux à Jean Daspry.

—Ah!

—Oui, Jean Daspry part en voyage. Je l'envoie au Maroc. Il est fort possible qu'il y trouve une fin digne de lui. J'avoue même que c'est son intention.

—Mais Arsène Lupin nous reste?

—Oh! plus que jamais. Arsène Lupin n'est encore qu'au début de sa carrière, et il compte bien...

Un mouvement de curiosité irrésistible me jeta sur lui, et l'entraînant à quelque distance de Mme Andermatt:

—Vous avez donc fini par découvrir la seconde cachette, celle où se trouvait le paquet de lettres?

—J'ai eu assez de mal! C'est hier seulement, l'après-midi, pendant que vous étiez couché. Et pourtant, Dieu sait combien c'était facile! Mais les choses les plus simples sont celles auxquelles on pense en dernier.

Et me montrant le sept de cœur:

—J'avais bien deviné que, pour ouvrir le grand coffre, il fallait appuyer cette carte contre le glaive du bonhomme en mosaïque...

—Comment aviez-vous deviné cela?

—Aisément. Par mes informations particulières, je savais en venant ici, le 22 juin au soir...

—Après m'avoir quitté...

—Oui, et après vous avoir mis par des conversations choisies dans un état d'esprit tel, qu'un nerveux et un impressionnable comme vous devait fatalement me laisser agir à ma guise, sans sortir de son lit.

—Le raisonnement était juste.

—Je savais donc, en venant ici, qu'il y avait une cassette cachée dans un coffre à serrure secrète, et que le sept de cœur était la clef, le mot de cette serrure. Il ne s'agissait plus que de plaquer ce sept de cœur à un endroit qui lui fût visiblement réservé. Une heure d'examen m'a suffi.

—Une heure!

—Observez le bonhomme en mosaïque.

—Le vieil empereur?

—Ce vieil empereur est la représentation exacte du roi de cœur de tous les jeux de cartes, Charlemagne.

—En effet... Mais pourquoi le sept de cœur ouvre-t-il tantôt le grand coffre et tantôt le petit? Et pourquoi n'avez-vous ouvert d'abord que le grand coffre?

—Pourquoi? mais parce que je m'obstinais toujours à placer mon sept de cœur dans le même sens. Hier seulement je me suis aperçu qu'en le retournant, c'est-à-dire en mettant le septième point, celui du milieu, en l'air au lieu de le mettre en bas, la disposition des sept points changeait.

—Parbleu!

—Évidemment, parbleu, mais encore fallait-il y penser.

—Autre chose: vous ignoriez l'histoire des lettres avant que Mme Andermatt...

—En parlât devant moi? Oui. Je n'avais découvert dans le coffre, outre la cassette, que la correspondance des deux frères, correspondance qui m'a mis sur la voie de leur trahison.

—Somme toute, c'est par hasard que vous avez été amené, d'abord à reconstituer l'histoire des deux frères, puis à rechercher les plans et les documents du sous-marin?

—Par hasard.

—Mais dans quel but avez-vous recherché?...

Daspry m'interrompit en riant:

—Mon Dieu! comme cette affaire vous intéresse!

—Elle me passionne.

—Eh bien, tout à l'heure, quand j'aurai reconduit Mme Andermatt et fait porter à l'Écho de France le mot que je vais écrire, je reviendrai et nous entrerons dans le détail.

Il s'assit et écrivit une de ces petites notes lapidaires où se divertit la fantaisie du personnage. Qui ne se rappelle le bruit que fit celle-ci dans le monde entier?

«Arsène Lupin a résolu le problème que Salvator a posé dernièrement. Maître de tous les documents et plans originaux de l'ingénieur Louis Lacombe, il les a fait parvenir entre les mains du ministre de la marine. À cette occasion il ouvre une souscription dans le but d'offrir à l'État le premier sous-marin construit d'après ces plans. Et il s'inscrit lui-même en tête de cette souscription pour la somme de vingt mille francs.»

—Les vingt mille francs des chèques de M. Andermatt? lui dis-je, quand il m'eut donné le papier à lire.

—Précisément. Il était équitable que Varin rachetât en partie sa trahison.


Et voilà comment j'ai connu Arsène Lupin. Voilà comment j'ai su que Jean Daspry, camarade de cercle, relation mondaine, n'était autre qu'Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. Voilà comment j'ai noué des liens d'amitié fort agréables avec notre grand homme, et comment, peu à peu, grâce à la confiance dont il veut bien m'honorer, je suis devenu son très humble, très fidèle et très reconnaissant historiographe.

LE COFFRE-FORT DE MADAME IMBERT

À trois heures du matin, il y avait encore une demi-douzaine de voitures devant un des petits hôtels de peintre qui composent l'unique côté du boulevard Berthier. La porte de cet hôtel s'ouvrit. Un groupe d'invités, hommes et dames, sortirent. Quatre voitures filèrent de droite et de gauche et il ne resta sur l'avenue que deux messieurs qui se quittèrent au coin de la rue de Courcelles où demeurait l'un d'eux. L'autre résolut de rentrer à pied jusqu'à la Porte-Maillot.

Il traversa donc l'avenue de Villiers et continua son chemin sur le trottoir opposé aux fortifications. Par cette belle nuit d'hiver, pure et froide, il y avait plaisir à marcher. On respirait bien. Le bruit des pas résonnait allègrement.

Mais au bout de quelques minutes il eut l'impression désagréable qu'on le suivait. De fait, s'étant retourné, il aperçut l'ombre d'un homme qui se glissait entre les arbres. Il n'était point peureux; cependant il hâta le pas afin d'arriver le plus vite possible à l'octroi des Ternes. Mais l'homme se mit à courir. Assez inquiet, il jugea plus prudent de lui faire face et de tirer son revolver de sa poche.

Il n'en eut pas le temps. L'homme l'assaillait violemment, et tout de suite une lutte s'engagea sur le boulevard désert, lutte à bras-le-corps où il sentit aussitôt qu'il avait le désavantage. Il appela au secours, se débattit, et fut renversé contre un tas de cailloux, serré à la gorge, bâillonné d'un mouchoir que son adversaire lui enfonçait dans la bouche. Ses yeux se fermèrent, ses oreilles bourdonnèrent, et il allait perdre connaissance, lorsque, soudain, l'étreinte se desserra, et l'homme qui l'étouffait de son poids se releva pour se défendre à son tour contre une attaque imprévue.

Un coup de canne sur le poignet, un coup de botte sur la cheville... l'homme poussa deux grognements de douleur, et s'enfuit en boitant et en jurant.

Sans daigner le poursuivre, le nouvel arrivant se pencha et dit:

—Êtes-vous blessé, Monsieur?

Il n'était pas blessé, mais fort étourdi et incapable de se tenir debout. Par bonheur, un des employés de l'octroi, attiré par les cris, accourut. Une voiture fut requise. Le monsieur y prit place accompagné de son sauveur, et on le conduisit à son hôtel de l'avenue de la Grande-Armée.

Devant la porte, tout à fait remis, il se confondit en remerciements.

—Je vous dois la vie, Monsieur, veuillez croire que je ne l'oublierai point. Je ne veux pas effrayer ma femme en ce moment, mais je tiens à ce qu'elle vous exprime elle-même, dès aujourd'hui, toute ma reconnaissance.

Il le pria de venir déjeuner et lui dit son nom: Ludovic Imbert, ajoutant:

—Puis-je savoir à qui j'ai l'honneur...

—Mais certainement, fit l'autre.

Et il se présenta:

—Arsène Lupin.


Arsène Lupin n'avait pas alors cette célébrité que lui ont value l'affaire Cahorn, son évasion de la Santé, et tant d'autres exploits retentissants. Il ne s'appelait même pas Arsène Lupin. Ce nom auquel l'avenir réservait un tel lustre fut spécialement imaginé pour désigner le sauveur de M. Imbert, et l'on peut dire que c'est dans cette affaire qu'il reçut le baptême du feu. Prêt au combat il est vrai, armé de toutes pièces, mais sans ressources, sans l'autorité que donne le succès, Arsène Lupin n'était qu'apprenti dans une profession où il devait bientôt passer maître.

Aussi quel frisson de joie à son réveil, quand il se rappela l'invitation de la nuit! Enfin il touchait au but! Enfin il entreprenait une œuvre digne de ses forces et de son talent! Les millions des Imbert, quelle proie magnifique pour un appétit comme le sien!

Il fit une toilette spéciale, redingote râpée, pantalon élimé, chapeau de soie un peu rougeâtre, manchettes et faux-cols effiloqués, le tout fort propre, mais sentant la misère. Comme cravate, un ruban noir épinglé d'un diamant de noix à surprise. Et, ainsi accoutré, il descendit l'escalier du logement qu'il occupait à Montmartre. Au troisième étage, sans s'arrêter, il frappa du pommeau de sa canne sur le battant d'une porte close. Dehors il gagna les boulevards extérieurs. Un tramway passait. Il y prit place, et quelqu'un qui marchait derrière lui, le locataire du troisième étage, s'assit à son côté.

Au bout d'un instant, cet homme lui dit:

—Eh bien, patron?

—Eh bien, c'est fait.

—Comment?

—J'y déjeune.

—Vous y déjeunez!

—Tu ne voudrais pas, j'espère, que j'eusse exposé gratuitement des jours aussi précieux que les miens? J'ai arraché M. Ludovic Imbert à la mort certaine que tu lui réservais. M. Ludovic Imbert est une nature reconnaissante. Il m'invite à déjeuner.

Un silence, et l'autre hasarda:

—Alors, vous n'y renoncez pas?

—Mon petit, fit Arsène, si j'ai machiné la petite agression de cette nuit, si je me suis donné la peine, à trois heures du matin, le long des fortifications, de t'allonger un coup de canne sur le poignet et un coup de pied sur le tibia, risquant ainsi d'endommager mon unique ami, ce n'est pas pour renoncer maintenant au bénéfice d'un sauvetage si bien organisé.

—Mais les mauvais bruits qui courent sur la fortune...

—Laisse-les courir. Il y a six mois que je poursuis l'affaire, six mois que je me renseigne, que j'étudie, que je tends mes filets, que j'interroge les domestiques, les prêteurs et les hommes de paille, six mois que je vis dans l'ombre du mari et de la femme. Par conséquent je sais à quoi m'en tenir. Que la fortune provienne du vieux Brawford, comme ils le prétendent, ou d'une autre source, j'affirme qu'elle existe. Et puisqu'elle existe, elle est à moi.

—Bigre, cent millions!

—Mettons-en dix, ou même cinq, n'importe! il y a de gros paquets de titres dans le coffre-fort. C'est bien le diable si, un jour ou l'autre, je ne mets pas la main sur la clef.

Le tramway s'arrêta place de l'Étoile. L'homme murmura:

—Ainsi, pour le moment?

—Pour le moment, rien à faire. Je t'avertirai. Nous avons le temps.

Cinq minutes après, Arsène Lupin montait le somptueux escalier de l'hôtel Imbert, et Ludovic le présentait à sa femme. Gervaise était une bonne petite dame, toute ronde, très bavarde. Elle fit à Lupin le meilleur accueil.

—J'ai voulu que nous soyons seuls à fêter notre sauveur, dit-elle.

Et dès l'abord on traita «notre sauveur» comme un ami d'ancienne date. Au dessert l'intimité était complète, et les confidences allèrent bon train. Arsène raconta sa vie, la vie de son père, intègre magistrat, les tristesses de son enfance, les difficultés du présent. Gervaise, à son tour, dit sa jeunesse, son mariage, les bontés du vieux Brawford, les cent millions dont elle avait hérité, les obstacles qui retardaient l'entrée en jouissance, les emprunts qu'elle avait dû contracter à des taux exorbitants, ses interminables démêlés avec les neveux de Brawford, et les oppositions! et les séquestres! tout enfin!

—Pensez donc, Monsieur Lupin, les titres sont là, à côté, dans le bureau de mon mari, et si nous en détachons un seul coupon, nous perdons tout! Ils sont là, dans notre coffre-fort, et nous ne pouvons pas y toucher!

Un léger frémissement secoua Monsieur Lupin à l'idée de ce voisinage. Et il eut la sensation très nette que Monsieur Lupin n'aurait jamais assez d'élévation d'âme pour éprouver les mêmes scrupules que la bonne dame.

—Ah! ils sont là, murmura-t-il, la gorge sèche.

—Ils sont là.

Des relations commencées sous de tels auspices ne pouvaient que former des nœuds plus étroits. Délicatement interrogé, Arsène Lupin avoua sa misère, sa détresse. Sur-le-champ, le malheureux garçon fut nommé secrétaire particulier des deux époux, aux appointements de cent cinquante francs par mois. Il continuerait à habiter chez lui, mais il viendrait chaque jour prendre les ordres de travail et, pour plus de commodité, on mettait à sa disposition, comme cabinet de travail, une des chambres du deuxième étage.

Il choisit. Par quel excellent hasard se trouva-t-elle au-dessus du bureau de Ludovic?